Festival Bruissements d'Elles 2023
Voilà vingt-trois ans que ces Bruissements d’Elles font le printemps en Touraine. Un festival féminin, évidemment, mais pas seulement militant, qui se déroulera durant tout le mois de mars 2023.
Certes, la volonté initiale est toujours là : « Bruissements d’Elles a à cœur de mettre la femme en valeur. Ce festival a pour but de valoriser la création artistique féminine, domaine dans lequel les femmes sont encore trop peu connues et représentées » rappelle le programme. Certes, en vingt-trois ans, le festival a passé les murs de ses villes de naissance, La Riche et Joué-lès-Tours, pour essaimer dans l’agglomération de Tours, et au-delà. Certes, les scènes, les cimaises, les écrans où Bruissements d’Elles pose les pattes ont la parole féminine affirmée depuis longtemps.

Normal, puisqu’il reste dans cette foutue société un certain nombre de mâles qui se croient encore dominants et qui ne parviennent pas à comprendre que des primates, mâles et femelles prétendument évolués, « naissent libres et égaux en dignité et en droits », comme on dit. Pour citer Jim Harrison : « L’homme est un chimpanzé avec des clefs de voiture. » Pour ceux et celles qui ne le sauraient pas, Jim Harrison est l’auteur de Dalva, un roman sublime et, mine de rien, sans doute le plus bel hommage à la femme que l’on puisse imaginer. Mais c’est un autre sujet.
Victoire pour l’égalité
Donc, Bruissements d’Elles (diable, que ce nom est beau) milite pour l’égalité des sexes, tout particulièrement dans la culture. Et la preuve de sa réussite, c’est sans doute que le message combattant est devenu, pour le spectateur, naturel, presque passé au second plan, faisant du festival une manifestation culturelle à part entière, grand public et, par voie de conséquence, égale à toute autre. Une vraie victoire, en douceur, mais en profondeur.
Et, quitte à remporter une victoire, autant occuper tout le terrain. Bruissements d’Elles, pour reprendre une formule stupidement à la mode, aligne des jeux de dames qui « cochent toutes les cases ». On y passe de la musique au théâtre, du cinéma à la sculpture, etc. Une vingtaine de rendez-vous, ce qui commence à compter.
Une quinzaine de lieux, aussi, du Bateau Ivre de Tours à La Parenthèse de Ballan-Miré, de La Pléiade de la Riche à l’Espace Malraux de Joué-lès-Tours, sans oublier, évidemment, nos amis de La Grange de Vaugarni, à Pont-de-Ruan.
Survol à tire d’elles sur les spectacles
Divertimento
Un film tout frais sorti (le 25 février) avec un thème inattendu. Dans une banlieue, deux jumelles veulent réussir dans la musique. Surprise, il ne s’agit pas de rap ou de break danse mais de musique classique. Zahia veut être cheffe d’orchestre, Fettouma violoncelliste. Leur orchestre s’appellera – peut-être – Divertimento, et c’est une histoire vraie. (Jeudi 2 mars à 14h30 et 20h30, La Parenthèse à Ballan-Miré, et mardi 7 Mars 2023 à 20h30, La Grange à Luynes).
Duchesses
Quatre tourangelles qui se croient au bord du Mississipi. Fallait oser, et c’est rudement réussi. Le quatuor chante le blues et la soul. On s’y croirait, nous aussi. (Au Bateau Ivre, Jeudi 2 mars à 19h30)
The Blind Suns
Après la douceur tourangeo-louisianaise (???), on entre dans le dur avec un duo angevin pop rock au riffs branchés sur la haute tension. « Ils se parent d’un son beaucoup plus rock voir parfois punk à l’image de ce premier single ou anti-single Knives Out tendu de bout en bout où voix et guitares crient leur rage à l’unisson » dit LMP Musique. (Au Bateau Ivre, jeudi 2 mars, deuxième partie de la soirée d’ouverture du festival).
La femme qui ne vieillissait pas
Une pièce adaptée du roman de Grégoire Delacourt. Une femme, photographiée chaque année au fil de sa vie, ne quitte pas ses trente ans. Mais son âme évolue, jusqu’à un dénouement… que l’on ne vous révélera pas. Seule en scène, Françoise Cadol, qui a adapté le texte. La mise en scène est de Tristan Petitgirard, connu pour la mise en scène de La machine de Turing. (Vendredi 3 mars 2023 à 20h30, L’Escale à Saint-Cyr-sur-Loire)

Les filles aux mains jaunes
Quatre femmes dans une usine d’armement sans hommes (sans doute pendant la guerre de 14-18). Conditions difficiles mais évolution des esprits. L’une d’entre elles, « suffragiste » et journaliste libertaire, va les aider à se révéler. Le féminisme moderne à ses débuts. Une pièce découverte au festival off d’Avignon. (Samedi 4 mars 2023 à 20h30, La Pléiade à La Riche).

Les Marie(s) HD
En vrai, elles s’appellent Marie-Hélène Brunet et Dédeine Volk-Léonovitch. Mais on les appelle les Marie(s), elles jouent du burlesque à fond la caisse mais savent aussi chanter ou être poétesses. Nées quasiment à Vaugarni (les responsables du lieu n’en sont pas peu fiers…), elles y retournent pour le festival avec un conférence sur l’amour. On y croit ou pas…

Sauvons les pâquerettes
Déjà, le nom de la compagnie est marrant : Pelouse secours. Et ses membres ont décidé de sauver ce qui pousse ici et là. Ils ont besoin des enfants pour les aider et c’est pour cela que ce spectacle s’adresse à eux (qui peuvent emmener les parents, cela va de soi). Pour jardiner, ils chantent et jouent de la musique. Madeline Ardouin, voix, violon et ukulélé, est accompagnée de Rémi Bénard, voix et guitare. (Samedi 11 mars 2023 à 16 heures, Salle Ockeghem à Tours).
De Plumes et d’Elles
Un spectacle au nom adapté au festival. La PeTITe compagnie sort de ses émois habituels (Émoi a été donné à l’Espace Malraux récemment) ou de son approche de Kafka pour faire entendre par des textes, dits ou chantés, « les mots délicats, les verbes crus, les rimes affirmées de celles et ceux qui racontent, se confient, combattent pour l’égalité, l’indépendance, l’émancipation des FEMMES. » (Samedi 11 mars 2023 à 16 heures, Médiathèque La Canopée d’Azay-le-Rideau).
Pardon !
De la danse contemporaine mais aussi, c’est dans le slogan de la compagnie, de l’humour. D’ailleurs, ils ont créé un autre spectacle dénommé Adsurbe. La Oups dance company cultive « originalité et performance« . Pour le festival, cela passera par un assemblage de classique et de musique contemporaine.
37 heures
Elsa Adroguer raconte « un conte de faits« , ceux qu’une adolescente a vécus à 16 ans, « lorsqu’elle a rencontré Christian, son moniteur d’auto-école, un homme plus vieux, le premier homme de sa vie, le prince charmant qui la violera pendant des années et la séquestrera. Seize ans, c’est aussi le temps qu’il aura fallu pour que la victime puisse parler de son drame. (Samedi 11 mars 2023 à 20h30, Oésia à Notre-Dame-d’Oé)
Amours
Visite à la bourgeoisie du Cher au XIXe siècle. Le notaire et sa bonne, l’épouse trop froide pour le tempérament du mari, le « droit » de cuissage d’icelui sur l’employée… Et quand l’enfant – illégitime – paraît, on cache le scandale en faisant adopter par la bourgeoise le rejeton issu des amours ancillaires. Fin ? Non, parce que la bourgeoise va adopter l’enfant, froidement, et se rapprocher de la servante, chaleureusement. Et tout va exploser. Soudain, on passe de Flaubert et Zola à MeeToo et à des préoccupations contemporaines, dans un spectacle qui mêle théâtre, danse et marionnettes. La pièce est adaptée par l’Arbre compagnie du roman de Léonor de Récondo, violoniste, cheffe d’orchestre et romancière. (Vendredi 17 mars à 20h30 à La Grange de Luynes)

Anissá Bensalah
Quand on est née à Haïti, que l’on a vécu à Dakar puis à Beyrouth, que l’on est franco-algéro-brésilienne et que l’on aime chanter, pas sûr qu’il soit facile de trouver son style. Alors, quand on arrive à Paris, on travaille la musicologie, la musique classique, le jazz et la musique brésilienne. Et quand on arrive sur scène, quand on ne trahit jamais son passé et que l’on le marie au présent, cela donne un récital au cosmopolitisme séduisant, dominé par le Brésil (ou par Beyoncé!) mais où toutes les autres racines s’épanouissent à l’ombre du jazz. (Vendredi 17 Mars à 19 heures à la Médiathèque de La Riche)
Dorothée Doyer
Tourangelle installée au Mans, elle joue aussi du mélange de style. Jazz, gospel, hip-hop, pop aboutissent à un style qu’elle assume en solo après avoir collaboré avec Ben l’Oncle Soul et le Cirque du Soleil, ce qui relève d’un éclectisme bien compris. Un carrière solo toute fraîche, donc qui lui permet, dit-elle, d’ »écrire les mots au plus proche de mon âme, être face à mes peurs mais aussi à ma rage et à mes désirs. » (Samedi 25 Mars à 20h30 à la Salle Louis Renard de La Ville-aux-Dames)
Camille et Julie Berthollet
Les deux sœurs prodiges du classique dont nous avions déjà parlé ICI, lors de leur passage à l’Espace Malraux en 2019, elles y reviennent pour un récital bien dans leur style, iconoclaste, au néanmoins pour les amateurs de classique… très classique. Cette fois, la violoniste et la violoncelliste, toujours aussi délurées et sympathiques, s’offrent un programme uniquement consacré aux séries télévisées, nostalgie du petit écran en noir et blanc en prime. (Vendredi 24 mars à 20h30 à l’Espace Malraux de Joué-lès-Tours)

D’autres manifestations sont prévues par Bruissements d’Elles (expositions, conférences…). Le détail du programme se trouve ICI.
Durant tout le mois de mars 2023, dans divers endroits du département d’Indre & Loire
Pour réserver il faut passer par la programmation, ICI (1)

