Ling Chen écrit l’amour
à l’encre de Chine

Chinoise de Shanghai, Française de Touraine, Ling Chen fait voyager l’amour entre le pays du sourire et celui du romantisme revendiqué. Cela donne un joli disque multilingue et métissé où l’on croise tradition, cinéma, tango et… Édith Piaf.

Quand, il y a quelques années, une grand-mère de Shanghai disait à sa petite fille, qui piquait une grosse colère, « avec la voix que tu as, tu sauras toujours te faire entendre », elle pensait plus à l’autorité naturelle de la gamine qu’à son avenir derrière un micro.

Avec le temps, les deux interprétations de la phrase (allez donc traduire ça correctement en français courant…) ont pris comme un air de prédiction. Ling Cheng a bel et bien la volonté d’acier d’un champion de kung-fu et une voix qui justifie que l’on tende l’oreille. Ce qui tombe bien puisque Ling Chen vient d’enregistrer son premier CD au Studio Concept Prod de Tours.

Ling Chen
Au commencement, était une petite fille de Shanghaï en colère… (Photo DR)

« Le chant est devenu plus qu’une passion, c’est un besoin vital » dit-elle. Un besoin qui l’a conduite à se produire devant des publics d’abord amicaux et complices, ensuite attentifs et connaisseurs. Une approche plus prudente que timide, devenue plus assurée au fil des ans avec l’aide de ses professeurs, Sandra Rotinat pour le classique, Léna Cohen Kal pour le chant et Elora Antolin pour le jazz (nous y reviendrons).

Arrivée en France, le pays dont elle avait rêvé jeune fille, dans les années 2000 (après un premier passage en 1997), Ling Chen y a trouvé son bonheur, un mari et une carrière artistique, ce qui justifie largement qu’elle y soit encore.

Toujours des mots, encore des mots…

Album Ling Chen "Je te dirai les mots"
Un premier album pour parler d’amour sans frontières. (Photo DR)

Poussée sur scène par sa passion vitale, Ling Chen a notamment partagé le micro avec un chanteur grec, Stavros Niforatos, et une yangqinniste (le yan qin est une sorte de xylophone à cordes chinois) de réputation internationale.

C’est elle, Yaping Wang, que l’on retrouve à ses côtés sur l’album. Un disque, intitulé Je te dirai les mots, qui explore les chemins du tendre en passant parfois par des détours inattendus.

Accompagnée élégamment au piano par Samuel Delhommeau (et par le percussionniste Pierre Landelle), Ling Chen propose un surprenant assemblage d’airs traditionnels chinois et de musiques venues d’ailleurs. L’ensemble, a priori incompatible, est lié par une voix délicate, qui ne craint pas d’attaquer bravement les hauteurs himalayennes de certains accords venus de l’Empire du milieu avant de se poser doucement sur d’autres continents.

Empruntant à Mélina Mercouri les paroles d’ouverture de l’album, Ling Chen annonce la couleur, plutôt rose : « Écoute, je te dirai les mots les plus beaux des mots d’amour que je connais et que jamais je n’oublierai, […] que tous les amoureux du monde pourront chanter, car c’est l’amour qui les a inventés. »

Album Ling Chen "Je te dirai les mots"
Pas si simple de voir la vie en rose… et en mandarin.. (Photo DR)

Cela dit, l’auditeur devra accepter d’être un brin bousculé dans sa logique auditive. Commençant par un chant typiquement chinois (La belle fleur au clair de lune), le disque surprend dès le second morceau, chinois lui aussi, mais dont les sonorités sonnent parfois « occidentales » et modernes, peut-être parce qu’il s’agit d’un titre extrait d’un film (de 1934, certes mais on est loin de l’époque Ming tout de même).

D’ailleurs, on trouvera sur le disque d’autres B.O. cinématographiques. Pourquoi la fleur est-elle si rouge ? , extraite du film Les visiteurs de la montagne glacée, est un air du folklore ouïghour, ce qui, dans le contexte politique actuel, peut prendre une toute autre signification…

Poésie, donc, à chaque plage de l’album, mais aussi humour avec Le tambourin de  Fen Yang, où une épouse préférerait que son mari soit fonctionnaire plutôt que de jouer du tambourin. Mao serait content.

Tango mandarin

Album Ling Chen "Je te dirai les mots"
Yaping Wang, « yangqinniste » mondialement réputée, accompagne Ling Chen sur scène et en studio. (Photo DR)

Le disque recèle d’autres perles. Ceux qui connaissent Ling Chen ne seront pas surpris de l’entendre chanter La vie en rose d’Édith Piaf, dans une version sous-titrée où l’on passe du français au mandarin. Mais on s’étonnera de plonger en Amérique du Sud avec un très inattendu Historia de un amor, air fameux qui fut notamment interprété par Dalida et Luis Mariano. Un tango sinophone ? 

Pour les réfractaires à la langue de M. Ping, précisons que des textes sont traduits et des commentaires ajoutés au (joli) livret avec l’aide de Jean-Paul Veyssière.

L’artiste est déjà en train de penser à l’avenir. Un futur qui ne s’écrira plus seulement à l’encre de Chine mais aussi en blue, comme nous l’avions annoncé lors d’un précédent récital de Ling Chen : « En confidence, elle révèle qu’un Ling Chen Trio de jazz est en formation. Il se consacrera surtout au jazz des années 30-40 à Shanghai. »

Un nouveau grand bond en avant, et une nouvelle étape pour la petite fille en colère qui a su se faire entendre, « Ni trop tôt, ni trop tard… », pour reprendre le titre du dernier morceau, autrefois chanté par Jeanne Moreau.

Pour se procurer le disque, c’est LÀ
On peut aussi envoyer un message privé par Messenger à Ling Chen.
Prix de l’album, 12 € (plus les frais d’envoi, mais ça ne vient pas de Chine…)