Une génération s'en va, une autre s'en vient... (Photo DR)
Elle manie la ligne, la tord, l’emmêle, lui donne plusieurs dimensions, la suit jusqu’au ciel, parfois. Ana Lima-Netto expose son travail au Château de Tours jusqu’au 16 janvier 2022.
Au commencement était la ligne. Celle qu’Ana Lima-Netto trace au fusain, celle, brouillée puis reformée, qu’elle accroche aux murs, celle qu’elle met en volume en utilisant de fins fils de fer. Rien à voir, a priori, avec son métier initial d’architecte, adepte de la règle et du compas.
Une ligne, faussement volage, qui la conduit, après avoir quitté le figuratif, à s’interroger pour savoir s’il n’y a Rien de nouveau sous le ciel (Nada de novo debaixo do Céu?), le titre de l’exposition que reçoit le Château de Tours, lieu historiquement modeste mais, culturellement, en première… ligne.
Les histoires de la poétesse

Car Ana Lima-Netto ne se contente pas de chercher la forme, qu’elle soit en deux ou trois dimensions. Elle y voit « la mémoire cosmologique de l’univers, qui nous invite à une réflexion sur l’équilibre des choses », l’une de ses trois « narrations poétiques, » à laquelle il faut associer (on résume) la ligne, déjà citée, « comme unité de base […] dans la définition des réseaux, […] qui invoque des idées de chaos, de mouvement continu (temps) et nous ramène aux connections de différents univers où nous évoluons (visible/ invisible, réel/virtuel) », et, troisième narration, « la réflexion sur le processus de la perception de l’image, du visuel avec lequel nous construisons notre mémoire. »

Comme toute œuvre contemporaine, le travail d’Ana Lima-Netto laisse libre cours à l’imaginaire du spectateur. Une liberté assumée quand elle dit : « Nous faisons notre propre choix en projetant nos pensées, nos désirs et nos rêves et la variable est donc une faculté différenciée. » L’observateur pourra jouer de sa paréidolie (cette proportion qu’a le cerveau humain à deviner des formes dans des figures liées au hasard, comme les nuages, jeu bien connu des sorties en famille) face à des nuées de traits aussi maîtrisés que fantasques.
Les choses sont imprévisibles
Une balade dans ses productions permet de se perdre dans The unpredictability of things comme face à un univers de bulles galactiques, d’effleurer une texture parfois presque végétale avec Understanding the relative importance of things ou hésiter entre pierre et chair devant ses Portraits of silence.

Que verra-t-on dans Une génération s’en va, une autre s’en vient ? Des arbres nouveaux sous le ciel ou des enfants aspirant à s’élever en dansant ? « A chaque exposition, je prétends séduire et questionner l’observateur […] par l’attention particulière que je donne à la construction des images dit Ana Lima-Netto.
C’est réussi.

Il y a des hasards qui n’en sont pas. Si Ana Lima-Netto est portugaise (après avoir abandonné sa carrière d’architecte pour se consacrer entièrement à la peinture, elle enseigne la peinture expérimentale à la Société nationale des Arts Appliqués de Lisbonne), le chemin qu’elle a emprunté pour venir à Tours a croisé celui d’une tourangelle bon teint, Yolande Tanchou.
À Lisbonne, un enseignant français, Jean-Michel Albert, est l’un des fondateurs d’ALFA (Association Luso Française d’Art). Parce que la routine lui pesait, il a décidé d’organiser des expositions d’artistes français au Portugal, et inversement.
C’est donc une tourangelle bien connue (elle a notamment exposé à la galerie Sigma d’Élie Veyssière), Yolande Tanchou, que l’on a retrouvée du côté de Belem en 2019. Et c’est une portugaise tout aussi connue, Ana Lima-Netto, que l’on retrouvera à Tours, avec la complicité d’ALFA.
Le monde de l’art est petit, quoique sans frontières, évidemment.

