La Paternelle de Mettray
ressort ses atouts à l’automne

La colonie pénitentiaire de Mettray, en Indre-et-Loire, alias La Paternelle, a un passé riche et un présent qui ne l’est pas moins. Depuis l’an dernier, elle propose animations et conférences, à l’initiative de Jean-Michel Sieklucki, ancien avocat et actuel écrivain, grand défenseur du lieu dont il a raconté l’histoire dans un livre et dont nous avons parlé ICI. Le programme de l’association Atouts et Perspectives 2020/2021 vient tout juste d’être démasqué, le voici.

Il y aura un monsieur qui cherche des poux dans la tête des morts, d’autres qui feront revivre Courteline avec le sourire, une mini-troupe qui mettra Marguerite Duras en face de Bernard Pivot, des artistes tourangeaux parfois venus de loin, on croisera Brassens et Jean Genet, des artistes chinoises et des magistrats, bref, le programme 2020/2021 de La Paternelle ne fera pas dans l’uniformité, ce qui en éloignera l’ennui à coup sûr, comme chacun sait s’il a lu les œuvres d’Antoine Houdar de la Motte. Ou pas.

Après quelques soubresauts liés au coronavirus, La Paternelle, ou plus exactement l’association Atouts et Perspectives, a reconstruit un programme (que vous pourrez lire intégralement ci-dessous en cliquant sur les flèches pour passer d’une page à l’autre) et dont nous approfondissons quelques dates.

En espérant qu’elles ne soient pas noyées sous une « nouvelle vague » de contagion, on trouvera, comme d’habitude, sous le label rencontres, conférences et expositions, concerts et hommages à la chose imprimée.

Le programme 2020/2021

Conférences, etc.

Après une session d’ouverture animée par le Président Sieklucki à propos du Scandale du refuge de Tours (le 30 octobre 2020) c’est un homme adepte des tempêtes sous les crânes, dès lors que ceux-ci ont quelques siècles d’âge, qui sera au pupitre le 20 novembre. L’homme qui fait parler les morts s’appelle Philippe Charlier, est médecin légiste, anatomo-pathologiste, archéo-anthropologue et paléopathologiste, ce qui doit avoir du mal à tenir sur une carte de visite et beaucoup de mérite à tenir sous un seul crâne, le sien en l’occurrence.

PHOTOS. Henri IV : les dernières révélations confirment son ...Le bon roi Henri, plus très vert ni galant, revu et corrigé par Philippe Charlier. (Photo DR)

Les voisins du château du Plessis savent désormais grâce à lui que Louis XI n’est pas mort de la peste mais du scorbut (c’est plus rassurant) et les pèlerins qu’ils se sont recueillis depuis 1867 – à Tours – devant des reliques de Jeanne d’Arc qui venaient en fait d’un momie égyptienne. C’est aussi grâce à lui que l’on connaît (en 3D) la tête d’Henri IV et le fonctionnement des poupées vaudou (il est désormais attaché au Musée Branly).

C’est aussi grâce à ce Rouletabille à remonter le temps que l’on comprend ce que c’est que mourir en odeur de sainteté : « En analysant le cœur du roi anglais [Richard Cœur de lion], mort des suites de ses blessures au combat, le 6 avril 1199, nous sommes parvenus à mettre en lumière des techniques qui visaient à parfumer la dépouille du roi et à créer artificiellement cette « odeur de sainteté » qui doit garantir l’ouverture des portes du paradis à un défunt. (Le Point). Les saints devaient sentir bon, on a parfumé Richard. Comme quoi, quand il s’agit des chefs d’états, les fake news ne sont pas une nouveauté.

Le 19 mars 2021, l’une des figures les plus connues de La Paternelle, Jean Genet, sera présenté par Albert Dichy. Belle occasion de comprendre comment un délinquant a pu passer De Mettray à la Pléiade. Mais sans s’arrêter sur la case Fontevraud, comme on l’a prétendu par erreur…

Les Tourangeaux seront heureux de rencontrer l’un de leurs grands anciens le 5 mai 2021 puisqu’ils auront rendez-vous avec Georges Courteline soi-même. Une soirée qui mêlera débat et théâtre. C’est Jean-Louis Dumont, fondateur et animateur du Théâtre de l’Ante, qui fera revivre l’auteur en animant une table ronde.

Notre équipe | theatredelante.fr

Chevallier sans Laspalès, c’était prévu mais il y a un changement. Courteline reste invité d’honneur et Jean-Louis Dumont entre en scène. Pas dans la tenue que montre ce cliché puisqu’il sera un juge que l’on aimerait croiser dans les prétoires. (Photo DR)

Contrairement à ce qui est annoncé dans le programme, Philippe Chevallier, le complice de Régis Laspalès, ne pourra pas jouer L’article 330, une pièce où l’auteur s’attaque plus aux juges qu’à Messieurs les ronds-de-cuir, lors d’un procès mettant en cause un individu qui a montré ses fesses aux visiteurs de l’Exposition universelle… Le comédien a commencé à jouer une pièce à Paris et devra être sur scène tous les soirs.

C’est donc à Jean-Louis Dumont qu’il reviendra de présider l’étrange procès courtelinesque, un rendez-vous avec l’absurde… et avec l’humour. Il sera accompagné par Claude Gallou (que l’on retrouvera dans Duras/Pivot) dans le rôle du plaignant, La Brige, et par le président de l’association, Jean-Michel Sieklucki, qui troquera pour l’occasion et quelques répliques sa robe d’avocat pour celle de procureur).

Le texte a eu de bons serviteurs : Raymond Souplex et Michel Bouquet l’ont interprété en 1954. Morale de l’histoire (signée Courteline) : « Si les juges se mettent à donner gain de cause à tous les gens qui ont raison, on ne sait plus où l’on va, si ce n’est à la dislocation d’une société qui tient debout parce qu’elle en a pris l’habitude. » C’est dit.

Expositions

George Baylouni (Photo George Sammas)

La Touraine commence à bien connaître cet artiste venu de Syrie. George Baylouni peint ce que Paul Veyssière identifie comme un palimpseste (ces parchemins que l’on grattait pour les mettre à neuf), des œuvres qui sont autant de graffiti gravés sur les murs du temps. Baylouni est un Banksy contemporain des scribes d’Égypte comme des blessures scarifiées dans les murs d’Alep, sa ville d’origine. Ses œuvres seront visibles dans le Village des jeunes de La Paternelle du 11 au 25 mars 2021.

Peinture de Catherine Barthélémy (Photo DR)
Peinture de Catherine Barthélémy, presque un hommage à Marinette Matthieu. (Photo DR)

Un mois plus tard, c’est une Tourangelle (ou presque, elle est née à Lille avant de barouder à travers le monde et de s’installer à Chanceaux-sur-Choisille), Catherine Barthélémy, qui accrochera ses toiles à Mettray. Une abstraction aux couleurs mouvantes, une plongée dans un univers à l’horizon magnétique et vibrant, piège pour un œil séduit et perdu. Catherine Barthélémy a été l’élève de la merveilleuse Marinette Matthieu, qui l’a visiblement, – et heureusement – inspirée.

Concerts et théâtre

On chantera aussi lors des Rencontre de la Paternelle. On chantera chinois le 13 mars 2021. Ling Chen et Wang Ya Ping (voir notre article ICI) (l’une pour la voix, l’autre pour un étrange instrument, le yagquin, une sorte de cithare) partiront en balade sous les cerisiers en fleurs à la découverte de la poésie des fils du ciel amoureux avec Je te dirai les mots.

Et l’année se finira avec un hommage à un autre poète, amoureux aussi mais sans doute moins délicat (quoique…), Georges Brassens soi-même, chanté par Les Copains d’abord le 22 octobre 2021.

Sylvie Boivin-Léveillard, une Marguerite Duras sidérante. (Photo L’Intime Compagnie)

Côté théâtre, nous soulignerons avec délectation le travail de L’Intime compagnie qui fait revivre la rencontre entre Marguerite Duras et Bernard Pivot. Nous n’en dirons pas plus, puisque nous l’avons déjà fait ICI et qu’il suffit ( ! ) de relire notre article...

Ce n’est évidemment pas tout. Cette sélection qui n’en est pas une est d’une malhonnêteté totale, guidée par nos goûts personnels et par quelques amitiés qui ne le sont pas moins. Cela n’enlève rien à la qualité des rencontres proposées.

Découvrir le lieu et son cœur, que ce soit par l’œil ou l’oreille, justifie largement la balade jusqu’à Mettray.

La majorité des animations a lieu au Village des jeunes de la Colonie de Mettray, 33, rue des Bourgetteries.
Pour toute information ou réservation : Association Atouts & Perspectives, 02 47 62 42 47 et contact@atouts-et-perspectives.fr