Suburra sur Netflix  :
tous les chemins mènent à Rome,
mais ça secoue sérieusement…

Dernière mise à jour le 2 décembre 2020

Dernière (ultime ?) saison de Suburra sur Netflix. Fin shakespearienne pour une petite cousine de Gomorra qui mérite de faire le détour par Rome. Mais la balade n’a rien de touristique…

https://www.premiere.fr/sites/default/files/styles/scale_crop_1280x720/public/2020-10/suburra-la-serie-locandina.jpgFrères ennemis ou ennemis tout court ? (Photo DR)

Le cinéma et la télévision transalpins n’ont jamais eu peur de mettre les pieds dans le plat de spaghettis. Que ce soit les grands classiques (Main basse sur la ville de Francesco Rosi) ou des parodies plus récentes (Benvenuto, presidente ! de Riccardo Milani), les dénonciations des turpitudes politiques ou des influences de la mafia sont exposées avec un culot et une franchise sans complexe.

Les productions françaises, à quelques exceptions notables (mais pour la plupart situées dans le passé : L’affaire Dreyfus, L’attentat, Le Président..) près, sont plus rares ou plus soft. Les optimistes diront que c’est parce que notre pays est moins atteint. En ce qui concerne la mafia, si l’on ne regarde pas trop vers le Sud, c’est probable. Pour le reste, il faut seulement espérer qu’ils aient raison.

À chacun sa part

Retour en Italie, en passant par la production américaine de Netflix, mais avec une réalisation locale. Clairement, la série s’inspire de Gomorra, toujours visible sur MyCanal, production fameuse inspirée par le livre de Roberto Saviano sur la « camorra », la mafia napolitaine, qui lui vaut d’être en permanence menacé. Dans un premier temps, en 2008, le livre avait été adapté au cinéma, toujours sous le même nom, par Matteo Garrone.

Rome series Suburra debuts on Netflix - Wanted in RomePlusieurs générations et pas mal de conflits. (Photo DR)

Donc, Suburra (le nom d’un quartier mal famé de la Rome antique) puise son inspiration dans Gomorra. Rivalité entre « familles », règlements de comptes, montée en puissance de la jeune génération face aux anciens, le schéma se retrouve dans les deux séries. Sans oublier une belle hécatombe sauce tomate des deux côtés. À Rome aussi, le plomb dégringole comme une volée de bénédictions place Saint Pierre un jour de Pâques.

Deux éléments changent pourtant la donne. Le choix de Rome comme champ de bataille, d’abord. Si l’on n’imaginait pas la ville aussi gangrenée que Naples ou la Sicile, on n’avait pas dû lire le bon guide touristique. Mais c’est la multiplicité des domaines investis par la série qui lui donne une ampleur particulière.

Aux côtés (rarement en face) des voyous, on trouve la mairie, c’est – presque – attendu, et le Vatican, ce qui l’est moins. On imagine mal le clergé français impliqué dans une affaire de meurtres et de magouilles sur les petits écrans hexagonaux sans provoquer une vague d’excommunications.

Skakespeare or not Shakespeare ?

Suburra: Blood on Rome' Season 3: Netflix Release Date, Plot, and more  about the Italian SeriesDes couleurs « Technicolor » pour l’univers des gitans (Photo DR)

Deuxième originalité, la présence sur le champ de bataille d’une famille de gitans. En évitant, de justesse, la caricature, le réalisateur donne du relief à la rivalité classique entre clans. Le choix de donner des tons « technicolor » saturés aux scènes qui concernent les gitans, surprenant de prime abord, s’avère payant, visuellement et dramatiquement.

Mais il serait injuste de limiter Suburra à une énième version de Règlement de compte chez les pizzaiolos. C’est avant tout une histoire de grands ados, s’acheminant vers un futur inéluctablement mafieux que l’on s’intéresse. Trois (puis deux) jeunes, de clans opposés, qui deviendront amis malgré eux… et malgré l’homosexualité de l’un. Il faut aussi signaler une approche féministe du sujet, les demoiselles entrant dans la danse comme les garçons, ce qui n’est pas le moindre des combats à mener dans ce milieu.

Suburra (2017) : Photo Carlotta Antonelli, Federica Sabatini - 36 sur 63 -  AlloCinéSuburra, les femmes entrent dans la danse. (Photo Netflix)

Cette approche de type Roméo et Juliette, en ce qui concerne les problèmes de famille, pas les amours, se confirme dans une quatrième saison, probablement la dernière mais sait-on jamais, moins classique que les précédentes mais très shakespearienne, où l’on saura si les aspirants parrains auront gagné la partie ou non.

Mais ce n’est pas nous qui allons vous le dire, par peur des représailles, peut-être.

Suburra sur Netflix, c’est ICI.