Le Bateau Ivre de Tours
repart pavillon haut

Cette fois, c’est parti. Le Bateau Ivre renaît de ses gravats. Depuis le 8 octobre 2020, il reçoit des fournées d’amis, de curieux, de nostalgiques. Ce jeudi, c’était la mise à l’eau. Après une longue période en cale sèche, le bateau a hissé le pavillon noir (et jaune) et c’était bien.

Il y a eu des rires, de l’émotion, quelques larmes, des applaudissements et des paroles officielles. Ce fut donc une bien belle inauguration, une ouverture, un lancement, puisqu’il faut filer la métaphore maritime. On a navigué entre souvenirs et espoirs, on a (re)mis à l’eau le Bateau Ivre et tout le monde y a trouvé son compte, ceux qui l’ont connu dans « le monde d’avant » et ceux qui ont manié la truelle et l’enthousiasme pour le remettre à flot.

Donc, le bateau a hissé son pavillon, noir comme le pirate qui animait la journée – en pendant à la grand-vergue la « distanciation sociale » – et jaune parce que le nouvel équipage a eu le bon goût de conserver les couleurs d’origine en repeignant la façade.

L’utopie balayée

C’était le jeudi 8 octobre 2020, la salle était pleine, même si les organisateurs avaient créé des quarts (on reste dans la marine, faut bien) pour faire entrer les visiteurs et que tout était organisé dans l’esprit chasse au Covid, avec une prudence de Sioux (qui n’ont rien à voir avec le bateau, sauf si l’on se réfère à ceux du poème de Rimbaud, les « Peaux-Rouges criards » qui ont libéré le rafiot).

Le Bateau Ivre : témoin d'une époque - 37 degrésLes derniers jours du Bateau Ivre première époque (Photo Benjamin Dubuis)

C’était un joli moment où l’on a compris que la nostalgie à elle seule n’a pas suffi à redonner vie à l’endroit. Certes, pour les anciens, les gaillards d’avant, (« Tu te souviens, quand Machin est venu pour la première fois ? »), elle a dû jouer. Mais il fallait des bras plus costauds et des volontés un poil plus neuves pour partir à l’abordage d’une utopie à laquelle on n’osait plus croire : « Le collectif a vite été rejoint par des acteurs culturels locaux, mais aussi des philosophes, des économistes, qui ont balayé de suite la notion d’utopie pour travailler à ce projet artistique et citoyen, qui serait un modèle du genre » disent ceux qui ont été les premiers à embarquer.

Le monsieur qui a établi les statuts n’en est pas encore revenu. En quelques semaines il a dû aligner plus d’un millier de noms de « sociétaires » (c’est comme ça qu’on appelle les membres de l’équipage) de l’association Ohé du bateau ! Devenue SCIC (Société Coopérative d’Intérêt collectif), elle aligne aujourd’hui 1836 matelots, ce qui en fait la plus grande de France. Et toc ! Il est toujours possible de s’inscrire sur le rôle du bord, comme on vous le dit ICI. La marinière à rayure n’est pas obligatoire, tant pis pour Montebourg.

Tours : Le Bateau Ivre devrait rouvrir en avril 2020 grâce au soutien  financier des sociétaires et des collectivitésC’est vrai qu’un petit coup de peinture s’imposait… (Photo DR)

N’empêche, on ne peut effectivement plus parler d’utopie, aujourd’hui. Ceux qui ont déblayé les mètres cubes de gravats peuvent en témoigner, courbatures à l’appui. C’est vrai que les efforts étaient soutenus par une conviction quasi révolutionnaire : « Le combat que mène le collectif est de l’ordre aussi de la résistance citoyenne. La culture et le spectacle vivant sont de plus en plus malmenés, délaissés par les pouvoirs publics. Nous voulons prouver que des solutions citoyennes sont à inventer, que s’ouvrent devant nous tous les champs du possible, que dans une société dont on pointe du doigt l’individualisme, les actions participatives, la convivialité et le partage ont toujours droit de cité. » Ce qui n’a pas empêché les officiels (ville, région..) de cracher au bassinet. Le Bateau Ivre et plus corsaire que pirate, finalement.

Une p’tite vidéo signée Xavier Selva pour France 3, c’est bien aussi. Ça, c’est la bande-annonce. Pour l’intégrale de la chose, c’est LÀ. (après un paquet de pubs, mais on n’a rien sans rien…)

Un bar, peu ou prou(e)

On ne reviendra pas sur le passé de l’esquif, puisque nous l’avons déjà fait. Parlons plutôt du cap pris par ce « bateau frêle comme un papillon de mai » (Rimbaud) mais qui a bien l’intention de tenir la mer un bon bout de temps.

Et yo-ho-ho, et une bouteille de rhum ! (Photo Gaspard Elliot)

Le principe reste celui des origines, celui de la fondatrice, Gisèle Vallée, qui fut – virtuellement – très embrassée lors de la réouverture, une démarche chaleureuse à laquelle nous nous associons volontiers : convivialité, plaisir, découvertes. «  J’ai toujours pensé que la diversité de l’offre est très importante pour le public. Certains pensent que plus on offre, moins il y a de public, je dis que c’est faux : le public fait ses choix. » disait, autrefois, Gisèle dans Parallèle(s).

Pour la convivialité, coronavirus ou pas (on a agrandi les espaces vides, au détriment du nombre de spectateurs mais il faut faire avec, ça ira mieux demain, surtout avec un nouvel étage, une nouvelle dunette, disons, qui est en projet), la salle est celle d’un café-théâtre, avec tables et bar, abstraction évocatrice de la proue d’un bateau.

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Pour en savoir plus sur l’histoire du Bateau Ivre, c’est ICI
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Le lieu sera ouvert du mercredi au samedi de 18 heures à…tard dans la nuit. Lors des soirées dites « pirates », l’accès sera ouvert à tous. Pour les soirées spectacles, seuls les spectateurs y auront droit. Qu’on ne s’y trompe pas, les consommations (sans casse-croûte pour le moment, toujours à cause de la Covid) font partie du plan financier, comme l’achat de « pépites », destinées à remplir le trésor de guerre avec quelques doublons de plus.

À noter : la salle du Bateau Ivre peut être louée, pour peu que vous soyez une structure ou une association culturelle. Non, pas les mariages, faudra trouver autre chose.

Un petit tour sur la scène

Il va de soi que le plus important se passera sur la nouvelle scène du Bateau. Le début du programme est déjà affiché et le plus beau, c’est qu’il y a déjà des soirées complètes ! Un bon signe. Le détail se trouve ICI.

Une fois passés les quatre jours d’ouverture (ne cherchez pas, c’est complet !) une meute montera sur le pont le 15 octobre pour un premier après-midi slam. L’invasion se répétera tous les mois. Le Meute Slam proposera « une scène ouverte aux poètes ». Logique, vu l’endroit. Et ce sera gratuit.

Astray Astronauts band photoAstray Astronauts. Une même envie de faire du bruit… et de l’humour. (Photo DR)

On s’attaquera aux drogues dures dès le lendemain avec le punk tourangeau d’Astray Astronauts. Quatre garçons dans le vent de plusieurs styles « très différents, du post-hardcore à l’électro, en passant par la pop et le folk. Ils partagent toutefois de nombreuses influences punk en commun, et une même envie de faire du bruit. » Euh, on va se répéter mais… c’est complet. Désolés.

Le 21 octobre, on mêlera rock et littérature pour parler avec Guillaume Gwardeath et Sam Guillerand, les auteurs de « HEY YOU ! », une histoire orale des Burning Heads. «  Burning Heads est un groupe de skate punk mélodique français, originaire d’Orléans. Il est fortement influencé par le hardcore mélodique californien et quelques signatures d’Epitaph Records. » dit Wikipédia. On peut le croire.

Ce n’est qu’un début. Le Bateau Ivre a bien l’intention de faire filer son étrave à travers l’écume des jours (oui, on sait) et des nuits. Quand on voit la passion de son équipage et l’intérêt porté par le public à ses premières affiches, on a le droit d’être optimiste.

Finalement, ce Bateau Ivre a l’air plutôt bien barré…

Le Bateau Ivre est à l’ancre au 146 de la rue Édouard Vaillant à Tours.
Pour embarquer au Bateau Ivre, c’est ICI