Kodachrome sur Netflix
Les clichés ont du bon

Dernière mise à jour le 7 mars 2021

Un père infect et son fils grognon embarqués dans un voyage rédempteur, on croit connaître. Kodachrome, produit et diffusé par Netflix, démontre brillamment que l’on a tort.

Kodachrome (2017) – lyriquediscordeSympa la balade en famille ? Pas sûr. (Photo Netflix)

Parler cinéma ou télé sur Entrée du public, c’est l’exception. Si vous êtes adeptes de la critique sur grand écran, il suffit d’aller sur la rubrique cinéma du site pour atterrir sur L’heure de la sortie, le blog spécialisé de notre excellent confrère (et ami) Loïck Gicquel.

Nous, ce n’est pas notre secteur mais, de temps en temps, parce que l’on a un coup de cœur, on aime bien le dire, et l’écrire. On l’a fait (avant plein de gens, et toc !) pour The Queen’s Gambit, on récidive avec Kodachrome. Pas une critique, Loïck Gicquel est là pour ça. Juste un sentiment, une impression, du genre de celles que l’on échange à la sortie du cinoche avec des potes jusqu’à la fin de la nuit, quand les bars sont ouverts.

Un « road movie » ? Oui, mais…

Un père, connard patenté, un fils paumé, une infirmière accorte et une bagnole qui embarque tout le monde dans un road movie parce que le papa (ou le frangin, ça marche aussi) doit se racheter avant de mourir, on connaît. On en a même un peu ras-le-bol, à vrai dire, des balades transaméricaines depuis Easy rider ou Rain Man pour n’en citer que deux, et pas des pires…

Du coup, le « pitch », puisqu’on dit comme ça maintenant, le résumé, donc, de Kodachrome a de quoi faire fuir. Il y a bien un truc ou deux qui intriguent, tout de même. Le titre, Kodachrome, d’abord, et le but du voyage : faire développer quatre vieilles bobines de péloche (le papa est un photographe célèbre) avant que le dernier laboratoire capable de les traiter n’utilise ses derniers litres de révélateur. Vous avez dit « révélateur » ? Bien vu.

Ce qui fait un bon film (ou un bon livre, ou une bonne pièce de théâtre…), c’est lorsque des situations rebattues conduisent à des actions imprévues. Depuis l’antiquité, l’art tourne quasi uniquement autour de prétextes universels. Amour, jalousie, pouvoir, haine… On est humains, après tout.

Reste à en extraire la substantifique moelle créatrice, ce qui n’est pas toujours facile. Mais c’est ce qui fait les chefs-d’œuvres, ou les réussites, ce qui n’est déjà pas si mal. On a compris : Kodachrome en fait partie (des secondes).

Au commencement, une histoire vraie

Passons sur les acteurs, du joli monde. Autour du toujours parfait Ed Harris (le paternel imbuvable), le fils, Jason Sudeikis (un peu mou, tout de même), et l’infirmière (Elizabeth Olsen) sont à la hauteur. Le reste du casting aussi, mais c’est le trio qui occupe tout l’espace. Quant au réalisateur, Mark Raso, il mérite un joli coup de chapeau pour ne pas s’être paumé dans les détours sentimentaux qui bordaient la route. C’est son travail (et celui du directeur de la photo, Allan Poon) qui évite la chute quand Kodachrome rase d’un peu près, parfois, les poncifs du genre.

Ajoutons à leur crédit une image et des couleurs qui rendent parfaitement hommage au titre du film. Ultime bonne idée, avoir fait du fils déboussolé un producteur de rock en rupture de ban. La musique a son importance dans l’histoire, contre-point sonore à la recherche de l’image perdue.

Toronto Film Review: 'Kodachrome' - VarietyUn petit concert de rock au passage, ça ne peut pas faire de mal. (Photo Netflix)

Donc, pour des raisons que nous ne vous révélerons pas, le fils qui fait la gueule au père qui a une sale gueule accepte de prendre le volant en compagnie de l’infirmière belle-gueule pour atteindre le Graal photographique, à Parsons (Kansas), dernier lieu où l’on peut encore développer le Kodachrome, ce qui vaut à la ville d’accueillir les amateurs de gélatine venus du monde entier. Joli prétexte (authentique, comme le raconte Le Monde ; d’ailleurs c’est un article du New-York Times qui a donné naissance au film), qui permet au scénario de se payer un coup de nostalgie et une réflexion sur l’art photographique qui n’est pas mal non plus : « Nous, les photographes, prenons des photos pour arrêter le temps » dit Ben, le père. Mais, et l’on ne « divulgâche » rien, comme disent les Québécois, ça ne marche pas face au cancer, vous vous en doutiez.

« Le bonheur, c’est de la connerie ! »

The "Kodachrome" trailer is here, telling one last story of this iconic  film - DIY PhotographyUne photo pour arrêter le temps ? Pas gagné. (Photo Netflix)

Au fil du voyage, le père s’échine à être définitivement un « asshole », quitte à foutre en l’air sa dernière visite à un frère avec lequel il est, évidemment, en froid. On s’attendait à ce que la rédemption du mourant commence là. Ben non. On ne vous dira pas non plus si cela va s’arranger avant la fin. Mais, si on a envie de lui filer des claques, on s’attache au vieux chieur qui assume son sale caractère : « Le bonheur c’est de la connerie. Aucune œuvre d’art digne de ce nom n’a été créée grâce au bonheur » dit-il.

Bon, on ne va pas vous raconter le film. On vous dit seulement qu’on a beaucoup aimé Kodachrome, que c’est à la fois classique et original (un petit bout de paradoxe dans un article, ça fait toujours bien), que ça ne vole pas au ras du bitume et que, on est désolé de le dire, il faut aller sur Netflix pour le voir. Bonne route !

On aurait bien aimé vous proposer une bande annonce en VO mais il n’y en avait pas de sous-titrée. Alors, on n’a voulu vexer personne mais, comme d’hab’, on vous conseille l’original… si vous avez Netflix. 

Kodachrome, c’est sur Netflix, donc. Cliquez ici, si vous êtes abonnés…