Combas et Brassens à Tours
La preuve par Sète

Dernière mise à jour le 24 avril 2022

Si ce n’est Sétois, c’est donc ton frère. Ou presque. Robert Combas a été élevé à Sète. Georges Brassens y est né. Ils ne se sont pas connus mais le peintre rend hommage au chanteur. Et à leur ville. C’est à l’Hôtel Goüin de Tours jusqu’au 1er mai 2022, et c’est rare.

Branle-bas de Combas à l’Hôtel Goüin de Tours. L’artiste débarque en force, envahit tous les étages et crie haut et fort son admiration pour son ancien voisin, Georges Brassens en personne. Parce que les deux sont originaires de Sète et que, si le peintre n’a jamais rencontré le moustachu chantant (il l’a aperçu une fois sur son balcon, mais ce n’est pas suffisant pour entamer une relation durable, sauf si l’on s’appelle Roméo…), il rend hommage à Brassens à sa manière, plutôt rock’n roll.

Robert Combas chante Sète et Brassens à Tours (Photo Combas)
Quand la Renaissance héberge l’art contemporain. (Photo DR)

Du coup, ça pétarade sec dans le vénérable bâtiment. Un lieu qui ne s’attendait pas à devenir centre d’art contemporain (pas loin de son collègue prestigieux, le CCC, alias Centre de Création Contemporaine Robert Debré), coincé entre des bâtiments bien moches mais avec une façade Renaissance qui s’est payée un coup de blanc et c’est bien joli. Cela dit pour les touristes qui louperaient l’endroit et les Tourangeaux qui croient le connaître.

Ça pétarade parce que le travail de Robert Combas, c’est comme un pétard lâché dans un pot de peinture, comme le délire d’un Bernard Buffet qui aurait abusé des champignons interdits, comme un cri de graffeur intelligent (ce n’est pas le cas de tous), bref, un boulot destructeur mais tonique, une démantibulation rigolote, une construction branlante qui vous scotche après vous avoir, tout de même, un peu secoué.

L’oncle Ben

Robert Combas chante Sète et Brassens à Tours (Photo Combas)
Quand le punk Combas chante Brassens. (Photo Combas)

Combas, c’est un monsieur de soixante-quatre ans qui a un passé de voyou artistique. Un passé qui fait de lui l’un des peintres français les plus cotés et qui a commencé dans les années quatre-vingt avec quelques complices, dont Hervé Di Rosa, autre Sétois. Le jeu consistait à foutre un joyeux bazar dans la peinture.

On a appelé ça « la figuration libre », ce qui n’engage pas à grand-chose mais voulait dire que Combas et Di Rosa faisaient sur leurs toiles ce que d’autres faisaient avec la musique punk ou pop, c’est selon : « Au départ ma peinture devait s’appeler « peinture fun ». Ça m’emmerdait parce que c’est un mot anglais. J’avais donné aucun nom à ma peinture puisque j’étais le seul à la faire, mais aux Beaux-Arts, je l’avais appelée « la peinture fun », la peinture amusante et gaie. Je l’appelle encore la peinture « amusante et décontractée », ce qui veut dire la même chose. » C’est Ben qui trouva la formule « figuration libre ». Ce n’est pas par hasard si Combas écrit sur les murs à côté de ses cadres. Comme Ben, mais lui, c’est dans ses tableaux.

Depuis, le monsieur qui voulait « désacraliser la peinture » a fait pas mal de toiles qui fleurent le religieux, mais s’est aussi payé la tête de Houellebecq (et de son chien) et une ribambelle de portraits et de paysages. D’ailleurs, au côté de Brassens, l’expo de l’Hôtel Goüin propose une balade à Sète, sa terre presque natale (né à Lyon, Combas a été élevé à Sète) où il a notamment réalisé une fontaine plutôt sympa en mosaïque. Sous son pinceau – ou ses feutres, Combas n’est pas classique dans sa technique non plus – on a donc pu voir pont, port et joutes, dont on retrouvera quelques exemples à l’Hôtel Goüin.

Du punk au gorille

Robert Combas chante Sète et Brassens à Tours (Photo Combas)
Quand Combas illustre « Le Gorille », c’est chaud, très chaud. (Photo Combas)

Et Brassens ? C’est en 1992 que Robert Combas a rendu hommage à son compère à travers une exposition intitulée La Mauvaise réputation. Quelques années plus tard, en 2021 pour être précis, la ville de Sète a voulu évoquer le grand Georges à l’occasion du centenaire de sa naissance.

On est donc parti en chasse de la série, éparpillée au gré des achats. Pas simple de tout retrouver, certains propriétaires n’étant pas chauds pour se séparer de leur toile. On comprend, si l’on sait que certaines se sont vendues 500 000 euros pièce. Du coup, Combas s’est remis au boulot et a ajouté neuf autres portraits à la collection. Ils sont apparus, sous le titre Combas chante Sète et Georges Brassens, aux cimaises du musée local, le musée Paul Valéry, autre Sétois et grand rival de Brassens en matière de cimetières, comme chacun sait.

Le punk est donc passé du côté de la chanson, même s’il se produit dans Les Sans pattes, un duo électro-punk-rock créé avec, encore, un autre Sétois. Lui qui dit : « Ma peinture c’est du rock, la recherche du Feeling. Le Feeling c’est le rythme, c’est le batteur fou dans la jungle et les danses vaudou, c’est les Rolling Stones copiant les vieux morceaux des noirs, des blues-men et sans le vouloir créant une musique nouvelle », a empoigné la guitare du vieux gorille.

Attention, Combas n’est pas forcément à mettre sous tous les regards. Quand il évoque Le gorille, c’est crûment. Très. Comme il dit dans le titre d’un tableau : « si tu veux Brassens fais-lui une pipe ». Vous êtes prévenus.

Estale au pied d’argile

Agitateur graphique, Combas s’attaque aussi parfois à la sémantique. Surtout dans ses titres de tableaux devenus des textes, qu’il a édités dans un bouquin, par exemple comme celui-ci : «  Toujours ils pensent qu’à se foutre sur la gueule parce qu’ils veulent toujours pas s’aimer. Alors ils se bosquent. Y’a même des bosqueurs qui aiment les fleurs et d’autres les animaux, rarement le type qui traîne devant chez lui.  »

Alors, quand on lit dans la présentation de l’exposition, à propos de Brassens : « Moi, j’ai voulu faire comme ses mots de jeux, être irrespectueux, un peu pour le faire vivre beaucoup et non pas le hisser sur un pied d’Estale d’où il se casserait la gueule et on s’apercevrait que ce n’était que du plâtre et que les pieds destaleurs étaient des tricheurs… », on se dit d’abord que le correcteur aurait pu faire un effort. Ensuite, on pense que l’on a peut-être loupé la découverte d’une déesse grecque, Estale au pied d’argile. Et puis on se dit que ça doit être du Combas pur jus. Du coup, on a osé s’offrir plus haut une « démantibulation » qui n’a pas encore trouvé sa place dans le dico…

Robert Combas chante Sète et Brassens à Tours (Photo Combas)
Un beau catalogue, à défaut d’un original ? (Photo DR)

Pour ceux qui aimeraient repartir de l’Hôtel Goüin avec un Combas sous le bras et qui n’ont pas 500 000 euros dans la poche, inflation non comprise, il sera possible d’acheter le superbe catalogue de l’expo.

Et s’ils ont tout de même quelques réserves, ils pourront aussi s’offrir l’un des coffrets de l’intégrale Brassens illustrée par Robert Combas, en tirage limité.

Ça vaut tout de même plus de 400 balles, mais, dans une discothèque, ça en jette un max.

L’expo Combas/Brassens à l’Hôtel Goüin est ouverte du 19 janvier au 1er mai 2022, du mercredi au dimanche de 14 heures à 18 heures. L’entrée est libre… mais masquée.