La Foire de Tours en octobre ?
Pas si simple, quoi qu’on en dise…

Dernière minute : comme on pouvait s’y attendre (voir notre article ci-dessous) la Foire de Tours 2020 est définitivement annulée.
Entrée du Public vous donne toutes les infos dans un autre article ICI.

S’il est un type de manifestation grand public particulièrement visé par le coronavirus, c’est bien la foire. Au sens premier. Pas celle que de prétendus trompe-la-mort arrosent aussi largement qu’inconsciemment dans les profondeurs de la nuit coronavidienne. Non, nous parlons de la vraie, celle qui a traîné ses premières galoches dans les boues moyenâgeuses et frétille encore à l’aube du XXIe siècle néo-libéral.

La Foire de Tours n’échappe pas à la menace. Reportée – si tout va bien, ce n’est pas gagné – en octobre en lieu et place de sa traditionnelle ouverture en mai, il n’est pas garanti qu’elle fasse le plein. Les « distances barrières » (puisqu’il faut employer ce néologisme saugrenu qui fleure bon l’énarque en mal d’inspiration) s’accommodent mal des foules conviviales et, disons, « enjouées », fond de commerce de la manifestation.

Vue comme ringarde par certains, plébiscitée par d’autres, la foire reste un événement commercial et festif nécessaire pour les villes qui les organisent, du rassemblement villageois à l’événement métropolitain. Celle de Tours, traditionnellement inscrite au calendrier en mai, est, pour les exposants un important moment de prises de commandes, quel que soit le secteur.

Certains affirment qu’elle représente 20 % de leur chiffre d’affaires annuel. Mazette ! Derrière les flonflons et les barbes à papa, la foire est donc un événement économique majeur. Comme on aime à le rappeler à Tours événements (organisateur au nom de la municipalité), celle de Tours est « le plus grand supermarché régional ».

Côté festivités, le fameux Village gastronomique (une spécialité tourangelle), lieu essentiellement consacré à la convivialité bien arrosée, devra accepter de trinquer à distance pour survivre. Quand on dîne avec le diable, autant avoir une longue cuiller, si l’on en croit Shakespeare et, accessoirement, Raymond Barre, mais pas le Professeur Raoult… Sans oublier la fête foraine, lieu de frôlements conviviaux, voire sensuels, bien connu, avec frissons en prime.

Foire de Tours 2019 Un morceau de Fréro et quelques gouttes d ...C’était au temps où l’on n’avançait pas masqués… (Photo Tours événements – Benjamin Dubuis)

Compte-tenu de la discipline relative de nos contemporains en ce qui concerne la protection contre madame Covid (il paraît que c’est féminin), la logique voudrait que les camelots remballent leurs étals. Mais, malgré le contexte prophylactique ambiant, il s’agit – pour les organisateurs – de sauver ce qui peut l’être, à Tours comme ailleurs, économiquement parlant, notamment en y intégrant certains salons, déjà passés par pertes et profits. De tout un peu, en somme. Le Salon de l’Habitat, celui du bébé et celui de l’Art au quotidien auront leurs allées à Rochepinard. Pour Le Salon de l’Auto, c’est moins évident. Mais si ça marche, ça remplira les vides…

Le bonheur est dans le prêt

Reste à savoir si le résultat sera à la hauteur des espérances. Les responsables de Tours événements (qui gère aussi le Vinci) ont perdu gros dans la crise. Spectacles annulés, salles fermées, salons effacés, les caisses sont presque vides et auront du mal à se remplir au-delà de la moitié du chiffre d’affaires habituel. D’autant que le directeur a admis ne pas avoir demandé d’aide de l’État. On comprendra pourquoi plus loin. La nouvelle municipalité, dit-on, n’aurait pas apprécié. Si des besoins financiers apparaissent, ce qui semble probable, c’est elle qui devra mettre la main à la poche.

N’oublions pas que l’American Tours Festival et le Japan Festival, deux « locomotives » héritées de la direction précédente, ont dû être annulés. Selon l’actuelle direction, la foire représente 20 % de son budget. On comprend qu’elle fasse tout pour qu’elle ait lieu.

Foire de Tours 2019 Un morceau de Fréro et quelques gouttes d ...On dirait qu’il fera beau et qu’il y aura du monde…  Juste pour y croire. (Photo Tours événements – Benjamin Dubuis)

Ce n’est pas gagné. D’abord parce que les exposants sont déjà entrés, avec bien des difficultés, dans leur activité commerciale normale. Le produit d’appel qu’est la foire les intéressera-t-il toujours ? Tours événements affirme qu’ils sont déjà 80 % a avoir signé pour octobre. 

Prise d’otage ?

La réalité est « un peu » différente. Chaque année, une fois la Foire de mai terminée, les exposants qui envisagent de revenir l’année suivante et veulent retrouver le même emplacement prennent une option qui représente la moitié du prix de celui-ci. C’est traditionnel. Et c’est loin d’être gratuit : entre 30 000 et 40 000 euros le stand. Ce qui revient à dire que tous ceux qui ont pris une option pour 2020 ont déjà sorti entre 15 et 20 000 euros de leur poche en 2019.

En général, ils sont 80 % à signer à la fin de l’année. Voilà nos 80 % d’engagements annoncés par la direction. Sauf que le contexte est différent, c’est le moins que l’on puisse dire. Car si 80 % des exposants se sont engagés en 2019 pour l’édition suivante, il s’agissait de celle de mai 2020. Annulée et reportée en octobre, elle intéresse beaucoup moins de monde, loin s’en faut. Beaucoup d’exposants ont demandé le remboursement de leur avance, qui leur a été, à l’heure où nous écrivons, refusée. Certains se sentent pris en otage. Pas faux.

Voilà qui explique pourquoi la trésorerie de Tours événements n’est pas vide (et n’exige pas d’obtenir un prêt de l’État selon la direction) mais voilà aussi qui explique pourquoi il y a de sérieux grognements chez les commerçants, déjà gravement atteints par la crise. S’ils obtenaient le remboursement de ce qu’ils ont versé, ils seraient nombreux à ne pas participer à l’édition d’octobre, c’est sûr.

Coup de frein sur les autos

Même chose pour le public. Certes, la foire est gratuite, c’est l’une de ses grandes qualités. Mais après les soldes à rallonge et devant les difficultés économiques à venir, y aura-t-il autant de visiteurs pour commander une piscine (à l’automne ?), un aspirateur ou une nouvelle cuisine ? Mystère. 

Les organisateurs ont bien du mal à convaincre les marchands de meubles, privés d’un salon spécifique, à rejoindre la foire en octobre. Mais c’est encore plus net avec les concessionnaires automobiles. Le Salon de l’Auto ayant été annulé, ils sont invités à participer à la foire automnale. Mais ils ne sont pas très chauds et l’idée de mettre leurs belles carrosseries neuves en plein air ne les emballe pas. Pour le moment, aucun n’a signé.

Ultime interrogation, la fréquentation par une foule venue se distraire. D’accord, le mois de mai, les Tourangeaux le savent, n’est pas toujours aussi bienveillant qu’il le devrait en matière de météo. Mais octobre ? Il faudra compter sur l’été indien…

Photothèque - Site officiel de la Ville de ToursCette année, il faudra avoir le bras long pour trinquer… (Photo Ville de Tours)

¡ Ole !, tout de même ?

En ce qui concerne les animations, le site de la Foire de Tours se présente toujours aux couleurs de l’Espagne. Mais, pour le moment, le programme n’est pas encore consultable sur le site. Signe que ce qui était prévu a été modifié, ce qui se comprend.

Les affiches en revanche ont perdu leur couleur ibérique. Il est donc possible d’imaginer que les organisateurs ont choisi de faire l’impasse sur les animations prévues. Voilà qui ne va pas arranger la fréquentation non plus.

On aura compris qu’à la Foire de Tours comme ailleurs, les certitudes ne sont pas à l’abri d’un ressac covidien mal venu. Même la Foire de Paris a été annulée. Pourquoi Tours échapperait-il au massacre ? À moins qu’une seringue ne trouve d’ici-là le moyen de porter une estocade radicale au coronavirus ? ¡ Ole !

Au Parc des expositions de Rochepinard à Tours, du samedi 10 au dimanche 18 octobre 2020, avec ouverture anticipée du Village gastronomique le 9 octobre.

Le site official de la Foire de Tours est ICI