Le Bateau Ivre rouvre ses portes
Il était une foi… deux fois

Un symbole, un tremplin, un lieu unique, un passé et (de justesse) un futur : Le Bateau Ivre, salle que l’on ne peut qualifier que de « mythique », même si la formule est plutôt essorée, rouvre ses portes. Un vent où se mêleront nostalgie et enthousiasme va secouer le rideau. Ou les voiles, c’est comme on veut.

VENEZ DONC CHEZ EUX, ILS VOUS INVITENT…

Vous êtes impatients de le découvrir et nous aussi !

Crise COVID oblige, nous ouvrons le Bateau sur une configuration type « cabaret », d’une centaine de places assises avec service à table.
Pour répondre à vos attentes et pour que le plus grand nombre puisse découvrir et profiter du lieu, nous vous invitons à réserver votre créneau horaire sur le nouveau site de la salle : www.bateauivre.coop
 
Une traversée en groupe de 8 personnes est vivement conseillée ! Cependant, il est également possible de faire la traversée seul. Mais attention, sans réservation de groupe, vous ne pourrez pas partager la même table que les autres personnes présentes. Cette traversée d’une heure ou deux sera pleine de surprises, de découvertes et de moments inattendus.

Le dernier quart d’heure sera consacré à un lavage et une désinfection des tables pour l’accueil de la traversée suivante…

Pour résumer :

    • Organisez vos groupes (jusqu’à 8 personnes maximum)
    • Réservez votre heure de passage
    • Présentez-vous à l’horaire choisi
    • Venez avec votre masque
    • …et laissez-vous surprendre

 

Réouverture du Bateau Ivre de Tours
Ça, c’était avant… (Photo Ohé du bateau)

Au commencement, c’était un petit cinéma de quartier, pas loin de la gare de Tours. En ce temps-là, monsieur, le cinoche familial n’avait pas encore connu sa dernière séance. Le Casino, il s’appelait (il y avait aussi Le Vox, dans la Tranchée, le Family, le Ciné-Lux, et d’autres qui fleuraient bon le bonbon à la menthe). Mais les grands complexes sans complexes se sont chargés de lui souffler sa lampe. Fini le p’tit ciné, on allait bien trouver un bulldozer pour s’en débarrasser. Sauf si quelque dingue se mettait en travers.

À la même époque, à l’autre bout de la ville, dans une immense salle où quatre-vingts personnes se serraient sur un sol pas loin d’être encore en terre battue, un barjot local, Jean-Paul Veyssière, avait ouvert Le Petit Faucheux. Un endroit inimaginable, mélange de grange et de caverne, où l’on pouvait lire à volonté et manger à satiété des repas qu’un objecteur de conscience mitonnait avec l’application d’un anarchiste préparant ses banderoles.

Et, si l’on avait réussi à rentrer, on pouvait entendre des artistes parfois marginaux qui ne le seraient pas longtemps. Et du jazz. Beaucoup de jazz, tellement que le boui-boui du quartier avait eu vite fait de s’offrir une réputation internationale. On pourrait citer de sacrés noms, y compris celui d’une diva du blues qui devait trouver là un havre où redonner du souffle à une carrière calcinée par l’alcool et la drogue. L’histoire du jazz doit aussi cela au Petit Faucheux.

Maintenant, seul le nom subsiste. Il est accroché au fronton d’une belle salle, certes lieu reconnu comme une référence jazzy. Mais le fondateur a passé la main et l’ambiance n’est pas la même. Une ambiance que l’on allait aussi retrouver rue Édouard Vaillant, derrière la façade du Casino. Et que l’on pourrait aussi chercher du côté de la Grange-théâtre de Vaugarni, à Pont-de Ruan.

Les bulldozers de la passion

Réouverture du Bateau Ivre de Tours
Gisèle Vallée, figure tutélaire, la passion d’abord (Photo Arcade Institute)

Parce que le bulldozer que l’on craignait n’a pas le look attendu. Il s’appelle Gisèle Vallée, une petite nana dingue de spectacle, associée à Joël Breton, son compagnon, tout aussi givré. Ces deux-là ont la foi, ils croient que l’on peut construire une programmation avec des bons, mais pas forcément des connus. « Le Bateau Ivre était essentiellement un lieu de passion et c’est ce qui faisait son charme. » (37 degrés-mag)

Pour y parvenir, il faut courir les festivals (à Tours, il y Le Chaînon Manquant, une manifestation qui a marqué son époque, comme le festival Dehors-Dedans). Dans les années quatre-vingt, on ne devient pas vedette sur un coup de YouTube ou d’émission télé. On « fait » des petites scènes un peu partout, on apprend le métier et le public apprend à vous connaître. On s’appelle Maurane, Gilles Servat, Stéphane Eicher, Louise Attaque, Arthur H, la Mano Negra, Noir Désir… 1500 concerts et 250 pièces de théâtre pour Le Bateau Ivre, dit-on.

Et Les Bodin’s. « La » Maria Bodin, plutôt. Elle déboule avec son Solex, elle n’a pas encore accouché de son fils et elle s’arrête au Bateau Ivre. « Si, aujourd’hui, les Bodin’s crèvent l’écran, c’est aussi grâce au travail de terrain des Gisèle Vallée et autres organisateurs de spectacles du cru. Lorsqu’il y a près de vingt ans Vincent Dubois a créé la Maria Bodin, la mamie revêche à la répartie assassine est vite devenue l’héroïne incontournable de toutes les fêtes du Lochois. Avant de faire – avec son Solex – une entrée remarquée à la ville, Tours, d’abord au Chaînon Manquant en 1992 puis au  Bateau Ivre en 1994. » – Sur le site des Bodin’s)

Réouverture du Bateau Ivre de Tours
De l’humour ? Oui et non. (Photo Ohé du bateau)

Pas rue Édouard Vaillant. Pas encore. Le bateau se cache dans le quartier Blanqui. Salle minuscule quasi en sous-sol, qui fait le plein chaque soir, ce qui ne remplit pas pour autant les poches des patrons : « Aujourd’hui, les directeurs de salle font des études de management, sont dans le côté administratif et argent public. Nous on avait juste une passion, et on pensait que si on l’avait, on pourrait la tenir. Mais non, on n’y arrive pas, et c’est une activité qui n’est jamais rentable… On était d’une naïveté et d’une pureté totales… » (Parallèle(s))

N’empêche, quel bonheur. Même Jack Lang y passera et soutiendra le bateau pour qu’il ait quelques subventions. Reste un souci : la joie, ça fait du bruit. En 1983, l’enseigne se déplace vers la rue Édouard Vaillant, pour s’accrocher à la façade du Casino (elle y est encore). Gisèle Vallée est toujours aux manettes. Elle arrête en 2010, après 28 ans magiques, un peu fatiguée mais, surtout, lâchée par les pourvoyeurs des modestes subventions qui lui permettaient de survivre.

L’appel aux citoyens

Le retour des bulldozers ? Non. Le vent de la liberté culturelle souffle toujours et c’est une bande de fanas qui va prendre le relais. Il faut racheter le local ? On fait un appel au peuple. Et ça marche. Le collectif Ohé du bateau peut y croire. Il a la foi. Lui aussi. C’est la deuxième fois.

Réouverture du Bateau Ivre de Tours
Du passé faisons – presque – table rase. (Photo Ohé du bateau)

Ce ne sera pas si simple. Après la promesse du maire Jean Germain de louer le lieu pour un euro symbolique, ses successeurs n’ont pas la même passion de la culture marginale ou prétendue telle. On passera sur les vicissitudes économico-politiques pour en arriver à 2015 (la bagarre a commencé en 2010), lorsque la ville veut bien vendre le local. Et c’est reparti pour trouver les sous.

Bis repetita, ça marche. L’association récolte 270.000 € (et une promesse de subvention régionale) qui permettent de devenir propriétaire du lieu. Cette fois, c’est parti. Mais il y a encore du boulot !

Ménage de printemps

Première étape, changer de statut : « Le lundi 17 octobre 2016 restera une date importante dans l’histoire du collectif Ohé du Bateau avec la transformation de l’association, qui a porté le projet depuis 2010, en Société Coopérative d’Intérêt Collectif SCIC Ohé !

Une situation unique en France, car elle devient la plus grande coopérative culturelle du type, dotée de ses 1541 premiers sociétaires (1415 citoyens, 116 associations, 32 entreprises et 1 collectivité).  »

Les bulldozers sont de retour mais c’est pour la bonne cause. On casse (à l’intérieur) pour mieux reconstruire. On vend même les anciens sièges pour aider financer les travaux ! Gros chantier, grand ménage de printemps qui se termine dans les temps, juste bousculé par le coronavirus. Le Bateau Ivre nouvelle mouture annonce son ouverture pour le jeudi 8 octobre 2020.

Réouverture du Bateau Ivre de Tours
Les bulldozers, pour la bonne cause. (Photo Ohé du bateau)

Le lieu reprendra les principes originaux. On y viendra au spectacle mais on y échangera, autour d’une assiette si l’on veut. La participation est toujours au menu avec des « laboratoires », cellules d’échange et d’actions (communication, travaux, administration, animations alias « distillations »…) On pourra même louer l’endroit avec matériel, personnel et communication.

Reste un petit détail : le programme. Mais pour cela, il faudra attendre encore un peu. Pas de problème, ça fait dix ans que l’on rêve de relever le rideau du Bateau Ivre. On peut encore patienter. Ce qui n’interdit pas de trépigner… Et de dire merci à Gisèle.

L’ouverture du Bateau Ivre new-look est annoncée pour le jeudi 8 octobre 2020
Pour en savoir plus, participer aux laboratoires, verser son obole, c’est  ICI