Bohringer ne lira pas Bohringer
au Bateau Ivre

Dernière mise à jour le 21 décembre 2025

Acteur, chanteur, râleur mais aussi auteur, Richard Bohringer devait lire ses propres textes au Bateau Ivre de Tours le 1er mars 2025, dans une mise en scène signée… Romane Bohringer. La soirée a dû être annulée. Dommage.

Il y a des mecs comme ça. Râleurs, cogneurs, pas toujours dans la bonne file, voire même carrément à côté, du genre qu’on hésite à inviter chez la bourgeoise du coin (tant mieux, ça les gonflerait), des (grandes) gueules, bref des mecs que certains jugeraient infréquentables et qui changeraient peut-être même de trottoir pour les éviter, les cons.

Richard Bohringer - Quinze rounds
On l’attendait au Bateau Ivre de Tours. Il aurait aimé l’endroit. Richard Bohringer donne son quinzième round sur un autre ring. (Photo Théâtre de l’Atelier)

Il y a des mecs, comme ça, que l’on a envie de connaître, que l’on ne peut pas s’empêcher d’aimer, parce que l’on sent que, s’ils ont parfois fait des conneries, s’ils ont le vocabulaire direct, s’ils ont la sincérité brute de fonderie, c’est parce qu’ils ont un cœur « gros comme ça », des têtes de poètes et des talents à revendre. Il y a des Richard Bohringer qui passent dans nos vies, et il faudrait être foutrement aveugle – ou crétin – pour détourner les yeux et ne pas leur ouvrir nos bras.

Bohringer auteur, on l’a découvert avec C’est beau une ville la nuit, si l’on avait loupé son Zorglub (il nous dira peut-être un jour pourquoi il a choisi ce titre, piqué aux aventures de Spirou…) et Les Girafes. Deux pièces de théâtre qui ont été jouées longtemps, devant des petites salles, d’accord, mais tout de même.

C’est beau une ville la nuit, c’était… beau. Très beau. Il y a eu d’autres bouquins, ensuite. Et puis, le dernier en date, Quinze rounds. L’histoire de sa vie.

Écrire, toujours

Richard Bohringer - Quinze rounds
C’est Romane qui a mis en scène « Quinze rounds ». « Tu m’as appris la paix à travers le théâtre.  » (Photo Théâtre de l’Atelier)

Quinze rounds, c’est ce que devait lire, en partie, Richard Bohringer sur la scène du Bateau Ivre de Tours. Spectacle mis en scène par sa fille, Romane. C’est annulé. C’est dommage et triste. On lui souhaite de pouvoir revenir. Très fort.

En attendant, on peut lire le livre. On y suit Bohringer au fil de son existence, un fil parfois fragile, souvent brûlé, toujours renoué. Un fil qui s’effiloche mais qu’il cramponne comme un dingue. Et, quand on s’y aventure, si on se perd quelquefois, on s’accroche aussi aux pages. C’est vivant, beau, sensible. Douloureux, aussi.

On y découvre le « fils du Boche » abandonné chez « mamie », la grand-mère magnifique. On y voit un gamin qui rêve : « J’ai dirigé la Cinquième Symphonie de Beethoven. C’était pas vrai. Ce n’était que mon reflet dans la glace. […] La glace de la salle de bains me donnait des beaux gestes, une belle allure. Mon chien noir à mes pieds. C’était mon ami. Mon unique ami. C’était Youki, son nom. J’ai dirigé la Cinquième de Beethoven jusqu’à l’âge de quatorze ans. »

La suite sera moins mélodieuse. Enfin, par moments. Bohringer croise l’alcool, qui ne le lâchera pas pendant longtemps. La drogue aussi. Solution de repli pour quelqu’un qui était « en désamour du monde entier », ou début de la fin. Bohringer se promet d’arrêter. « Un jour, c’est promis. » Il « meurt deux fois » mais replonge à la sortie de l’hôpital. Pourtant, il écrit toujours, entre deux doses. C’est le chapitre Le Diable et le Bon Dieu. Évidemment.

La vie passion

Sa vie, c’est aussi, surtout, les amis. Ceux qui l’accompagnent en enfer mais aussi ceux qui l’aident à en sortir. Quinze rounds déborde de noms, de souvenirs, d’amour, d’amitié. On y croise des gens formidables, parfois paumés, parfois plus solides. Des amis, toujours. Il y a bien un petit grognement ici ou là (c’est rare, comme : « Le Café de Flore et ses habitués Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Une vraie bêcheuse pour ceux qui ne faisaient pas partie de son clan. ») mais ce sont des déclarations d’amitié en rafales. D’amour aussi : «  Elle avait un sourire avec du blues dedans » Ah ! oui, on a oublié de le dire. Le jazz swingue à toutes les pages.

Richard Bohringer - Quinze rounds
À bientôt, Richard. (Photo Théâtre de l’Atelier)

Des amours, il y en a plusieurs. Une passion en prime, celle de l’Afrique : « L’Afrique, bout du bout du monde, ne me quitte jamais. » Mais il y a surtout ses enfants, il y a Romane, qui le ramène vers le théâtre : « Avec toi j’ai vécu des instants de paix, ma fille. Tu m’as appris la paix à travers le théâtre. Je t’en remercie. J’ai tant besoin de paix. Il faut que je gagne ce quinzième round. »

Dans tourmente, Richard Bohringer a fait une carrière magnifique, que le livre raconte avec gourmandise et étonnement. Et puis arrive le quinzième round, celui de l’ultime combat : «  C’est même pas de ma faute ce foutu cancer, foutu cancer. Le voilà. Celui qui veut plus que je vive la vie. Celle avec qui j’ai construit est là. Avec les gestes et les mots que j’attendais. Elle a voulu ma vie, notre vie encore. Je marcherai droit dans les traces de la blonde. C’est comme cela que je l’appelle. Je ne pourrai plus courir dans la savane. Africa mama. Mama Africa.  »

À la toute fin du livre, il écrit : «  Quinzième round. Il faut que je me sorte de ça. Il faut que je termine ce livre. Il faut que je joue encore Le Ballon rouge avec Romane. Il faut que je fasse le film de ma plus jeune fille. Il faut que Junior ait décidé d’écrire. Il faut que je fasse Les Carnets de Colombie avec Mathieu. Il faut, il faut, il faut !  » Il faut que tu viennes, Richard, nous raconter ta vie, et aussi me sourire quand je te rappelle que nous nous sommes croisés, il y a longtemps, chez un ami commun.

Un ami, encore.

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