Quand Mireille la Rochienne
(se) paye les ardoises

Dernière mise à jour le 6 mars 2021

Elle sème ses pensées à tout vent, dans les rues et la campagne de Saint-Roch, en Indre & Loire. Mireille est une inconnue célèbre dans son village. Mais son humour, son talent et sa science des mots méritent un coup de plume.

Comme chantait Jean Sablon, on ne connaît pas Mireille. Et c’est dommage. Car la dame a bien de l’humour mais aussi une sacrée dose de talent. Heureusement, grâce à nos confrères de France Bleu Touraine, on a découvert cette drôle de dame qui sème ses pensées accrochées à des ardoises, de la boulangerie de son village à quelque arbre paumé dans la campagne.

L’idée a déjà été exploitée ailleurs mais, chauvinisme mis à part, Mireille la maîtrise avec talent. C’est joli, c’est poétique à souhait et ça mérite que le printemps et les seringues nous libèrent pour que l’on aille faire un tour de ce côté-là, autrement dit à Saint-Roch, sympathique cité d’Indre-et-Loire de 1 300 âmes environ, pas bien loin de Fondettes, au Nord de Tours, où nous avons nos attaches (mais cela n’intéresse personne, finalement) et que nous connaissions surtout jusqu’à présent par son arbre mort promu au rang d’œuvre d’art contemporain, ce qui est un fait établi mais peut se discuter entre amis à l’heure de l’apéro, quand les libations conviviales sont possibles.

Les mots pour le dire

Pas faux...Une Pensée à méditer en temps de confinement… (Photo France Bleu Touraine)

Donc, Mireille écrit sur des ardoises, comme les écoliers en blouse grise d’autrefois. Une écriture appliquée et belle (au feutre blanc, tout de même, la craie ne supportant pas le plein air comme chacun sait), une orthographe parfaite, et des idées en pagaille.

A Saint-Roch, au nord de Tours, une retraitée a déposé dans la nature une quarantaine d'ardoises portant chacune une citation drôle ou profondeDe l’humour mais un peu plus. (Photos France Bleu Touraine)

Le choix des ardoises n’est peut-être pas un hasard quand on voit qu’une entreprise de gravure sur pierre loge aussi à Saint-Roch (soit dit en passant, Mireille pourrait faire profiter de ses connaissances grammaticales le site d’icelle…). Peu importe. L’important est ailleurs.

Qu’elle fasse dans l’humour pur et simple (« Attention, le chocolat fait rétrécir les jeans ») ou qu’elle se laisse aller à une forme de sociologie souriante («  Boire du déca le matin équivaut à partir au travail en vélo d’appartement »), on en vient à se dire que Mireille aurait pu entrer dans le club des Desproges, Pierre Dac et autres Oscar Wilde (lequel disait que « Certains suscitent le bonheur partout où ils vont, d’autres dès qu’ils s’en vont »).

Le bonheur en héritage

Le Collège de pataphysique cher à Alfred Jarry aurait pu décerner l’Ordre de la grande gidouille à Saint-Roch. Alphonse Allais, aurait aimé fréquenter Mireille la Rochienne (si, on dit comme ça). Lui voulait « mettre les villes à la campagne car l’air y est plus pur ». Elle affirme que « L‘ouverture d’esprit n’est pas une fracture du crâne ».

Saint-Roch (37) – Commune du nord-ouest de l'Indre et Loire

Le maire de la ville envisage d’accrocher les ardoises de Mireille sur les poteaux d’éclairage. Une autre initiative pourrait être de demander au syndicat du même nom d’imaginer un parcours bucolique suivant les pensées, fussent-elles tortueuses, de Mireille.

Le tout avec le sourire. Comme l’écrit Mireille, citant – sur ardoise – son confrère Jacques Prévert : « Il faudrait essayer d’être heureux, ne serait-ce que pour montrer l’exemple ». 

Une formule qu’il était bon de graver d’un coup de feutre, juste pour ne pas devoir dire, comme Prévert encore : « J’ai reconnu le bonheur au bruit qu’il a fait en partant. »

N.B. : la commune de Saint-Roch s’est aussi joliment distinguée en donnant à sa Marianne le visage, dessiné par l’artiste Michel Audiard, de Marie-Amélie Le Fur, athlète handisport, plusieurs fois médaillée, notamment aux Jeux Paralympiques