Pour en finir avec Donald Trump 
… et quelques autres  ?

Alors que la bernique de la Maison Blanche s’accroche désespérément à son rocher, il est utile – et urgent – de se demander comment des démocraties peuvent amener au pouvoir des marionnettes creuses et délirantes. Plusieurs documentaires passionnants, à voir en replay, apportent des éléments de réponse. Et ce n’est pas rassurant.

Notre société électronique est en train de générer des espèces invasives en voie de multiplication. Après l’arrivée, plus ou moins avortée, d’une première branche en Italie, on en trouve une autre, beaucoup plus virulente et résistante, dans les Amériques, mais aussi aux lisières de l’Europe. Des chefs d’état parfois aussi virtuels qu’un personnage de Matrix mais plus dangereux pour le monde réel. Le problème, c’est que ces silhouettes auto-générées dominent des humains, ce qui n’est pas sans évoquer le 1984 de George Orwell. 

Les caricatures de dictateurs ne sont pas nouvelles, certes, et l’on n’est pas surpris de les trouver en Corée du Nord, en Chine ou en Russie. Mais ces souches ne proliféraient jusqu’alors que sur des terrains particuliers, autoritaires sinon totalitaires. Ce qui différencie la nouvelle génération, c’est qu’elle apparaît désormais dans des pays à l’organisation incontestablement démocratique. Et, comme toute espèce parasite, elle détruit le support qui la nourrit. Pour revenir au domaine politique : elle bousille la démocratie qui lui a permis d’exister.

Photo de la page Facebook de Donald Trump.
Un mensonge répété mille fois devient une vérité. Donald Trump connaissait-il la formule avant de se lancer en politique ? C’est probable. À moins qu’il ne l’ait réinventée. (Photo de la page Facebook de Donald Trump)

Les causes de cette évolution sont multiples, évidemment. Mais l’usage des réseaux sociaux (Facebook aux États-Unis, WhatsApp au Brésil, notamment) a accéléré une tendance perçue avant même leur naissance. Si la perte de confiance du public (du peuple ?) envers les politiques – le point de départ le plus significatif étant l’invasion de l’Irak – mérite un décryptage complexe, l’usage des réseaux sociaux est encore plus ambigu car il s’affiche comme une arme à double tranchant. À force de dénigrer des médias – certes imparfaits mais, pour beaucoup, tout de même sérieux – les politiciens se sont tiré une balle dans le pied. Quel relais crédible à leur action sinon la presse ? Qui pour analyser une politique, une démarche économique, sociale ou « sociétale » ? Les réseaux, oui, mais c’est là le problème.

Utilisés par le public, ils créent un contre-pouvoir qui aurait pu être bénéfique s’il n’était régi par aucune règle, sinon celle des algorithmes, destinés à nous faire consommer plus, qui ont été détournés par les conspirationnistes de tout poil et quelques politiciens sans scrupules, souvent les mêmes d’ailleurs. La Fabrique du mensoinge, le documentaire de France 5 (1) dont nous parlons ci-dessous, analyse l’utilisation qui en est faite par ces derniers.

Titeuf contre Bolsonaro

Les fake news au pouvoir

La Fabrique du mensonge, sur France 5 replay (1), décrypte comment Donald Trump a utilisé Twitter pour exister. Pas vraiment une découverte mais un approfondissement d’un système dont on mesure aujourd’hui les conséquences. La travail d’un individu dont on peut discuter les compétences et la culture, mais auquel on ne peut nier un sens aigu de la communication.

Trump est un homme de communication, pas la plus glorieuse, d’accord, celle qui parle aux masses (« Le cirque Trump » dit Barak Obama), telles qu’il les a abordées via la télévision. Les États-Unis ont élu une image fabriquée, comme ils auraient voté pour The Voice. Si vous avez des velléités politiques, ce documentaire est un mode d’emploi. Affligeant mais efficace.

La preuve en est, de façon encore plus terrifiante, que Jair Bolsonaro, au Brésil, a poussé le système au-delà de l’imaginable. Sa communication politique est passée majoritairement par WhatsApp (Facebook n’est pas très utilisé dans le pays) quitte à y diffuser des affirmations dont l’absurdité devrait seulement faire rire ou hausser les épaules.

Entre amateurs de « fake news », on se comprend… (Photo page Facebook de Jair Bolsonaro)

Mettant en place de véritables usines à fausses infos pour détourner les limites imposées par WhatsApp, Bolsonaro a affirmé de telles absurdités que l’on se demande comment elles ont pu être crues par qui que ce soit (il semble que cela commence à changer depuis quelque temps mais un peu tard). Exemple typique : pour démontrer que les écoles maternelles visaient à former des homosexuels ( ! ! !) il a montré un livre français pour enfants, Le guide du zizi sexuel de Titeuf, en prétendant qu’il était distribué dans les écoles… On croit rêver, mais non, c’est vrai.

D’excellente qualité et efficacement didactique, le documentaire de France 5 mérite d’être regardé.

Des cerveaux tout propres

Sur Netflix, Derrière nos écrans de fumée décortique la manière dont les réseaux sociaux, et en particulier Facebook, nous rendent accros à leurs systèmes. Une approche similaire à celle des dealers et qui, nous rendent dépendants, consciemment ou non. Le but ultime est de nous faire consommer et, surtout, de vendre nos « profils », source de revenus la plus importante pour les entreprises. On connaît à peu près tout ça, si l’on est un peu curieux, mais il est intéressant, et inquiétant, d’entendre les algorithmes expliqués par ceux-là mêmes qui les ont mis en place, comme certains ex-patrons de Facebook. Un lavage de cerveau en douceur.

Je t’aime, moi non plus

C’est une série que Canal+ glisse dans la thématique. The Comey Rule (1), du nom de James Comey, reconduit par Donald Trump à la tête du FBI raconte comme un « serviteur de l’état » viscéralement honnête (ce qui n’exclue pas un poil de mégalomanie) a tenté de résister au nouveau président des États-Unis lorsque celui-ci a voulu utiliser le FBI à son profit. Jusqu’à la mise à la porte, on s’en doute. Ce n’est pas fini : Donald Trump vient de limoger, après pas mal d’autres, Chris Krebs, directeur de la CISA, l’agence chargée de la sécurité des élections, qui n’avait trouvé aucune irrégularité. Pas d’accord avec le boss ? Viré. Comme Comey.

Tout de même pas la mafia ? Si !

Photo de la page Facebook de Donald Trump.
Devenu « potus » (président of the United States), Trump a retardé son passage devant les tribunaux. Sa défaite va-t-elle l’expédier devant les juges ? (Photo de la page Facebook de Donald Trump)

Autre excellent document pour comprendre qui est Donald Trump, Trump contre le FBI (1), à voir sur France 5 replay, est effarant. On découvre la face cachée de l’auto-proclamé « mogul », la réalité de ses affaires – dans tous les sens du terme – et l’implication de la mafia dans ses opérations immobilières.

En donnant la parole à des enquêteurs de l’agence comme à des journalistes d’information réputé, l’émission montre à quel point le futur ex-président américain a pu se fabriquer artificiellement une image, quitte à frayer avec des personnages peu recommandables, qu’ils soient mafiosi locaux ou venus de Russie. Encore une dose de frissons au programme.

Trump face au FBI (France 5)
La Fabrique du mensonge (France 5)
Derrière nos écrans de fumée (Netflix) 
The Comey rule (Canal+)

(1) À l’heure où vous lisez cet article, il est possible que certains des programmes mentionnés ne soient plus accessibles. Il faut espérer qu’ils le seront à nouveau, leur intérêt méritant clairement une présence en ligne rallongée…