Fêtes Musicales en Touraine 2019
L’hôtel des impôts connaît la musique

C’est reparti pour une nouvelle édition de ce qui est sans doute le plus beau festival régional de musique classique. La Grange de Meslay ouvre ses portes en Touraine du 14 au 23 juin 2019.

Sviatoslav Richter (Photo Gérard Proust)
Sviatoslav Richter découvre la Grange de Meslay en 1963 pour faire naître un festival hors normes. (Photo Gérard Proust, comme la photo d’accueil)

On connaît l’histoire. En 1963, Sviatoslav Richter, pianiste mondialement (re)connu, fait du tourisme en Touraine. Il flashe sur la Grange de Meslay, noble bâtiment du XIIIe siècle (une ferme fortifiée appartenant autrefois à l’abbaye de Noirmoutier). Un magnifique endroit, à la charpente impressionnante, qualifiée de « grange dîmière » puisqu’elle était destinée à recevoir la dîme, l’impôt de l’époque. La Grange de Meslay est en quelque sorte un hôtel des impôts.

On imagine que Richter frappa dans ses mains pour apprécier l’acoustique du lieu. Pas terrible, mais le pianiste était conquis et ça sentait bon le foin. Le maître ayant parlé, il fut décidé qu’un festival de musique dont il serait le parrain aurait lieu à Meslay. Ce seront Les Fêtes Musicales en Touraine.

Les invités de la charpente

Auparavant, il fallut tout de même déplacer quelques meules de paille et inviter les poules de la ferme à déménager. Seuls les habitants de la charpente y nichent encore, ce qui leur donne le droit d’intervenir parfois durant les concerts, en écho aux canards de la mare voisine…. Petite info à destination des amateurs de vieilles pierres insensibles à Chopin et consorts, la grange se visite en-dehors du festival. Et c’est bien beau (voir ICI).

Sviatoslav Richter (Photo Gérard Proust)
Sviatoslav Richter s’intéresse au chant… des occupants de la charpente de la Grange de Meslay. (Photo Gérard Proust)

Donc, une fois donné le grand coup de balai, le premier Festival de la Grange de Meslay, alias Fêtes Musicales en Touraine, accueillait « l’inventeur » du lieu, au sens premier du terme (comme Carter est l’inventeur du tombeau de Toutankhamon), et au sens de créateur, car c’est bien lui qui, non seulement, eut l’idée, mais encore aida à la concrétiser, d’abord en donnant de sa personne, ensuite en invitant quelques copains, tous gens de bonne tenue musicale, on s’en doute.

Pour mémoire, David Oïstrakh essuya quasiment les plâtres alors que les années suivantes virent, entre autres, passer Claudio Arrau, Jessye Norman (dont le concert finit à la bougie, accompagné par un orage mémorable), Dietrich Fischer-Dieskau ou encore Stephen Hough. Que du beau monde, d’autant plus que, depuis 1988, c’est à l’incroyable René Martin, inventeur (encore !) de la Folle Journée de Nantes et du Festival de la Roque-d’Anthéron que la programmation est confiée.

Il n’est pire sourd…

Longtemps (et un peu encore aujourd’hui, il faut bien le dire, sans que cela enlève quoi que ce soit à sa qualité), le Festival de la Grange de Meslay fut le symbole d’un certain snobisme bourgeois très balzacien. Le Tourangeau mélomane se doit d’aller « à Meslay », quitte à bouder d’autres manifestations, considérées comme concurrentes et indignes. Il n’est pire sourd que celui qui ne veut entendre, dit-on.

Evgeny Kissin (Photo Gérard Proust)
Evgeny Kissin, (re)découvert par le Festival de la Grange de Meslay. (Photo Gérard Proust)

Un festival magnifique de musique russe en a fait les frais. Créé par des amateurs bien avant la chute de l‘URSS, il rassemblait d’exceptionnels artistes, jamais entendus en occident, jusques et y compris l’orchestre et les chanteurs du Bolchoï. C’est là qu’on découvrit Vladimir Spivakov (violon) et que le chef Valery Gergiev, considéré comme l’un des plus grands, fit ses premières armes à l’Ouest… devant des salles à moitié pleines. Il est vrai que, faute d’aide, les concerts avaient parfois lieu dans le palais des sports. Comme disait Jean Royer, maire de l’époque : « Pourquoi voulez-vous que je donne plus puisque j’ai cela avec ce que je donne ? ». CQFD. Pourtant, les plus grands artistes animaient au conservatoire de la ville des master-classes suivies par des élèves venus du monde entier !

Le plus amusant, si l’on peut dire, c’est que les artistes programmés lors de la manifestation devaient être plus tard adoubés par Les Fêtes Musicales en Touraine. Et le festival bucolique se vanta alors d’avoir, par exemple, « découvert » Evgeny Kissin (piano), Natalia Gutman (violoncelle) ou Youri Bashmet (alto), pourtant déjà entendus et applaudis à Tours dans les conditions précitées.

Passons. Le Festival de Meslay continue, les chaises inconfortables et l’acoustique un chouïa trop « mate », selon René Martin soi-même, n’empêchent pas le succès, le snobisme a – un peu – laissé la place aux jeans des jeunes mélomanes et la programmation est toujours du plus haut niveau. Malgré la disparition du « maître » en 1997, Les Fêtes Musicales en Touraine accueillent toujours de grands noms et a la bonne idée de donner leur chance à de plus jeunes, ce qui est aussi la caractéristique de René Martin.

C’est toujours sublime, forcément, et le 55e programme que vous pourrez découvrir en détails en cliquant ici le confirme.

Du vendredi 14 au dimanche 23 juin, Grange de Meslay, près de la route de Paris, ex Nationale 10, à Parçay-Meslay.

Réserver ses places ICI

1 commentaire sur “Fêtes Musicales en Touraine 2019
L’hôtel des impôts connaît la musique”

  1. Ping : C'est vite dit... mais faut voir ! (Un agenda, en quelque sorte) | Entrée du public

Les commentaires sont fermés.