Bill Deraime à Notre-Dame-d’Oé
Le braillard reprend la route

Dernière mise à jour le 19 mai 2019

Photo DR
C’est un géant (dans tous les sens du terme) qui sera dans la salle de Notre-Dame-d’Oé le 26 octobre. Une petite salle pour un monument du blues. Français, oui, et alors ? Bill Deraime, on aime.

Sur une vidéo extraite des placards de l’INA, on voit un grand mec à la barbe brune et au look Fidel Castro à côté d’un blondinet déguisé en cow-boy un poil ringard. On est en 1981, ils chantent Toute la musique que j’aime et Faut que j’m’ tire ailleurs.

Deux ans plus tard ils récidivent (avec le béret de Bill mais sans le Stetson de Johnny) avec Laisse-moi une chance. Bill Deraime l’a écrite pour Johnny Hallyday, tous les deux sont l’avenir de la chanson française pour les jeunes. Johnny est déjà lui-même, parfaitement à l’aise. Bill est plus coincé. La télé, ce n’est pas son style. Il est plus dans l’intimiste. Les voix se ressemblent un peu, celle de Bill hésitant entre Johnny Hallyday et Eddy Mitchell. Mais elle est claire, nette, et juste.

Ray Charles et Big Bill Broonzie au commencement

Octobre 2018. La barbe de Bill Deraime a blanchi. Un look de biker échappé d’Easy Rider. La voix est un peu éraillée mais lui ressemble plus. Un « braillard » comme il l’a dit en 2010 avec son album Brailleur de fond. Bluesman de fond, plutôt. Bill n’a jamais dévié de son coup de foudre d’enfance, quand il balbutiait What’d I say sur sa guitare. Ray Charles comme premier maître. Puis tous les grands, à commencer par Big Bill Broonzie auquel il pique son prénom. Deraime s’appelait Alain.

Le grand mec se trouve, le public pas toujours. Il est de ces artistes inconnus que tout le monde connaît (« L’avantage dans tout ça, c’est qu’on ne m’a pas proposé de rejoindre la tournée Stars 80  »). Un peu comme Benoît Blue Boy. Il a ses fidèles, passionnés, affectueux. Admiratifs, aussi : Bill a de beaux textes, une personnalité d’ours tranquille, un cœur gros comme ça, un rire nature et une guitare douze cordes.

Il en a bavé, a connu la déprime (Jem’sentais mal et Maniaco dépressif) et découvert Dieu. Il est généreux, se dépense pour les autres (Babylone, tu déconnes). Sur son dernier album, L’enfer en parle : « Cette chanson est dédiée au collectif Les Morts de la Rue. Flo et moi, on appartient à ce collectif qui se charge des enterrements des gens qui meurent dans la rue, pour leur éviter la fosse commune. Pour qu’ils soient enterrés dignement, avec une petite cérémonie. » Un vrai bluesman, quoi.

L’album des amis

Début 2018, Bill Deraime a sorti son dix-huitième album. Une sorte d’autobiographie. Un disque de dix-neuf titres, rien que ça. Et c’est du blues, du vrai de vrai, avec plein d’amis dedans : Bernard Lavilliers, Kad Merad, Florent Pagny, Tryo, Sanseverino… À 70 ans, le braillard fait le point et repart sur la route. Son album s’appelle Nouvel Horizon.

Bill sera dans la salle de l’Oésia le 26 octobre. En face, cinq-cents privilégiés, comme autant d’amis. Pas plus. Un géant dans une petite salle. Si ça se trouve, il aurait rempli le Parc des Expositions (aux Francofolies, c’était complet) ! Bon, on s’en fout. Il fera chaud, on sera bien. Surtout, ne manquez pas ça : le spectacle n’est pas sur l’affiche de la saison !

UNE SACRÉE PREMIÈRE PARTIE AVEC LE MARTY BLUES TRIO

Il a signé pas mal de collaborations avec les plus grands du genre. Didier Marty (chant, sax ténor et soprano) a collaboré avec Bill Deraime, évidemment, mais aussi Paul Personne, Trust, Lionel Ritchie, Carole Fredericks, Screamin’ Jay Hawkins, entre autres, ce qui constitue déjà une jolie carte de visite.

Pour faire la première partie du grand Bill, il sera en compagnie de Fred Bonneau, actuel guitariste du groupe Au Bonheur Des Dames, et de Thierry Guignard (batterie) qu’il n’est plus besoin de présenter aux Tourangeaux.

D’autant moins que Thierry Guignard fut à l’origine du mythique Avoine Blues Festival (devenu Avoine Zone Blues ou encore Avoine Zone Groove), lequel a perdu beaucoup de son âme depuis qu’il est passé en d’autres mains, sans doute moins au fait du sujet…

 

Vendredi 26 octobre à l’Oésia (Notre-Dame-d’Oé)
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