Dernière mise à jour le 11 octobre 2022
« Pourquoi m’éveilles-tu, souffle de l’automne ? » aurait pu dire Werther. Ce à quoi on lui eût répondu : « Parce qu’il est temps de retourner à l’opéra, c’est la rentrée… »
Cela lui eût peut-être évité quelques souffrances, qui sait. Mais ce qui est certain, c’est que le héros goethique sera bien, avec Massenet, rue de la Scellerie à Tours au mois de septembre 2022, pour un redémarrage romantique en diable.

(Photo Jean-Guy Python)
Chez Johann Wolfgang von Goethe, le facteur sonne plus de deux fois. En tout cas quand il porte le courrier du jeune Werther, un monsieur dont les épistolaires Souffrances (c’est le nom du livre) ont fait se pâmer toute l’Allemagne, puis le monde entier, à leur parution. C’était en 1774, à Leipzig, plus précisément à la foire aux livres, et le bouquin allait faire beaucoup de dégâts.
Il ne faut pas chercher bien loin pour comprendre que les mésaventures amoureuses et tragiques de Werther sont un véritable mode d’emploi du romantisme. On en trouvera les traces chez beaucoup de monde (Hugo, Musset ou Vigny, pour ne citer que des Français). Juste retour des choses puisque Goethe avait lui-même été influencé par La Nouvelle Héloïse de Rousseau, le plus français des philosophes suisses.
Livre autobiographique, aussi, puisque Goethe qui avait 25 ans – grosso modo l’âge de son personnage – avait été amoureux d’une certaine Charlotte, qui devait en épouser un autre. Pas gêné pour deux sous, il donnera le nom de son amour contrarié à celui qui entraînera son héros vers un destin pour le moins funeste.
Le livre fait un tabac, à la surprise générale et à celle de son auteur en particulier. On s’habille comme les héros, on choppe la « fièvre Werthérienne » et, surtout, on se suicide. Un peu gênant (quoique le phénomène soit minoré par certains historiens), au point que les autorités tentent d’interdire le livre, que Mme de Staël dit que « Werther a causé plus de suicides que la plus belle femme du monde… » et que l’auteur devra expliquer que son opuscule n’a jamais été une incitation à la fin de vie juvénile !
D’ailleurs, Goethe y voit aussi, voire surtout, une critique de la société : « Werther […] appartient à l’histoire particulière de quiconque, doué d’un sens inné de liberté, se débat au milieu des contraintes sociales d’un monde vieilli et doit apprendre à s’y reconnaître et à s’y adapter. » (Goethe, cité par Universalis)
Pas de pétard à l’Opéra comique
Il faudra pourtant un siècle pour que Werther inspire l’art lyrique. C’est en France que Jules Massenet s’intéresse au sujet. Il a du mal à convaincre le directeur de l’opéra, se tourne vers l’Est et donne la première à Vienne en 1892. Re-succès pour l’amoureux transi et transitoire, cette fois mis en portées. C’est lui que l’on retrouvera pour l’ouverture de la saison 2022-2023 de l’Opéra de Tours, sous la baguette du directeur du lieu et de l’orchestre, Laurent Campellone.
Léon Carvahlo, le directeur de l’Opéra-comique de l’époque, n’appréciait pas le coup de feu tiré sur scène (on ne « spoilera » pas en disant que c’est celui que Werther s’inflige en fin de parcours amoureux) dans la version de Massenet. Grosse erreur, on l’a compris, réparée en 1893, et largement depuis puisque Werther est l’un des opéras de Massenet les plus appréciés et donnés avec Manon.
Pas étonnant non plus de le retrouver sur la scène tourangelle. Laurent Campellone poursuit sa mise en valeur du répertoire français. Pas de gros risques pris cette fois, mais on ne lui en tiendra pas rigueur devant la « nature pleine de grâce » de l’œuvre.
C’est lui qui sera à la baguette et la mise en scène sera confiée à Vincent Boussard, dans le cadre d’une co-production avec l’Opéra de Lausanne, les deux ayant déjà participé aux premières représentations sur les bords du Lac Léman. Logique, puisque c’est en Suisse que fut donnée la première représentation française de l’opéra. Pour une fois, ce sont les Français qui ont été les plus lents…

En revanche, Werther, interprété à Lausanne par Jean-François Borras, sera remplacé par Régis Mingus (c’est la version baryton qui sera donnée à Tours). Le jeune Français a déjà pris la plume de Werther à l’Opéra du Rhin et a connu les planches de Lausanne avec Hamlet d’Ambroise Thomas ou Les Mamelles de Tirésias de Poulenc.
Mais Charlotte aura fait le voyage puisque c’est Héloïse Mas qui a créé la version franco-suisse. La jeune mezzo, qui a fait ses études à Lyon, sera donc à Tours. Née à Besançon, elle apparaît régulièrement dans le rôle de Carmen. On a pu l’entendre dans le Musique en fête du mois de juin 2022 à la télévision.
Scènes de spleen en campagne
Pour ceux qui auraient loupé un épisode, petit résumé irrespectueux de Werther. Donc, la star du jour balade son spleen en campagne et débarque par hasard chez Charlotte, jolie jeune fille qui aime les enfants (ce qui permettra à ceux de la Maîtrise et du Chœur du Conservatoire de Tours de faire pleurer les parents). Werther tombe raide dingue de la demoiselle et de son environnement (« Ô nature pleine de grâce »), ce qui devrait conduire à un happy end dès le premier acte.

(Photo Jean-Guy Python)
Pas de bol, Charlotte doit se marier à un autre jeune homme, bien comme il faut et moins rêveur. Durant les trois actes qui suivront, elle luttera contre son attirance envers le nouveau venu et Werther contre sa passion, sans y parvenir ni l’une ni l’autre (« Va, laisse couler mes larmes… »).
La fin de l’histoire finira mal, on l’a déjà dit. Pour rendre les choses encore plus tragiques, c’est Albert, le fiancé de Charlotte, qui prêtera ses pistolets à Werther, avec le résultat que l’on sait. Werther aura au moins une consolation : puisqu’à l’opéra les agonies sont longues, il entendra Charlotte lui avouer son amour. Rideau.
On peut, comme souvent dans l’univers lyrique, apporter son mouchoir, mais on évitera le suicide à la sortie, si possible.

