Chanson Spectacles

Ling Chen (épisode 2)
Mignonne, allons voir si le rose…

Ling Chen deuxième album

Elle avait commencé en “disant les mots », elle continue en s’interrogeant sur la couleur de la vie. Ling Chen sort son deuxième album, Si la vie était en rose. Sans point d’interrogation.

On souhaite bien du plaisir aux disquaires qui vont tenter de classer dans leurs bacs les productions de Ling Chen. La Chinoise de Touraine a toujours fait dans l’éclectisme musical, comme nous le constations déjà lors de la sortie de son premier album, Je te dirai les mots.

Le deuxième épisode confirme, signe et en rajoute. Malgré ses origines shanghaiennes, Ling Chen balade sa voix sur toutes les mers avec, cette fois, une étape plus longue sur les traces des cothurnes d’Ulysse. Que son époux soit un helléniste aussi distingué que passionné n’y est sans doute pas pour rien…

Mais Ling Chen ne limite pas son odyssée aux îles de la Mer Égée. On la retrouve au Tibet, en Espagne avec les juifs séfarades et en France, où elle attaque des sommets que le plateau tibétain ne connaît pas. Nous y reviendrons.

Un avant-propos signé Yourcenar

Ling Chen deuxième album
Un album en forme d’Odyssée… (Photo DR)

Donc, notre fille du ciel chinois et de la douceur tourangelle commence son périple en studio par la Grèce et avertit l’auditeur en reprenant un poème de Constantin Kavafis (Cavafy en version française) dans la traduction de Marguerite Yourcenar, ce qui est déjà une preuve de goût.

On ne sera pas surpris que le poème soit titré Ithaque, ni qu’il incite à la déambulation curieuse et poétique plus qu’à l’exploration guerrière. Démonstration :

Souhaite que le chemin soit long,
que nombreux soient les matins d’été,
où (avec quelles délices !) tu pénétreras
dans des ports vus pour la première fois.

Et aussi :

…mais n’écourte pas ton voyage :
mieux vaut qu’il dure de longues années,
et que tu abordes enfin dans ton île aux jours de ta vieillesse,
riche de tout ce que tu as gagné en chemin,
sans attendre qu’Ithaque t’enrichisse.

Il faudra donc prendre son temps, comme Ulysse, sans pour autant attendre le troisième âge, pour suivre Ling Chen. Embarquement en grec et en mandarin (la fusion, toujours, mais pas la confusion) sur Mia Thalassa mikri, interprété avec Stavros Niforatos, avec lequel Ling a déjà donné des concerts et que nous avons présenté ici. Joli poème où l’amoureux croit voir « une petite mer brille dans tes yeux chaque matin. »

Gainsbourg et la longue dame

Ling Chen deuxième album
Ling Chen, une Tourangelle venue de Shanghai. (Photo DR)

Première surprise, l’escale suivante se fait à Java, chez Serge Gainsbourg ! Une Javanaise un peu fragile, mais délicate, avant un retour, toujours amoureux, vers la Grèce  : S’agapo ghiat’ is ‘orea (Je t’aime parce que tu es belle), une sérénade traditionnelle.

La suite sera plus attendue avec un chant tibétain du XVIe, chanté en mandarin, où l’on touche les cieux sur le sommet glacé du Mont Shalung Tak au soleil

Ne rangez pas votre passeport, nous repartons en Grèce avec une autre chanson populaire, que Ling Chen chante « sur chaque scène et à chaque occasion possible », Qu’est-ce qu’on appelle amour ?

La deuxième grosse surprise du voyage est à venir. Elle apparaît avant le tonique Punta punta, un chant séfarade venu d’Espagne. C’est le choix du Funambule de Jean-Roger Caussimon. L’occasion de rappeler que le monsieur était un très grand auteur, ce qui n’exclut pas d’avoir de l’humour, tendre évidemment.

Ling Chen deuxième album
La vie en (pull) rose ? (Photo DR)

Mais c’est quelques sillons plus loin (comme on disait au siècle dernier) que Ling Cheng prend un risque colossal. S’attaquer au répertoire de Barbara, c’est frôler le crime de lèse-majesté, le blasphème, la profanation, voire le sacrilège. Bref, c’est particulièrement dangereux, surtout lorsque s’y ajoute le risque de dégringoler des hauteurs vocales auxquelles la longue dame brune s’envolait parfois, et notamment dans le titre éponyme, écrit par Georges Moustaki, un Grec, encore.

Il est des hommages qui peuvent tourner à la catastrophe et attendre Ling Chen dans l’exercice a de quoi faire serrer les dents de ceux qui l’aiment et qui vénèrent Barbara, ce qui n’est pas incompatible. Raté (pour les auditeurs) et bravo (pour l’artiste). Sans singer l’original, sans s’effacer non plus derrière trop d’humilité, Ling Chen déroule « Les mots qui passaient par ma tête comme le vent » avec autant de délicatesse que d’assurance, et c’est une bien jolie surprise.

Avec des si…

On la gardera en tête pour la fin du périple, qui passe par un peu de méditation avec un mantra et atterrit, non pas à Ithaque mais dans L’Omorfi poli (Le Belle ville) de Mikis Theodorakis, agrémenté des paroles des Amants de Teruel, version française de la chanson qui fut interprétée par Édith Piaf et naquit au cinéma.

Un joli voyage, agréablement déroutant sur le plan géographique mais que l’on parcourt avec l’envie de le refaire, ce qui est le plus beau des compliments. Précisons enfin que l’équipage comporte aussi Samuel Delhommeau au piano et Paul Poupinet au violoncelle, et qu’ils sont partie prenante de la réussite de cet album dont il faut rappeler le nom  : Si la vie était en rose.

C’est vrai, ça, et si on réécoutait La Vie en rose sur le premier album de Ling Cheng ?

Pour se procurer le disque, on peut envoyer un message privé par Messenger à Ling Chen par ICI.