C’est graff, docteur ?
Bombardement pacifique sur les murailles de Crissay-sur-Manse

Pour la huitième fois, le château de Crissay-sur-Manse sera pris d’assaut le 7 juillet par sept graffeurs, dont le Tourangeau Monsieur Plume, parrain de la manifestation, Graffeurs au château. Étonnant, sympa … et beau.

Graffeurs au château de Crissay-sur-Manse
Graffeurs au château de Crissay-sur-Manse : un p’tit coup d’jeune pour votre caravane ? (Photo DR)

Régulièrement, le 24 Heures du Mans font courir des voitures décorées par des artistes, contemporains évidemment. À Crissay-sur-Manse (village estampillé comme l’un des plus beaux de France et sis en Touraine pour ceux qui seraient de passage), on a plus tendance à faire la course à la fillette (petite bouteille de vin local) qu’à la performance vrombissante… Cela n’enlève rien au dynamisme local, dopé par l’enthousiasme de son comité d’animation, présidé par la non moins dynamique Jany Landier.

Quant à trouver un rapport avec la course mancelle, il faut aller le chercher dans la décoration de quelques véhicules (et autres caravanes) par des artistes tout aussi contemporains que les Manceaux à roulettes. Certes, les engins auraient du mal à faire un tour du moindre circuit, mais leur plumage vaut bien le ramage des voitures de course. Explications.

Quand le mur devient brouillon

Graffeurs au château de Crissay-sur-Manse
La signature de Monsieur Plumle, le corpopétrucien.

Chaque année, depuis huit ans, le château de Crissay, bel édifice au demeurant, est pris d’assaut par quelques manieurs de bombes, pacifiques néanmoins. Les « graffeurs » s’installent au milieu des vieilles pierres pour jouer de l’aérosol. Que Stéphane Bern se rassure, les murs du XVe siècle ne sont pas concernés. Le travail  des Graffeurs au château se fait sur de grands panneaux ou, comme on l’a vu, sur des objets apportés pour l’occasion, parfois sur quatre roues.

Une manifestation qui sera parrainée en 2019 par un Tourangeau, alias Monsieur Plume, déjà impliqué depuis plusieurs années. Né à Saint-Pierre-des-Corps, où il se rappelle avoir commencé à dessiner dans les marges de ses cahiers, Monsieur Plume (surnom donné par les filles à l’école…) se passionnait pour les bandes dessinées : « Je passais mon temps à dessiner des BD, mais le besoin de sortir du cadre, le besoin de liberté a été plus fort avec en plus, une attirance pour l’interdit comme tout adolescent qui se respecte. Le mur était devenu une feuille de brouillon… » (Artist Up)

Monsieur Plume, et quelques autres…

Graffeurs au château de Crissay-sur-Manse
Monsieur Plume, quand le mur devient brouillon… (Photo Monsieur Plume)

Il passera par le tag « sauvage » (« du vandal de mômes sous les ponts SNCF » dit-il) mais on peut supposer que, déjà, son travail n’avait rien à voir avec les gribouillages de quelques excités du pulvérisateur qui déversent leurs ratages sur nos murs. Parce que, si Monsieur Plume n’a pas fait des études spectaculaires, son talent est impressionnant. Qu’il s’attaque à une version revue et corrigée du Radeau de la Méduse (en Espagne) ou à un abstrait minutieusement millimétré (on pense à Raymond Moretti), qu’il retrouve ses souvenirs de BD ou qu’il plonge dans l’hyperréalisme, son travail (on lui pardonnera un peu trop de crânes, mais c’est la loi du genre) est celui d’un grand.

Ce qui explique qu’on le retrouve aussi à La Réunion, au Canada, en Islande ou aux États-Unis. « J’essaie de renvoyer un regard sur notre société, de montrer ce que j’en vois en travaillant, en traînant. Donc j’attends au moins une réaction de la part des passants face à cette image populaire que peut être le visage (…) bien que j’en vienne à des choses plus abstraites qui sont le résultat de sentiments plus enfouis, plus complexes, plus personnels… » (Artist Up)

Graffeurs au château de Crissay-sur-Manse
Un petit air de Raymond Moretti dans le travail de Monsieur Plume. (Photo DR)

Autre coup de chapeau : il profite de son talent pour s’adresser à des milieux défavorisés, par exemple en organisant un atelier pédagogique en Normandie avec des lycéens d’un quartier de banlieue parisienne ou en intervenant dans les prisons.

Le dimanche 7 juillet, il sera accompagné d’autres artistes (Ruce, Sema Lao, Gutan, Itvan K, Icar…) qui, comme lui sans doute, voient dans leur approche « une intrusion dans la face cachée de notre société ». Un rendez-vous original, évidemment, mais surtout la découverte d’un univers trop souvent cantonné aux débordements balbutiants qui envahissent nos murs.

Les Graffeurs au château ont leurs fidèles et méritent que l’on pousse jusqu’à Crissay-sur-Manse. Pour faire repeindre sa voiture, il faudra tout de même prendre rendez-vous…

Dimanche 7 juillet de 11 heures à 21 heures au château de Crissay-sur-Manse. Accès gratuit. Restauration et buvette.