21 mai 2026
Ô mon bel inconnu à l'Opéra de Tours.

L'affiche du Palazzetto Bru Zane.

Encore une programmation originale à l’approche de Noël sur la scène de l’Opéra de Tours. On y chantera Sacha Guitry sur une musique de Reynaldo Hahn. Ce sera Ô Mon Bel inconnu, et ce n’est rien de le dire…

Décidemment, Laurent Campellone ne trahit pas ses engagements. Même quand il s’agit d’aller programmer une opérette (traditionnelle à Noël mais, autre originalité, donnée avec une semaine d’avance…), il ne puise pas dans les Chanteur de Mexico et autres Auberge du cheval blanc, nobles productions, certes, mais un brin ressassées.

Ô mon bel inconnu à l'Opéra de Tours.
Du beau monde pour la première…

Pour les festivités 2022, c’est chez Sacha Guitry qu’il est allé argumenter et vers Reynaldo Hahn qu’il a tendu l’oreille. Le résultat s’appelle Ô mon bel inconnu et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ouvrage porte bien son nom, dans tous les sens du terme.

Car, si les fans du genre peuvent vous assassiner en fin de repas de Noël un Poussez, poussez l’escarpolette ou un Je suis Brésilien, j’ai de l’or… entre deux bouchées de bûches et au grand désarroi de la jeune génération, il faudrait qu’ils frôlent le siècle pour avoir pu assister aux premières représentations de ce Bel inconnu, et l’on ne parle pas de la toute première, qui eut lieu en 1933. Certes, on l’a revu depuis, notamment à l’Opéra-Comique en 2011, et ici ou là, à Rennes, par exemple, mais pas tant que cela, donc.

Retour aux sources… de 1933.

L’esprit et les oreilles

C’est donc une bien belle idée que d’aller chercher cet inconnu. Une belle idée qui n’étonne pas quand on sait qu’elle vient du Palazzetto Bru Zane, auquel la scène tourangelle doit déjà quelques perles pêchées dans le répertoire du XIXe siècle qu’il a vocation à explorer. On se souvient notamment d’une Vie parisienne habillée par Christian Lacroix et d’une pétulante Mam’zelle Nitouche avec Olivier Py.

De ce Bel inconnu, on a dit grand bien dès la création. En ce qui concerne le livret, pas étonnant. M. Guitry n’est pas n’importe qui et le livret était à l’origine une pièce de théâtre, dont on dit qu’elle devait être présentée à la Comédie française. Guitry a changé d’avis, et Reynaldo Hahn a composé ce que beaucoup considèrent comme sa plus belle réussite, en s’appuyant sur des vers déjà écrits.

Ô mon bel inconnu à l'Opéra de Tours.
L’affiche du Palazzetto Bru Zane.

Petit florilège des critiques de l’époque : « Un véritable enchantement, pour l’esprit comme pour les oreilles, et une réussite d’art de la plus délicate qualité. » (L’Illustration) « Ô mon bel inconnu est une de ces fantaisies savoureuses où la verve irrésistible de Sacha se nuance en profondeur avec une aisance inimitable. […] Reynaldo Hahn est arrivé à se créer un style d’une souplesse, d’une plasticité et d’une finesse qui lui permet d’écrire de la grande musique dans le cadre de la petite. » (Émile Vuillermoz dans Candide) Joliment dit.

Le vaudeville et l’opérette

L’argument aurait pu facilement être modernisé. On y trouve un chapelier qui s’ennuie, qui passe une annonce pour trouver un « âme sœur », et qui reçoit des réponses… de sa femme, de sa fille et de sa bonne ! Tinder et Meetic ne sont pas loin.

De quoi piquer une grosse colère mais le monsieur comprend qu’il n’est pas le seul à avoir du vague à l’âme et monte un stratagème dont tout le monde sortira heureux, non sans avoir vécu une rafale de quiproquos comme le veut le genre et un avalanche de mots d’esprit, comme le voulait l’auteur. On est dans du vaudeville, tout de même.

Ô mon bel inconnu à l'Opéra de Tours.
Un succès dès la première. Comme ici dans Gringoire, une critique toute en vers !

L’action se passe majoritairement dans une chapellerie (puis dans une villa à Biarritz), ce qui convient à la scénographe, Anne-Sophie Grac : « La boutique de chapeaux est à elle seule une source d’inspiration débordante. À la manière des images de contes, nous souhaitons créer un univers onirique et singulier, tout en conservant l’élégance de l’époque. »

La direction musicale sera confiée à Marc Leroy-Calatayud. Les rôles principaux seront tenus par Marc Labonnette (Prosper), Clémence Tilquin (Antoinette), Sheva Tehoval (Marie-Anne) et Émeline Bayart (Félicie).

Pour la petite histoire, rappelons que, lors de la création, le rôle de Félicie, la bonne, était tenu par une certaine Arletty, grande amie de Guitry qu’elle faillit épouser. C’était son deuxième grand rôle dans une opérette sur scène, puisqu’elle avait débuté dans Un soir de réveillon, de Raoul Moretti. Une idée pour l’année prochaine, M. Campellone ?

Ô mon bel inconnu à l'Opéra de Tours.
Au centre, une certaine Arletty dans son deuxième rôle dans le monde de l’opérette.

Un vaudeville et une opérette pour le même prix, pourquoi s’en priver ? Sauf si l’on est féministe acharné(e). Sacha Guitry n’a jamais quitté son costume de macho ironique, et surtout pas dans ce Bel Inconnu. Mais il faut toujours se méfier des apparences.

À l’opéra de Tours, les vendredi 16 (20 heures), dimanche 18 (15 heures) et mardi 20 décembre 2022 (20 heures).

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