Personnage attachant et peintre convaincant, Dominique Spiessert est décédé en janvier 2024. La Galerie Veyssière (du 23 janvier au 6 février 2026) et le Château de Tours (jusqu’au 26 avril) lui rendent hommage.
L’occasion, pour ceux qui l’ont connu, de retrouver une figure tourangelle, et, pour les autres, de découvrir une œuvre à l’image de son auteur, fantasque et brillante.
Il avait le regard tendre d’un Pierrot lunaire, un sourire complice gentiment narquois. Il était une « figure tourangelle » comme on dit, une silhouette presque effacée et toujours présente. On le croisait souvent, juste au-dessous de chez lui, quand il quittait un appartement qui lui rappelait, disait-il, la caravane du cirque Pinder où il avait vécu, assis à une table du Tourangeau. Un bar que l’on n’ose plus qualifier de « branché » ou de « baba-cool », au risque d’être qualifié de « baby-boomer », insulte suprême désormais et totalement assumée en ce qui nous concerne.
Dominique Spiessert s’y trouvait bien, dans une ambiance de convivialité tranquille qui lui ressemblait. Et puis, il retournait à ses pinceaux, à son monde, à son imaginaire que certains pourraient trouver enfantin, ce qui ne serait pas une injure pour autant.
Dominique Spiessert a quitté ses pinceaux il y a deux ans, en janvier 2024, de manière tristement inattendue. Que la Galerie Veyssière et le Château de Tours lui rendent hommage en ce début d’année est une heureuse décision.
Un art de façade

Ce n’est pas la première fois que Dominique Spiessert voit ses œuvres accrochées aux cimaises de la Galerie Veyssière. Comme souvent, il en avait même décoré la vitrine, d’un de ces cercles mystérieux qui interpellaient les tintinophiles férus du Temple du soleil.
Une habitude, chez lui qui n’hésitait devant aucun support. Il s’était aussi attaqué à la façade du Bateau Ivre, en peinture et en projection pour une fantasmagorie lumineuse – qui devrait couvrir de honte les barbouilleurs adeptes de la bombe pseudo-libertaire, mais pas les graffeurs, desquels il était proche – ou à celle d’un hôpital de Chinon. Mais il pouvait aussi se contenter d’une assiette en carton, d’un bout de papier kraft (voire de sommaires de catalogues ou d’Atlas) ou de statuettes de pingouins…
L’asso à Dodo
Après la disparition de Dominique Spiessert, ses amis ont voulu que son souvenir demeure. Au-delà de l’affection, ils font en sorte que son travail soit toujours visible :
« Une association de plus ? Non ! Comme son nom l’indique, plutôt une réunion d’amis, de connaisseurs, et, surtout, de passionnés. Certains le connaissaient comme Spiessert, pour d’autres plus proches c’était Dodo : il aimait dire “comme l’oiseau disparu” d’un air amusé, guettant notre réaction et notre connaissance à propos de ce volatile sympathique. »
On peut donc prendre sa carte pour rejoindre la réunion : « Le rôle de cette nouvelle association va permettre la mise en place de nombreux événements, allant de l’exposition à la rencontre avec d’autres artistes, à la publication d’une monographie ou à la réunion avec des écrivains, des poètes. »
Le cercle de ce poète disparu s’appelle tout simplement Association des amis de Dominique Spiessert.
Et, pour en savoir plus et entrer dans la bande, c’est ICI qu’il faut « cliquer ».

Quel que soit son support, Dominique Spiessert libérait toujours un imaginaire qu’un regard trop pressé aurait pu qualifier d’enfantin, comme déjà dit plus haut. Quoique… Il y a une éternelle jeunesse dans son travail. Jeunesse passée au contact du Cirque Pinder, propriété de sa famille. Alors, que l’on retrouve dans sa peinture les couleurs des affiches circassiennes, parfois, des animaux merveilleux, toujours, c’est sans doute normal : «Enfant, le chef décorateur du cirque lui fait découvrir Jérôme Bosch et Brueghel, une influence qui le marquera et qui fera naître ses personnages drolatiques » rappellent sa fille et son ex-épouse. Une particulière affection pour Ubu-roi, d’Alfred Jarry, confirme un certain goût pour le fantasque, peut-être même l’absurde.
Fantasque, donc, Dominique Spiessert est pourtant passé par l’École des Beaux-Arts de Tours où il travaillera avec Pierre Vignac, autre « local de l’étape ». Mais il développera vite un style particulier, un langage foisonnant et maîtrisé auquel il restera toujours fidèle.
La bête à Dodo

Un bestiaire qui ne fait pas peur, des portraits qui font sourire, quelques autres œuvres plus « sérieuses » (mais qu’est-ce que cela veut dire ?), le travail de Dominique Spiessert est pour le moins foisonnant. Le cadre est saturé, même s’il ne déborde jamais. Les profils se chevauchent, se confrontent, s’accompagnent. On a envie d’y mettre sa patte (sic), de jouer avec ce puzzle qui veut dire tant de choses. Parfois – il faut bien jouer à ça aussi – on pense à Cocteau. Souvent, on se dit que ces personnages s’envolent vers les étoiles de Chagall pour y retrouver un cheval évadé du cirque. Mais, toujours, on comprend que ce langage, ces chants (on ne crie pas chez Spiessert) parlent à tous.
Une calligraphie fantasque accessible dont l’aimable folie cache une méthode totalement domptée. Pas étonnant s’il eut le coup de foudre pour un artiste japonais : « Il nous raconte la fascination qu’il a eue pour un autre sorcier rencontré au Japon. Un performeur qui méditait longuement, projetait son geste, visualisait son dessin, puis qui calligraphiait une feuille aussi étendue qu’une salle » (oart.fr).
On sera toujours ami avec les bêtes à Dodo, son surnom amical, avec ses personnages plus touchants que grotesques. On sourira à ses clins d’œil, à ses petites provocations, toujours soumises à la poésie de ses images. Une balade poétique, donc. Une promenade fraîche et sensible qui se fera au Château de Tours en compagnie d’une ombre malicieuse et chaleureuse. C’est bien et c’est bon. Et c’est rare. Un artiste tourangeau honoré par sa région, même s’il a été exposé à travers le monde (quitte à préférer rester dans son « petit Liré », plutôt qu’aller se frotter à New-York, qui l’invitait, quand l’envie ne l’y prenait pas), sans attendre la patine des siècles, ça n’arrive pas tous les jours.

Et, pour ceux qui auraient le coup de foudre et que les gardiens auraient retenus avant qu’ils ne décrochent le Spiessert de leur cœur, qu’ils se dirigent à deux pas de là, à la Galerie Veyssière pour débuter leur collection. En toute complicité : le tenancier du lieu était un des copains de l’artiste.
L’amitié, avec Dominique Spiessert, on n’en sort pas si facilement.
Au Château de Tours, du 23 janvier au 26 avril 2026.
À la Galerie Veyssière, 25 Rue Colbert, à Tours, du 23 janvier au 6 février 2026.
Pour voir le catalogue de la Galerie Veyssière, c’est ICI (1)
Pour devenir un « Ami de Dominique Spiessert », c’est LÀ (1)

