Dernière mise à jour le 17 avril 2025
Double hommage à Verdi sur la scène de l’Opéra de Tours en 2025. L’Académie de la Scala de Milan ouvrira le feu le 26 avril avant une Traviata particulièrement attendue du 9 au 17 juin.
Viva Verdi ! (bis)
L’Académie de la Scala de Milan, on connaît. Nous avons eu l’occasion de décrypter la prestigieuse école dans cet article, lors de la présentation d’un Barbier de Séville de haut niveau en 2023, déjà sur la scène de l’Opéra de Tours.
Cette fois, c’est en version concert que les élèves de l’académie fondée par Riccardo Muti (directeur artistique de la Scala pendant vingt ans) se produiront. Troquant Rossini pour Verdi, ils rendront hommage au contemporain de Wagner (ils sont nés tous les deux en 1813) en parcourant dix pages de l’encyclopédie verdienne, des monuments Nabucco et Traviata jusqu’au shakespearien Falstaff. Et sans oublier Luisa Miller, signe avant-coureur d’une nouvelle approche dans son travail et qu’il écrivit lors de son retour agité à Bussetto, tout près de son village natal, Roncole, dont nous reparlerons plus loin.

Des élèves, certes. Mais, quand on sait que, pour passer le porche du 18, via Santa Marta de Milan, il faut écraser les pieds de quelque trois cents autres impétrants à la glotte impatiente, on se dit que l’on peut se rendre au concert les yeux fermés et les oreilles grandes ouvertes !
Dix chants magiques, dont on trouvera le détail ici. Que le spectacle se termine avec l’inévitable Libiamo de La Traviata est un joli appel au deuxième spectacle verdien programmé en juin à l’Opéra de Tours.
De Dumas à Verdi
Parce que c’est l’un des tubes du répertoire lyrique (en compétition avec Carmen, évidemment) que le patron de L’Opéra de Tours, Laurent Campellone, propose (et dirige) pour conclure la saison 2025. Un opéra dont l’argument a été allègrement piqué en 1852 au fiston Dumas Alexandre, lors d’un séjour parisien du compositeur, en peine de sujet pour une commande de la Scala. Verdi voit La Dame aux camélias sur scène et décide aussitôt de la mettre en musique. Ce sera La Traviata, La Dévoyée, en version française, sur scène un an plus tard.
Peut-être voit-il aussi dans le thème l’occasion de faire un pied-de-nez à la bourgeoisie de Bussetto, où il habite désormais. Les coincés du col locaux snobent l’artiste qui a la provocatrice idée de partager sa vie avec un dame qui, si elle n’est pas une courtisane, a le (mauvais ?) goût d’être en union libre avec l’ami Giuseppe. La vengeance est au bout de la baguette.
Pas tout de suite, en réalité. Car la première de La Traviata est un four, ou presque. La faute – inacceptable de nos jours – aux rondeurs de l’interprète que l’on a du mal à imaginer mourir de phtisie, la tuberculose de l’époque, comme sa copine Mimi dans La Bohème de Rossini. Pas sympa.
Cela dit, l’opéra va bientôt connaître un succès populaire, ce qui tombe bien puisqu’il est le troisième, avec Rigoletto et Le Trouvère, de la « trilogie… populaire » du compositeur. Verdi a réussi son pari, osé, de mettre en scène la réalité, la souffrance, la société, en laissant de côté les grands thèmes héroïques. Voilà qui fait grincer les dents traditionnalistes et applaudir le public.
C’est vrai que La Traviata est d’une telle force qu’elle permet des approches diverses, du tragique au léger ou du féminisme à la critique sociale. Un bonheur pour les metteurs en scène. « Ce rôle n’est pas seulement à chanter, mais à vivre. Chaque note doit raconter une histoire » disait Callas. La formule vaut pour l’ensemble de l’œuvre.
Violetta et Sarah

C’est sans aucun doute ce que dirait la metteuse en scène, Silvia Paoli, qui propose un spectacle qui a le bon goût de ne pas tomber dans un modernisme à la mode, et souvent difficile à justifier. Comme dit Le Monde : « Les déclarations de principe des artistes, en particulier des metteurs en scène, sont souvent sujettes à caution. […] Les plus décevantes sont celles qui promettent beaucoup et donnent peu. Le cas contraire est plus rare. C’est pourquoi cette nouvelle production de La Traviata, de Verdi, confiée à Silvia Paoli est si enthousiasmante. »
La scénographe, Lisetta Buccelato, installe un théâtre dans le théâtre. Une mise en abyme originale, mais raccord avec l’approche de la metteuse en scène, Sofia Paoli. Violetta est une actrice, en quête de reconnaissance (son amour pour Alfredo en est-il l’instrument ?) et qui sera rejetée à en mourir : « Nous nous sommes légèrement décalés vers la fin du siècle, pour rapprocher le personnage de Violetta du monde des grandes stars de l’époque […] Dans notre production, Violetta sera une actrice, comme Sarah Bernhardt, célèbre, peut-être, mais tout autant rejetée parce que scandaleuse. »
La production (Nantes, Angers, Rennes, Montpellier et Nice associés) comble les spectateurs : « Pour sa quatrième mise en scène lyrique en France, Silvia Paoli marque de sa singularité un des opéras les plus rebattus du répertoire, ce qui n’était pas gagné d’avance. » (Res Musica) La provocation n’y est jamais gratuite, et, si les hommes portent parfois le tutu, c’est pour souligner leur orgueil aussi ridicule que méprisable.
C’est Jodie Devos qui devait incarner Violetta à Tours. Après la tragique disparition de la jeune soprano, le rôle est revenu à Zuzana Marková. La tchécoslovaque, qui s’est produite sur scène pour la première fois à seize ans, est une habituée du rôle, qu’elle a chanté de Vérone à Toulouse, en passant par Marseille, comme on pourra l’entendre dans la vidéo ci-dessous.
L’inconstant Alfredo sera confié à Léo Vermot-Desroches, issu du Conservatoire de Paris, nominé et entendu comme « révélation » aux Victoires de la Musique 2024. Son répertoire va de Franz Lehar à Massenet, et de Mozart à Prokofiev. On l’a vu à Salzbourg dans les Contes d’Hoffmann et c’est apparemment une prise de rôle qu’il fera avec l’Alberto tourangeau.
Le chef d’orchestre est loin d’être un inconnu pour les locaux puisqu’il s’agit du directeur de l’Opéra de Tours, Laurent Campellone, qui suit la production depuis sa première. Avec succès : « Ce dernier est attentif au plateau et insuffle à son orchestre des tempi, des textures et des couleurs qui rendent la partition intrinsèquement puissante, rythmiquement pensée à l’écoute de la mise en scène et émotionnellement bouleversante. » (Résonances lyriques)
Qui dit mieux ?
N.B. : inutile de dire que la venue d’une Traviata sur une scène attire les foules. Tellement que l’Opéra de Tours a mis en place une soirée supplémentaire. Dire qu’il reste des places est peut-être risqué mais on peut toujours tenter le coup…
À l’Opéra de Tours, les samedi 26 (20 heures) et dimanche 27 avril 2025 (15 heures) pour Viva Verdi !
Les lundi 9 (20 heures), mercredi 11 (20 heures), vendredi 13 (20 heures), dimanche 15 (15 heures… mais c’est complet) et mardi 17 juin (20 heures) 2025 pour Traviata.
Réserver l’Hommage à Verdi ICI (1)
Pour réserver Traviata, c’est LÀ (1)

