Lucienne Boyer mise au tricot
par le Grand Orchestre du même nom

Ils ont eu le béguin pour Lucienne Boyer, que leurs grands-parents avaient sans doute aimée. Ils l’ont passée à la moulinette du jazz et ça donne un drôle de truc, touchant et secouant, enregistré au Petit Faucheux de Tours. Le Grand Orchestre du Tricot rhabille Lucienne Boyer. Parlez-moi d’amour… tagada, tsoin-tsoin.

Lucienne Boyer, c’était une très jolie dame qui chantait dans les années qui ont suivi la guerre (le première). Elle avait d’abord été mannequin chez Foujita (ce qui confirme qu’elle était belle) et allait faire une carrière à Broadway (ce qui prouve qu’elle avait du talent).

Lucienne Boyer (auteur de Parlez-moi d'amour) - BabelioLucienne Boyer, version d’origine. (Photo Babelio)

Lucienne Boyer, n’avait qu’un sujet, l’amour. « Parlez-moi d’amour », c’est elle. « Que reste-t-il de nos amours ? », qu’elle fut la première à chanter, signé Charles Trénet, c’est elle aussi. On en passe et des meilleures (ou des plus coquines), car les textes sont beaux, qu’on le veuille ou non.

La baffe de Lucienne

D’accord, c’est un peu vieillot, certains diraient ringard. On veut bien. D’ailleurs, c’est ce que pense d’abord l’un des membres du Grand Orchestre du Tricot. Jusqu’au coup de foudre : « Je suis tombé sur Lucienne Boyer et ses textes, qui sont extrêmement désuets mais incroyables ! […] J’ai pris une baffe et je me suis dit : il faut absolument qu’on se jette le défi. » Téo Ceccaldi avait une carte blanche et était un chouïa déprimé, ça tombait bien.

Le Grand Orchestre du Tricot "Tribute to Lucienne Boyer" - Petit FaucheuxEt Lucienne en version… originale (Photo Petit Faucheux – Rémi Angeli)

Le Grand Orchestre du Tricot (« tricot » pour « tricollectif ») est une bande de potes, « une famille de musiciens qui s’adorent », des musiciens que l’on pourrait dire « de jazz », même si leurs talents et leurs délires (collectifs, donc), les entraînent parfois dans des directions inqualifiables, sans que le terme véhicule quoi que ce soit de péjoratif.

”Tout se dérègle”

Avec ce Tribute to Lucienne Boyer, on y est en plein. Si l’on croit entrer dans le jazz, « en chemin, tout se dérègle, les arrangements se mettent à grincer, les cuivres se foutent sur la gueule mais tapent toujours moins fort que la batterie, la valse tourne jusqu’au vertige, le rock est là. » (Les Inrocks)

Du rock, c’est vrai et du dur, parce que l’on frôle parfois le métal. Mais, l’instant d’après, la chanteuse, Angela Flahault, reprend les marques de Lucienne et vous balance un gros câlin, juste avant que les musiciens ne (re)cassent l’ambiance. Il y en a un qui scie (presque) littéralement son violon, d’autres qui font des chœurs poilants, des batteries qui font penser à Stomp (si vous ne connaissez pas, allez voir notre article) et un saxo qui se prend pour un charmeur de serpent.

Le Grand Orchestre du Tricot "Tribute to Lucienne Boyer" - Petit FaucheuxDu jazz ? Oui, mais… (Photo Petit Faucheux – Remi Angeli)

Si le mot n’était pas insupportablement à la mode, on dirait que c’est jubilatoire, comme tous ceux qui ont écrit sur l’album. Puisque les onze farfelus du Grand Orchestre du Tricot aiment Lucienne, il faut reconnaître qu’ils l’ont bien arrangée…

Big bisous

Pour eux, ce « tribute », c’est « gros bisou et folle guinguette, a Love Supreme façon opérette, Grand format***, strass et paillettes ***. » Pas faux. Ou encore, selon Latins de Jazz, « un projet haut en couleurs et plein d’humour qui vibre d’une folie et d’une insolence inouïes. » Pas faux non plus.

Bref, si vous êtes déprimés par la coronaviromania et si vous voulez tomber amoureux d’une Lucienne Boyer rhabillée façon Tricot, le disque est fait pour vous. Il a été capté « live » au Petit Faucheux de Tours par B Records, en public et sans masque.

Un enregistrement qui fait tomber les murs (surtout ceux de vos voisins), ce qui ne surprendra personne de la part d’un groupe dont le titre précédent était Jericho Sinfonia.

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