Spectacles Théâtre

Lorsque l’enfant paraît d’André Roussin
Balade en famille sur un grand boulevard  

Michel Fau et Catherine Frot sont à l’affiche de Lorsque l’enfant paraît », d’André Roussin, à l’Espace Malraux de Joué-lès-Tours (Indre & Loire) le 9 mars 2024.

"Lorsque l'enfant praît" à l'Esapace Malraux de Joué-lès-Tours. (Photo Marcel Hartmann)

Lorsque l’enfant paraît, pièce d’André Roussin, sera, avec Catherine Frot et Michel Fau, à l’Espace Malraux de Joué-lès-Tours le 9 mars 2024. L’occasion de réviser un classique du genre et, surtout, de découvrir que, derrière les répliques et les rires, se cachent bien des choses. Parfois, le boulevard va dans des directions inattendues.

Il fut un temps où le boulevard pouvait mener à l’Académie française. Plus aujourd’hui. Les Parisiens vous diront que le quai Conti vaut bien un boulevard. Certes. Mais, si l’on se tient à la métaphore, il faut reconnaître que les auteurs du théâtre dit “populaire” ne se bousculent plus au milieu des chapeaux à cornes.

Il faut remonter à une époque qui ne parle guère aux actuelles générations pour retrouver sur les bancs un certain Marcel Achard, que seuls leurs (grands) parents connaissent, et encore, ou Marcel Pagnol. Mais c’est évidemment pour une œuvre plus large que le provençal a eu droit à son fauteuil, même si la trilogie Marius, Fanny, César a fait les beaux soirs des scènes et des écrans hexagonaux et qu’elle continue encore aujourd’hui.

Pas de Sacha Guitry à l’appel, pourtant, ni de Tristan Bernard, qui disait : « Je préfère faire partie de ceux dont on se demande pourquoi ils ne sont pas à l’Académie plutôt que de ceux dont on se demande pourquoi ils y sont.» La présence d’André Roussin sous la coupole mérite donc un coup de bicorne envers celui qui avouait : « Si le théâtre m’avait donné moins de joie que le baccara, je serais devenu, je pense, un habitué des casinos. ».

"Lorsque l'enfant praît" à l'Esapace Malraux de Joué-lès-Tours. (Photo Marcel Hartmann)
Coup de printemps chez les Jacquet. (Photo Marcel Hartmann)

Coup de bol, l’Espace Malraux de Joué-lès-Tours (Indre & Loire) va offrir une séance de mise à niveau à ceux qui ignorent le Roussin en question. Avec Lorsque l’enfant paraît, c’est l’occasion de passer un bon moment (pièce marrante, mais oui) et de découvrir que, derrière l’auteur gominé, se cache, non seulement, un homme plein d’humour et un observateur affûté de la société de son temps mais aussi, et c’est inattendu, un précurseur des mœurs du nôtre.

Hommage à tonton Victor

Nous ne ferons d’injure à personne en rappelant que le titre de la pièce est piqué respectueusement à Victor Hugo. Petit mémo, ça peut toujours servir  :

Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille
Applaudit à grands cris ; son doux regard qui brille
Fait briller tous les yeux,
Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être,
Se dérident soudain à voir l’enfant paraître,
Innocent et joyeux.

Bon, ce n’est pas le meilleur du gentil barbu, c’est un brin cucul la praline, mais le début du poème est entré au panthéon des citations que l’on fait à chaque baptême, comme les souvenirs de guerre du tonton en fin de repas.

Donc, la pièce d’André Roussin traite de la naissance, voire “des” naissances car c’est une véritable épidémie qui s’abat sur la famille Jacquet dont le père, Georges, est, de plus, sous-secrétaire d’état à la famille et vient de faire fermer les maisons closes, ce qui est en soi un pléonasme. Ça fait un peu désordre sous les dorures quand son épouse annonce qu’elle est enceinte à « un âge où on a des petits-enfants, pas des enfants ! ». Et des petits-enfants, elle en aura aussi puisque peu à peu (on ne « spoile » rien, tout le monde a compris) les annonces d‘heureux événements vont pleuvoir dans le boudoir.

"Lorsque l'enfant praît" à l'Esapace Malraux de Joué-lès-Tours. (Photo Marcel Hartmann)
Monsieur le sous-secrétaire d’état n’est pas au bout de ses surprises. (Photo Marcel Hartmann)

Jusque-là, rien que du classique. Nous n’approfondirons donc pas. C’est en arrière-plan que se trouve la surprise. Parce que, si André Roussin est un auteur de talent sur la forme, il est courageux sur le fond. La pièce a été créée en 1951, période où pas mal de sujets faisaient hurler dans les salons bourgeois, si tant est que l’on y en ait parlé, le petit doigt en l’air et l’air offusqué, et c’est peu probable.

Car, derrière la grand bazar qui secoue la famille Jacquet, on évoque pas mal de choses légèrement anachroniques. En vrac :

– le droit des femmes à avoir un enfant à tout âge.
– l’avortement (il faudra attendre plus de v ingtans pour que l’IVG entre dans la loi).
– les amours dites « ancillaires », autrement dit le droit de coucher avec la secrétaire si l’on veut (et si on l’aime) et inversement.
– le droit de le faire même si elle est étrangère.
– la liberté sexuelle hors mariage.
– la possibilité d’avoir un enfant seule sans encourir l’opprobre…

…etc. On se croirait au XXIe siècle, on n’est que dans les années cinquante et mai 68 se fait attendre. Bravo Roussin !

Soyons justes !

C’est pourquoi la présentation qui est faite du spectacle ici et là (« La pièce épingle, avec une drôlerie grinçante, les hypocrisies de la grande bourgeoisie ») nous semble réductrice, pour ne pas dire injuste, quitte à ne pas être d’accord avec Michel Fau : « Une pièce des années 1950 formidablement méchante, avec des personnages odieux ! » (Elle). Ben non. C’est plutôt le contraire que l’on voit. Ces bourgeois-là sont sérieusement progressistes… Pas au début, d’accord. Mais on évolue vite dans la famille Jacquet.

Si la forme et le fond de Lorsque l’enfant paraît justifient le déplacement, la distribution de la version 2024 est aussi un excellent argument. Catherine Frot et Michel Fau (qui assure aussi la mise en scène) en tête de liste.

"Lorsque l'enfant praît" à l'Esapace Malraux de Joué-lès-Tours. (Photo Marcel Hartmann)
Pas content, le futur papa. Au début, en tout cas… (Photo Marcel Hartmann)

Et, comme le spectacle a récolté une tonne d’applaudissements (quatre nominations aux Molières 2023 : meilleur comédien, Michel Fau, meilleure mise en scène, meilleure comédienne, Catherine Frot, meilleure comédie), il serait malvenu de faire la fine bouche, comme dans les salons des années cinquante.

À l’Espace Malraux de Joué-lès-Tours, le samedi 9 mars 2024, 20h30.

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