« Les lumières de la ville » à Tours
Un fauteuil d’orchestre pour Charlie Chaplin

On l’ignore généralement mais, en matière de musique, Charlie Chaplin était tout sauf un charlot. Compositeur de la plupart des musiques de ses films, son chef-d’œuvre est sans doute City Lights (Les Lumières de la ville), que l’Orchestre Symphonique Région Centre/Val de Loire jouera fin mars au Grand Théâtre de Tours pendant la projection du film. Une reconstitution de ce qui fut un succès mondial.

Charlie Chaplin
Charlot déjà au violon dans Le Vagabond (1916)

On a tous en nous quelque chose de Charlot. Peut-être un petit air de musique, comme ce Je cherche après Titine, agrémenté d’un sabir inénarrable dans Les Temps Modernes. Mais si Titine venait du café-concert français, il y a gros à parier que les autres airs qui nous reviennent en mémoire sont signés Chaplin himself. Car le monsieur n’était pas seulement un comique génial, un réalisateur sublime. Il était aussi bon musicien et excellent compositeur. C’est ce que l’Orchestre Symphonique Région Centre/Val de Loire démontrera les 30 et 31 mars. Alors que le film s’installera sur scène, les musiciens interpréteront la partition des Lumières de la ville (City Lights), chef-d’œuvre cinématographique et musical absolu. C’est d’ailleurs la musique qui valut à Chaplin, incroyablement, son seul et unique Oscar, cette fois pour Les Feux de la rampe (Limelight). Les gens sont bizarres, surtout à Hollywood.

Stravinsky visionnaire

Chaplin est tombé dans la musique quand il était petit. Enfant de la balle, il raconte avoir eu le coup de foudre un jour où il déambulait dans les rues de Londres. Entendant un duo clarinette/harmonica jouant un air traditionnel, il décida d’être musicien. Il avait neuf ans et, s’il n’apprendra jamais à lire les notes, il pratiquera le violon, entre autres instruments, six heures par jour (dit-il) durant toute sa vie. Le premier « luxe » qu’il s’offrit une fois devenu riche, ce fut un orgue qu’il fit installer dans sa villa de Beverly Hill.

Autre signe de son destin musical, un monsieur vint le féliciter lorsque, à vingt ans, il jouait dans le Karno show aux Folies Bergères de Paris. « Vous êtes instinctivement un musicien et un danseur » dit le monsieur qui s’appelait Igor Stravinsky. Les deux devaient se retrouver en Amérique plus tard. Chaplin fréquentait beaucoup de musiciens, comme Rachmaninov, Schoenberg, Caruso ou Pablo Casals.

Charlie Chaplin
Les Lumières de la ville, quand Charlot rencontre la fleuriste aveugle. (Photo DR)

En 1931, Charlie Chaplin sort Les lumières de la ville après… 32 mois de tournage. La scène finale fera l’objet de 320 « prises ». Pendant que Charlot se débat sur le plateau, le monde change et le cinéma avec lui. Le parlant arrive et Les Lumières de la ville est un film muet. Chaplin trouve la solution : City Lights sera un film muet… musical.

La bande-son est capitale. On y trouve plusieurs gags sonores (le sifflet avalé par Charlot, par exemple) et une partition magnifique : « Je voulais que la musique soit un contrepoint de grâce et de charme, qu’elle exprime un sentiment, sans lequel […] toute œuvre d’art est incomplète. » Charlie Chaplin écarte les musiques comiques, habituels accompagnements des films muets. City lights sera un immense succès. Einstein assiste à la première américaine, Bernard Shaw à l’anglaise. Pari gagné.

Roxane, fleuriste

Plus tard, Chaplin écrira une partition pour Les Temps Modernes et pour la ressortie de La Ruée vers l’or. Toujours en improvisant sur ses instruments et en demandant à des assistants d’écrire les partitions, puis de les orchestrer. Mais il est là aux répétitions. Il dirigera même des orchestres, en studio et en concert.

C’est Timothy Brock, musicien et compositeur, qui se chargera, à la demande des héritiers de Charlie Chaplin, de « mettre au propre » les compositions originales. Et c’est grâce à lui que l’Orchestre Symphonique Région Centre/Val de Loire pourra jouer la musique des Lumières de la ville en direct.

Charlie Chaplin
La dernière images des Lumières de la ville. Préparez vos mouchoirs… (Photo DR)

Le film est un assemblage parfait de l’émotion et du rire. Chaplin le qualifiait de « comédie romantique » (A Comedy Romance, sur le générique). Pas seulement. Comme pour Les Temps modernes, la critique de la société est bien présente. Le site Retourd’actu touche juste en citant Simone Weill : « Une chanson populaire espagnole dit en mots d’une merveilleuse vérité : ‘Si quelqu’un veut se faire invisible, il n’a pas de moyen plus sûr que de devenir pauvre.’ L’amour voit l’invisible. » Tout le film est là.

On verra donc Charlot le vagabond tomber amoureux d’une jeune fleuriste aveugle. Quiproquo : elle le prend pour un jeune homme riche. Charlot fera tout pour trouver l’argent qui payera l’opération destinée à lui rendre la vue. Mais, avec la vue, la jeune femme le verra tel qu’il est vraiment. Déchirant. Comme le dernier acte de Cyrano de Bergerac, quand Roxane découvre « La généreuse imposture ». La fleuriste de Charlot pourrait se nommer Roxane.

Le problème, c’est que cette émotion tombe sur le spectateur à la dernière image du film. Juste avant le retour de la lumière. Conseil d’ami : préparez vos mouchoirs à l’avance…

Chaplin en images et en musique
(passer la souris sur l’image pour voir la légende
et pour arrêter le défilement)

 

Samedi 30 mars (20 heures) et dimanche 31 mars (17 heures) 2019

Renseignements et réservations ICI

Et pour voir le film en DVD, c’est LÀ…