Espace Malraux de Joué-lès-Tours
Une saison orange et citron

Espace Malraux
Espace Malraux, une saison 2019/2020 au goût acidulé (photo Espace Malraux)

La saison 2019/2020 de l’Espace Malraux s’étoffe encore et annonce nombre de grands moments, toutes catégories d’âges et toutes couleurs confondues.

On savait la terre bleue comme une orange (depuis Éluard, Tintin n’est qu’un plagiaire), on appréciera donc que la prochaine programmation de l’Espace Malraux de Joué-Lès-Tours soit orange et citron. Une approche polychrome absconse à première lecture, certes, mais qui nous ravit à Entrée du Public, nous qui sommes adeptes du titre calembourdesque et sibyllin, pour ne pas dire imbitable. À chacun ses petites manies.

Donc orange et citron. Orange pour les grandes personnes, citron pour les plus jeunes. On parle d’âge administratif. Pour l’esprit, c’est chacun pour soi et il n’est pas interdit de mélanger les deux saveurs en les touillant dans un mixer branché sur le talent alternatif.

Ajoutons, puisque nous sommes dans l’autocritique et l’humilité, que nous ne publierons pas ici la liste de tous les spectacles de la saison 2019/2020. Pas le temps, pas le courage, flemmards en diable, appelez ça comme vous voulez, on ne vous en voudra pas, mais, évidemment, nous donnerons le lien qui permet d’aller sur le site de l’Espace Malraux et qui est, soit dit sans flagornerie aucune, particulièrement réussi. D’ailleurs, on n’attend pas la fin de l’article : c’est ICI qu’il faut cliquer.

Grosses pointures et petits nouveaux

Jacques Gamblin
Jacques Gamblin prend la mer… à témoin. (Photo Nicolas Girardin)

Cela dit, on admettra que quelques affiches nous ont accroché l’œil (pour l’oreille, on attendra le spectacle). Des grands noms de la scène théâtrale, d’abord. MM. Jacques Gamblin, Richard Berry et Lambert Wilson, ça c’est de la grosse pointure. Et les trois n’ont pas peur de se lancer dans d’originales aventures. Le premier parle avec un de ses potes, « un homme qui ne tient pas en place », le navigateur Thomas Coville, bloqué par un anticyclone mauvais joueur lors de son tour du monde en solitaire, et c’est beau comme du Melville. Le second est aussi à la barre mais c’est celle du tribunal. La robe noire de l’avocat pour dire les textes de Gisèle Halimi, Paul Lombard et autres. On y parle de l’avortement, de la peine de mort, de la peine des hommes et des femmes. Des plaidoiries historiques et le prix de la meilleure pièce de théâtre aux Globes de Cristal 2019. Le troisième apparaît dans un classique, le Misanthrope, d’un jeune auteur nommé Molière, mis en scène par Peter Stein.

Opera Locos
Ils avaient loupé le rendez-vous l’an dernier. Ils seront là pour un Opéra Locos délirant. (Photo DR)

Dans le domaine du rire, Malraux ne se contentera pas d’accueillir Les Devos de l’Humour (en février 2020), en balade hors les murs de Monnaie. Il proposera une série d’artistes qui nous réjouissent car, pour la plupart, ayant échappés à la déferlante prétendument comique vomie par le petit écran et dignes du parrain du festival précité. C’est donc avec un bonheur non feint que nous retrouvons la délirante (et musicale) Framboise Frivole, les affreux Stéphane Guillon et Laurent Baffie, le poétique Alex Lutz (et son cheval, si, si !), le dénudé Manu Payet (alias Emmanuel) ou encore The Opera Locos, dont le concert drôlement virtuose avait dû être annulé l’an passé.

Abondance de biens…

Parmi les nouveaux venus de la scène marrante, Nora Hamzawi, échappée de Quotidien (que nous avons annoncée ICI depuis longtemps) ou Haroun, de retour, (lui aussi présenté par EdP) côtoieront D’Jal et Alex Ramires. Au risque d’être un peu longs (oui, c’est vrai), signalons que Les Faux British appréciés l’an passé en Sherlock Holmes de pacotille reviennent, cette fois en dynamitant Peter (sacré) Pan. Dans un domaine qui unit cirque, théâtre, humour et d’autres trucs indéfinissables, Les 26000 présenteront leur premier spectacle de rue… à l’intérieur.

Musicalement, il faudra ne pas louper Lee Fields, un monsieur nourri de James Brown et de gospel, pas plus que Paul Personne (voir ICI) ou encore Jane Birkin et Stéphane Eicher. Mais on sait que l’Espace Malraux ne se contente pas des affiches consacrées et propose des découvertes. Il y en a à la pelle (Mayra Andrade et ses rythmes brûlants, Yves Jamait, nostalgique des années 70…), le programme est là pour en apporter la preuve.

Évidemment, on dansera avec Marie-Claude Pietragalla (La Femme qui danse) mais aussi avec la phénoménale Anne Teresa De Keersmaeker (Four movements to the music of Steve Reich, un classique), non sans partir à la découverte de la compagnie Käfig (qui fête ses vingt ans).

On ne le dira jamais assez : tout ça c’est « ENTRE AUTRES ». Donc, on zappe (tant pis pour les sœurs Berthollet, nous verrons dans un autre article si le classique est soluble dans le marketing), pour la nouvelle averse irlandaise des Celtic Legends (voir ICI) ou pour le Los Angeles Dance Project de Benjamin Millepied (on en parlera sûrement un jour ou l’autre, parce que ça nous plaît bien).

Un citron tout doux

Vilain !
Vilain ! (le petit canard… ou presque) associe les textes de Boris Cyrulnik et le conte d’Andersen (Photo Florian Jarrigeon)

Mais comme vous commencez à vous endormir (on parle à ceux qui ne sont pas encore partis), il faut vite souligner que la programmation « jeune public » (couleur citron) n’a rien à envier à celle des « grands » (orange). Plusieurs spectacles « en résidence » passeront de la salle de répétition à la scène (Chanson d’amour pour ton bébé, Petit homme, l’Ombre de la main…). D’ailleurs, il y aura plein de créations dans le programme pour les jeunes. Et pour bien démontrer que la frontière entre parents et enfants n’est pas si fermée, le Théâtre a cru se paye une place dans les deux programmes avec Vilain !

Bon, on arrête là, non sans vous dire que la direction de l’Espace Malraux a simplifié le principe des abonnements, que les abonnés auront les meilleures places, que l’on pourra réserver quatre spectacles au lieu de cinq auparavant, que la présentation au public se fera le 26 septembre (le 20 pour la jeunesse), que l’on pourra réserver en ligne à partir du lundi 22 juillet 2019 et du mardi 10 septembre au guichet et que vous serez un bon millier à le faire. Bons spectacles !

Abonnements à partir du 22 juillet en ligne ICI et du mardi 10 septembre sur place.