Il annonce un “solo dansé par deux personnes”. Comprend qui peut. Ou qui voit. Ce sera Une forme brève, une « heure curieuse » avec Rémy Héritier, au Centre chorégraphique national de Tours, le 12 mars 2020.
Les créateurs ne sont pas toujours très accessibles au grand public quand ils parlent de leur travail. Généralement, ça s’arrange quand on voit le produit fini. En décrivant Une forme brève, sa création menée au CCNT dans le cadre d’une résidence comme « le lieu d’une chorégraphie où convergeront des focales d’attention différentes pour les spectateurs, avec pour horizon d’abolir la frontière entre soi et son environnement », Rémy Héritier n’abolit pas la frontière entre l’interrogation et la perplexité.

Le Centre chorégraphique et sa bio rappellent que « le travail de Rémy Héritier est principalement lié aux problématiques de l’espace et de la mémoire », soit une « fouille archéologique d’un contexte donné ». Plus localement, « Une forme brève, dont la scénographie est pensée comme un leurre visuel et spatial, proposera un solo dansé par deux personnes. » Un solo pour deux, c’est surprenant. Rémy Héritier avait déjà joué sur le solo à double face avec Percée Persée, mais il s’agissait d’un danseur et d’un musicien.
Gestes, lumière, musique, espace
En ce qui concerne le travail qui sera présenté à Tours, le chorégraphe ajoute : « Pour montrer à la fois les sources, les processus et les résultats, mes recherches m’ont conduit à […] cette idée de cartographier à l’intérieur d’une création, […] articuler des recherches autour des notions de permanence d’une œuvre chorégraphique, de rite et d’entropie. » Que ceux qui ont compris du premier coup nous écrivent.

Cela dit, si l’approche est ardue, le spectacle devrait être séduisant. Rémy Héritier sait comme personne fusionner lumières, paroles et gestes. Des gestes épurés qui sont autant de mots issus d’un discours étranger et familier. Sa conquête de l’espace est inscrite dans la chorégraphie comme un élément premier, que l’on retrouvait dans Atteindre la fin du western, dont il disait que son approche était « comme la mise en relation du témoin et de l’événement, du champ et du hors champ, de l’objet et du sujet, de la position et de la disposition, du plateau et de la salle ».
Confirmation, sans doute, avec Une forme brève, qui sera présenté au CCNT dans le cadre de ses « heures curieuses » et dont le chorégraphe dit : « La musique sera comme un volume sculptural qui produira de l’espace tandis que la lumière aux allures d’une météorologie singulière produira de la durée. »

