Le monde est un théâtre
The Kominsky Method sur Netflix

Dernière mise à jour le 7 juillet 2021

Un Michel Douglas exceptionnel, des partenaires à la hauteur, une phénoménale collection de “guest stars”, c’est The Kominsky Method (La méthode Kominsky) sur Netflix, et c’est à ranger sur la même étagère que le magnifique Queen’s Gambit dont nous avons déjà écrit tout le bien que nous en pensons.

L’inconvénient, avec Netflix, c’est que trouver des pépites exige autant d’enthousiasme et d’obstination que Charlot dans les neiges du Klondike. Si les algorithmes maison, amplificateurs panurgiens de l’intérêt du public, ne décident pas d’afficher la chose en première page, vous passerez autant de temps à fouiner qu’à regarder le produit fini. C’est ainsi qu’Entrée du public avait déniché The Queen’s Gambit avant beaucoup d’autres, et que nous en sommes très fiers.

Netflix, c’est le mât de cocagne version vidéo-numérique. On ne sait jamais vraiment ce qu’on va décrocher. Même chose pour les productions réalisées en interne, toujours avec de gros moyens, mais pas forcément la qualité qui va avec. On pourra donc se balader de la bluette gnangnan (Emily in Paris) à des ratages de haut vol (Marseille, avec Gérard Depardiou…), de monuments références (The Irishman de Scorsese) à des séries gentillettes et platounettes (Lupin) ou à des chefs-d’œuvres, comme… The Kominsky Method.

La vieillesse ? Même pas peur

The Kominsky Method (Photo Netflix)
Un formidable duo d’acteurs. (Photo Netflix)

Objectivement (c’est le mot juste), ce fut une sacrée volte-face, quasi une révolution, et c’est tant mieux. Depuis quelques années, les comédiens n’ont plus peur de vieillir au cinéma ou à la télévision. Le phénomène arrive en France mais ce sont les stars américaines qui ont été les premières à oser afficher leurs rides, et à en jouer. À titre d’exemple (il y en a d’autres), Grâce et Frankie, toujours sur Netflix, a montré une Jane Fonda pétulante mais auto-ironisant sur son âge : « Ne me fais pas rire, ça va faire sauter mes coutures ! » Avec The Kominsky Method, ce sont les hommes qui passent à la moulinette et ça va loin, beaucoup plus loin.

Si l’on résume l’intrigue, The Kominsky Method semble destiné à un public qui a connu la télévision en noir et blanc : Sandy Kominsky, comédien raté d’un âge certain, dirige une école de théâtre où il enseigne sa fameuse méthode. La série s’articule autour de ses rapports avec son vieil (dans tous les sens du terme) ami et agent, Norman (Alan Arkin), et avec son entourage. Le duo principal, ayant depuis longtemps passé le cap de l’acné juvénile, a des soucis en rapport avec son âge, problèmes de prostate, voire d’érection, de divorces et de progéniture, en passant par pas mal d’enterrements, au demeurant les séquences les plus hilarantes de la série, humour noir oblige.

The Kominsky Method (Photo Netflix)
Deux vieux gamins insupportables. (Photo Netflix)

Sandy Kominsky : Ma deuxième femme avait la moitié de mon âge.
Norman : Vu ton âge, c’était déjà une vieille femme…

Mais ce serait injuste de s’arrêter là. Si les échanges entre les deux principaux protagonistes (et avec le reste de la troupe) sont un modèle d’humour et d’intelligence, il faut savoir que derrière ce portrait de deux vieux gamins insupportables se cache une foultitude de dimensions qui donnent à l’ensemble une profondeur que l’on atteint sans même reprendre son souffle.

The Kominsky Method, c’est un regard sur la vie, sur l’évolution de la société, sur les rapports humains (et hollywoodiens, au passage) d’une exceptionnelle finesse. Les cours de Sandy Kominsky sont brillantissimes, à faire pâlir Diderot soi-même, sans paradoxe. Les sentiments des personnages, certes joyeusement planqués derrière un humour chlorhydrique, sont infiniment touchants. Les portraits ne sont pas si fantaisistes qu’ils paraissent, la tendresse vous prend par surprise, le scénario renouvelle sans cesse le sujet, le tout dans des saisons courtes et des épisodes qui ne le sont pas moins puisque chaque petit bijou se contente d’une demi-heure pour séduire. Du grand art.

Chapeau, les artistes !

Ajoutons que la distribution est exceptionnelle. D’accord, Michael Douglas est un « grand ». Son complice, Alan Arkin, est du même tonneau. Il arrive même qu’il vole la vedette à Douglas, tant celui-ci montre une incroyable générosité envers ses partenaires. Résultat, du « moindre » des élèves de son cours à ses guest stars oscarisées, tout le monde est parfait.

The Kominsky Method (Photo Netflix)
Une incroyable collection de « guest stars », comme Morgan Freeman. (Photo Netflix)

Car il y a une de ces palanquée d’invités que cela devient en jeu de les repérer. Souvent dans leur propre rôle (Morgan Freeman, Elliot Gould, Barry Levinson, Allison Janney…), ou comme personnages de l’histoire.

The Kominsky Method (Photo Netflix)
Un médecin nommé DeVito (Photo Netflix)

On appréciera – peut-être – la séance d’exploration de la prostate chez le Dr Danny DeVito (« Qu’as-tu envie de faire, maintenant ? » demande Norman à la sortie de la consultation. « J’ai envie de lui couper un doigt » répond Sandy), mais on jubilera à coup sûr quand Kathleen Turner apparaît dans le role de l’ex-femme de Kominsky. On n’est pas vraiment dans À la poursuite du Diamant vert mais on replonge direct dans La guerre des Rose où ils se déchiraient déjà. Puisque Norman a disparu du générique de la dernière saison, Michael Douglas retrouve une partenaire à sa mesure.

Précisons qu’à moins de comprendre parfaitement la langue, il est impératif de regarder la série en VO avec sous-titres. Ils réussissent assez efficacement à conserver le ton des dialogues originaux. Mais, comme toujours, fuyez la version doublée, non seulement mal jouée mais dont l’humour tombe à plat.

Enfin, à notre grande surprise, alors que nous pensions qu’il fallait approcher l’âge quasi canonique des deux ancêtres pour déguster The Kominsky Method, nous avons découvert que la jeune génération des abonnés à Netflix apprécie aussi. Pas de conflit familial en vue autour de la zapette.

Shakespeare (peut-être réincarné dans les scénaristes de la série) disait :

Le monde entier est une scène de théâtre
Où tous les hommes et les femmes sont de simples acteurs.
Ils y ont leurs entrées, leurs sorties,
et chacun dans sa vie joue plusieurs rôles… (1)

The Kominsky Method confirme. Brillamment.

 

(1) All the world’s a stage, And all the men and women merely players ; They have their exits and their entrances, And one man in his time plays many parts…

Sur Netflix France.