Clémentine Odier au Château de Tours
Comme un grain de sable…

Dernière mise à jour le 11 mars 2022

Plages, paysages, intérieurs et même poissons. Clémentine Odier, qui exposera au Château de Tours du 28 janvier au 18 avril 2022, se moque du choix de ses sujets, mais pas du visiteur.

Vérification possible 2 avril à 15 h 30 lors d’une visite commentée par l’artiste elle-même.

Clémentine Odier expose au Château de Tours
Des baigneuses impressionnantes de vie. (Photo DR)

D’abord, se débarrasser des images que notre cerveau, nourri de La Peinture pour les nuls, nous impose. Oui, les premières baigneuses de Clémentine Odier peuvent évoquer celles de Gauguin. Oui, ses œuvres récentes, nourries d’une technique plus originale, peuvent évoquer le pointillisme de Seurat. Oui… mais.

Gauguin enfermait ses aplats dans un trait impératif. Clémentine Odier les libère. Pas de ligne contraignante. Ses sujets vibrent, comme un paysage sous le soleil.

Seurat ? Peut-être. Celui du pointillisme à peine perceptible, alors. Parce que la technique de Clémentine Odier la plus récente trompe l’œil, persuadé de distinguer un assemblage d’éléments infimes. Erreur. Le sable de la plage est entré dans la matière. Il capture la lumière dans le cadre et la distille lentement. Et une surface surprenante, comme fripée, fragmente imperceptiblement les masses. Une matière mystérieuse – et séduisante – qui entre dans ses Intérieurs, effleure ses Paysages, et fascine.

Les hasards de la vie

Clémentine Odier expose au Château de Tours
L’artiste fut aussi modèle. (Photo Jean-Do Lacroix)

Il est temps de s’intéresser aux sujets… et à l’artiste. Clémentine Odier fut modèle en même temps qu’élève. Elle aime les nus, qu’elle laisse alanguis mais charnels, ou les presque nus, attrapés sur une plage, par hasard.

Le hasard, c’est un peu son compagnon de chevalet : «  Il y a les hasards de la vie : quand je dis que j’ai peint beaucoup les plages et la Normandie, c’est parce qu’on m’a prêté une maison en Normandie pendant 15 ans. La musique, les musiciens ? Je suis mariée à un violoniste. […] C’est la vie qu’on mène qui amène le sujet. Je continue de penser que le sujet n’a pas d’importance. Quand je regarde une peinture, je ne regarde pas le sujet.  » (Sur la peinture)

Donc, un séjour en bord de mer lui fait découvrir des baigneuses « en vue aérienne »  comme autant de taches de couleurs. La « série » durera dix ans, à partir de notes, de croquis. Puis, le travail s’est affiné en atelier (surtout pas à partir de photos, elle déteste : « La peinture littérale d’après photo n’a pas droit de cité pour moi. Cela ne rime à rien de nous donner un duplicata de ce qu’on a sous les yeux. […] Ce qui m’importe, c’est la peinture en devenir, la peinture vivante. ) et s’est élargi à la plage tout entière.

La “peinture-peinture” de Clémentine

Le violon de son mari, la musique, donc, entre dans le cadre et accompagne les nus. Le style, puissant depuis toujours, dilue impressionnisme et naïf, sans jamais se perdre. Clémentine Odier suit son chemin, acceptant les leçons mais éloignant les influences. Démonstration avec l’hommage à son maître, Rémy Aron, dont le travail évoluait entre cubisme et surréalisme. Clémentine Odier apprécie son enseignement tout en continuant obstinément à faire sa « peinture-peinture », comme elle le dit..

Clémentine Odier expose au Château de Tours
La musique est entrée dans le cadre. (Photo DR)

Le visiteur du Château de Tours en promenade sur les plages de Clémentine Odier aura sans doute, pour reprendre Christian Favereau, maître des lieux, de frissonnantes impressions, « comme si le passé transgressait le temps pour redevenir présent et livrer à notre imaginaire de bien curieuses « madeleines » que ne pourraient renier celles de Tante Léonie… ».

Mais il devra aussi prendre le temps d’aller au-delà, comme l’artiste, qui suggère de « s’immerger, surtout ne pas bouger, trouver le silence, être aux aguets, chercher sans être pressé, ouvert, le plus ouvert possible, distinguer les chemins qu’on ne soupçonnait pas… »

On n’est pas obligé d’apporter sa serviette…

Au Château de Tours, du 28 janvier au 18 avril 2022.
Une visite commentée par Clémentine Odier en personne aura lieu le 2 avril à 15 h 30.