Dernière mise à jour le 25 avril 2025
Jazz, latino, R&B, blues, chanson française, Melody Gardot a le goût musical éclectique. Mais sa personnalité et sa voix font d’elle une artiste unique.
À ne pas manquer, le 14 juin 2025, au Centre de congrès Vinci de Tours.
Ce qui est agaçant avec Melody Gardot, c’est que, lorsque l’on cherche à la connaître mieux, Internet impose une collection d’informations people dont on se passerait volontiers. On sait donc tout de sa rupture en pleine gestation avec son compagnon, de son accident de vélo quand elle était jeune et de son enfance difficile. Hors sujet ? Pas sûr.
Parce que Melody Gardot est la première à évoquer ses emmerdes, arguant du fait que c’est la musique qui lui a permis de s’en sortir. Et ce n’est pas faux.
Passons sur l’enfance avec une maman seule et dévouée (« Nous étions pauvres à Philadelphie. Une ou deux paires de chaussures, peu de vêtements, une boîte de conserve à nous partager le soir. Et un logement précaire qui nous obligeait à déménager fréquemment faute d’argent. Tout devait tenir dans deux valises ! » – Le Monde) pour arriver à ses dix-neuf ans et à un gravissime accident de vélo. Jeep contre bicyclette, ça donne polytraumatisme, soucis de mémoire, paralysie grave et dix-huit mois d’hosto.
Quand on est coincée dans un lit, pas question de se mettre au piano, qu’elle pratique déjà depuis l’âge de neuf ans. Melody Gardot se tourne vers la guitare, et c’est tant mieux, d’abord parce que cela va lui permettre de démarrer une carrière musicale, ensuite parce qu’elle en joue fichtrement bien.
La musique et l’Everest

Entre chaise roulante et rééducation, luttant contre l’impossible et la douleur (« Escalader un Mont Everest tous les jours »), elle va comprendre qu’avec l’amour (elle insiste : « Derrière les épreuves ou les drames qui nous frappent, les gens ne voient toujours qu’âpreté et souffrance. Moi, je vois surtout l’amour. C’est lui qui m’a permis de me redresser et de remarcher après qu’un chauffard m’a renversée à bicyclette quand j’avais 19 ans. […] Lui qui m’a orientée vers la musique alors que je pensais devenir artiste peintre. Lui qui m’a nourrie, protégée, aiguillonnée depuis ma naissance et me maintient encore debout. » – Jazz Radio), c’est la musique qui est son meilleur traitement.
Tellement efficace qu’aujourd’hui elle lutte pour imposer la musicothérapie : « Jusque-là la musique ne s’était pas présentée comme une option de carrière professionnelle. Mais mon accident a rendu la musicothérapie nécessaire, obligatoire et importante pour recommencer à fonctionner normalement. »
Brel, aussi
Melody Gardot parle parfaitement français parce qu’elle vit souvent à Paris. De la France, elle apprécie la gastronomie (amie avec le chef Guy Savoy, elle a enregistré La chanson des vieux amants, de Jacques Brel, pour lui), revanche sur la période où la famille était vegan… faute d’avoir les moyens d’acheter de la viande, et l’approche des Français envers le jazz : « L’amour que vous avez pour le jazz en France, est cohérent et concurrent avec ce qui se passe aux Etats-Unis. Mais moi, personnellement, je trouve que vous avez quelque chose qu’on n’a pas là-bas […], qui est le respect et le legacy qui continuent avec puissance même pour les artistes qui sont plus avec nous. » (Jazz Radio)
Le jazz, elle l’a rencontré grâce à un professeur qui a compris, en l’entendant jouer Chopin ou Mozart « à sa façon », qu’elle était faite pour Duke Ellington et ses collègues. Merci à lui.
Aujourd’hui, Melody Gardot est devenue une star mais surtout une grande du jazz. « Melody Gardot a une voix exceptionnelle, elle peut se jouer de tout et se rouler dans le bonheur de ces finesses musicales. » (Le Monde)
Une voix douce et sensuelle, capable de démarrer en confidence et de s’envoler soudain dans un rythme puissant, sans pour autant quitter la délicatesse de son timbre. Fascinant et hypnotique. Magnifique, qu’elle chante les classiques (Caravan) ou s’aventure dans la samba avec le fils de Baden Powell, Philippe.

Sublime pianiste, remarquable guitariste, chanteuse hors pair, Melody Gardot reste fidèle à elle-même, à sa sincérité vitale, à sa volonté de (sur)vivre grâce à la musique et à « rendre tout le monde heureux. » : « Le charme inscrit dans la durée, le secret qui ne tient pas du voile mais de la nature — troublante équivoque, il n’est pas de femme moins artificielle que Melody Gardot. » (Télérama)
Sincère, vraie, multiple et unique, elle le démontre sur scène : « J’aime la vulnérabilité d’une performance en live. C’est brut et honnête » dit-elle. Et si elle garde ses lunettes fumées en permanence, ce n’est pas pour jouer les vedettes – pas son genre – mais parce que, depuis le fameux accident, elle ne peut pas supporter les lumières fortes.
Quand elle était enfant, Melody Gardot se cachait dans un placard pour composer au calme. C’est fini. La petite fille de Philadelphie, après une carrière déjà longue de vingt années, vient de sortir une « anthologie », la Pléiade des musiciens.
Maintenant, c’est sûr, elle a tout d’une grande.
Au Centre de congrès Vinci, le 14 juin 2025, à 20 heures.
Pour réserver ailleurs, c’est LÀ (1)

