Jazz en Touraine
reprend son souffle

Dernière mise à jour le 24 juillet 2021

On ne se lasse pas de le répéter (depuis plus de 30 ans !) : Jazz en Touraine est un super festival, et ce n’est pas parce qu’il se situe au-dessus de la zone méridionale de l’hexagone qu’il ne faut pas le ranger aux côtés des Marciac et autres Juan-les-Pins.

Voilà, c’est dit, et il n’y a pas une bribe de chauvinisme là-dedans. Il suffit de regarder le programme (principal, pour le Off, allez voir ICI, en bas de page, ça vaut le coup aussi !) pour s’en convaincre.

Donc, ça se passe dans la commune de Montlouis, que les étrangers à la région connaissent surtout parce qu’ils en ont lu le nom sur quelque étiquette de liquide vineux, et que les amateurs de jazz connaissent parce que, depuis 1987, leur visite ne les a jamais laissés sur le faim (et, accessoirement, sur leur soif).

Festival Jazz en Touraine 2021 | Concerts & Musique Jazz |  Montlouis-sur-Loire 37Jazz en Touraine, c’est aussi un village, plein de musique et de bonnes choses… (Photo Jazz en Touraine)

Il est sans doute un peu lassant de rappeler quelques noms passés par les rives ligériennes, mais c’est toujours un plaisir. D’autant que la liste s’allonge chaque année et reste dignes des plus anciens. Alors, on vous en balance quelques-uns, histoire de vous faire honte si vous n’y êtes jamais allés : Michel Petrucciani, Manu Dibango, Dee Dee Bridgewater, Richard Galliano, Rhoda Scott ou encore Dutronc fils, venu une première fois avec Biréli Lagrène et revenu en tête d’affiche.

Il y en a d’autres, plein d’autres, et l’édition labellisée 35 (celle de 2020 avait mis une sourdine mais avait tout de même fait donner la musique pendant quatre jours) va faire saliver pas mal d’oreilles, si l’on nous permet cette image particulièrement osée et peu morphologique.

Éclectique et pas toc

« De l’éclectisme, du caractère, de multiples talents sur toutes les scènes pour un Festival ouvert au plus grand nombre, pour le simple bonheur d’écouter et d’apprécier l’innombrable diversité des couleurs du Jazz et des musiques rythmées » dit Jean-Jacques Filleul, président du festival, jazzophile érudit et passionné, et monsieur sympathique au demeurant.

On peut le croire sur parole, mais on peut aussi en avoir la confirmation en allant se balader sur le programme (original puisqu’en partie animé et musical). Rappelons – toujours à destination de ceux qui ne sont jamais venus… – que ledit programme « officiel » se double de pas mal d’autres concerts sur des scènes annexes, festival parallèle, évidemment estampillé « off »

Festival Jazz en Touraine 2021 | Concerts & Musique Jazz |  Montlouis-sur-Loire 37Jazz en Touraine ou le jazz à la campagne. Attention, ce n’est pas l’affiche de 2021 ! (Photo Jazz en Touraine)

Et puis, le festival de Montlouis essaime sur seize communes alentour, ce qui doit faire de son « off » la plus large communauté culturelle française. Les concerts en sont gratuits, et, sur l’Esplanade Maurice Cullaz, on peut les assortir de nourritures, certes moins intellectuelles, mais tout aussi satisfaisantes.

Sur la scène principale de Jazz en Touraine, celle de l’Espace Ligéria, sept soirées sont prévues, avec deux concerts à chaque fois. Les cumulards sont bienvenus.

Vendredi 10 septembre

Ray Lema et Laurent de Wilde (20 heures)

Voilà pas mal d’années que le Congolais et le Français (né à Washington) font circuler leurs deux pianos sur les routes. Ils ont fait une étape pour enregistrer un album gravé avec leurs racines mais unis par une maîtrise du clavier largement partagée. C’est beau comme du classique et ça sonne comme du jazz, évidemment. Et, toujours, en douceur, en délicatesse. La virtuosité au bout des doigts.

Sarah McKEnzie (21h45)

Comme elle est déjà venue, on va répéter ce que l’on disait alors : douce et forgée dans le rythme, la voix d’une chanteuse de la grande époque du jazz sur écran noir et blanc, Sarah McKenzie sert au piano des Tea for two où pas une note ne dépasse et des compositions, comme le fameux Paris in the Rain qui lui a valu d’être découverte. L’Australienne livre aujourd’hui les Secrets of my Heart, toujours très bien entourée. Si la demoiselle se réfère aux standards américains, son travail auprès de Michel Legrand (« La musique de Michel est plus influencée par Debussy ou Ravel » dit-elle) a nuancé son style.

Samedi 11 septembre

Nicolas Gardel & The HeadBangers (20 heures)

« Nicolas Gardel déjoue les clivages en alliant avec style et originalité un jazz moderne, faisant dialoguer funk et musique Pop Electro » dit le programme (et son site officiel). C’est vrai que l’on se balade entre des cuivres classiques très « gillespiens » vers des couleurs de miel presque planantes. C’est chaud, c’est beau, c’est ciselé, juste comme il faut.

Seed Ensemble (21h45)

Du cuivre et du cuivre encore. Avec des dames derrière (Cassie Kinoshi, saxophoniste, est aussi la cheffe du groupe), ce qui est rare. Ça swingue, ça tangue, c’est du jazz à la sauce caraïbe. Ils sont dix, avec passeports anglais et origines multiculturelles. Mais ça reste du jazz, du vrai de vrai. Pas question de faire du folklore. Le Seed ensemble ne sème pas n’importe quoi.

Dimanche 12 septembre

The Buttshakers (20 heures)

Un blues pur et rauque, celui des grandes dames du jazz. Un message politique assumé. Un ensemble où la voix rencontre les instruments à l’unisson. C’est parfait et ça bouge sérieusement. D’ailleurs, on le traduit comment leur nom ? Les secoueurs de fessiers ?

Jean-Jacques Milteau (21h45)

Il devait bien plaire à feu Johnny, le monsieur, même si c’est avec Eddy Mitchell qu’il a tourné à ses débuts. Un fan des musiques de l’Amérique profonde. Un harmoniciste (à propos, vous avez lu ce que nous avons écrit sur Geg Zlap ?) qui fait souffler l’air chaud du blues traditionnel sur le bluegrass. Un pur et dur tendre qui a découvert l’instrument avec Bob Dylan. À Montlouis, il sera en compagnie de plusieurs de ses complices, dont le chanteur/guitariste Carlton Moody.

Mercredi 15 septembre

Louise Jallu (20 heures)

Quand le jazz est là, le tango ne s’en va pas. Louise Jallu rend hommage au grand Astor Piazzolla avec son bandonéon et des musiciens de jazz (sur le disque, elle a embarqué la Philharmonie de Paris). Hommage interprétation, réinterprétation. Fidèle et libre : « Si l’on prétend apporter quelque chose de nouveau, il s’agit de faire autre chose. S’emparer de sa musique comme s’il s’agissait d’un standard et l’amener ailleurs » a-t-elle dit sur France-Culture..

Manu Katché (21h45)

Il a d’abord manié les baguettes au conservatoire de Paris. Mais le classique menant à tout à condition d’en sortir, Manu Katché s’est dévergondé avec le rock et la pop. Du coup, il va oublier les orchestres symphoniques pour les studios de pas mal de monde de la chanson. Peter Gabriel, en l’invitant à enregistrer, l’entraînera encore plus loin, géographiquement et musicalement. Le son de ses percussions est dit-on, reconnaissable entre tous, fait de classique, de rock, et jazz, évidemment. Surtout.

Jeudi 16 septembre

Sarah Lancman (20 heures)

Française mais artiste internationale, pianiste et chanteuse (d’abord), Sarah Lancman arrive en quintet pour un hommage à Paris, thème de son dernier album, sur lequel elle reprend L’hymne à l’amour de Piaf, qui n’est pas notre préféré mais que l’on peut aimer. On est plus proche de Michel Legrand que de Dave Brubeck, c’est frais et agréable. Un moment plutôt romantique, finalement.

Hugh Coltman (21h45)

Anglais réfugié à Paris, échappé de son groupe de rock The Hoax, Hugh Coltman chante un peu dans la même cour que Sarah Lancman. On effleure la variété, on retrouve les grandes voix du jazz (Nat King Cole, par exemple, lors d’un festival breton). La voix, à peine éraillée, coule fluide, le bonhomme suinte le rythme du jazz des débuts. Normal, quand on sait que sa carrière solo a débuté en compagnie de John Lee Hooker, B.B. King et Buddy Guy.

Jeudi 16 septembre

Alain Jean-Marie et Diego Imbert (20 heures)

Duo complice entre un contrebassiste (Diego Imbert) et un pianiste (Alain Jean-Marie). C’est beau comme du Bill Evans et ça tombe bien car les duettistes ont voulu retrouver l’esprit qui a réuni le grand Bill et le non moins grand Eddy Gomez il y a quelques lustres. Que c’est bon de replonger dans un jazz qui n’est évidemment simple qu’en apparence. N’est-ce pas, Petrucciani ?

Delgrès (21h45)

Un power trio (avec hélicon, c’est rare !) composé de Pascal Danae, Baptiste Brondy et Rafgee, qui sent bon le reggae, modernisé néanmoins. Eux appellent ça du blues caribéen. Le rap n’est pas loin mais l’ensemble est sympa. Raison le plus pour le mettre dans son réveil numérique, pas forcément à 4 heures du mat’ (titre de leur dernier album).

Samedi 18 septembre

Abraham Réunion feat Arnaud Dolmen (20 heures)

On continue dans les rythmes chauds avec le jazz créole de la famille Abraham, Zacharie, Cynthia et Clélya. Mais on est tout de même en plein jazz avec des sons presque planants mâtinés de Michel Legrand, encore, voire de samba. Une musique « feutrée » dit à juste titre le programme. La batterie n’impose pas, elle s’intègre. Ce sont les voix qui ont la vedette. Le frère est à la contrebasse et la petite sœur, Clélya, se met au piano. Elle connaît la partition : c’est elle qui a écrit la plupart des créations du groupe.

Ayo (21h45)

Elle est Allemande, de père Nigérian et de mère tzigane, chante en anglais et France-Culture la fait passer – musicalement – par la Jamaïque, à propos de son dernier album, Royal. Pas étonnant, dès lors, qu’elle dise, après pas mal d’autres, c’est vrai, que «  La musique est la seule langue internationale ; on peut partir en Chine sans parler le mandarin, mais on peut quand même parler avec les gens. Comme avec les émotions […], avec la musique, on peut sentir les choses, on peut communiquer. » Le public de Jazz en Touraine pourra d’autant mieux communiquer avec elle qu’Ayo est très bavarde et aime aller se balader au milieu de l’assistance, pour Une chanson douce ou un air de Nina Simone…

Du 19 au 20 septembre 2021, Espace Ligéria de Montlouis-sur-Loire

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