Mam’zelle Nitouche à l’Opéra de Tours
Un petit air de ne pas y toucher

Dernière mise à jour le 19 mai 2019

© Jeff Rabillon Angers Nantes Opéra

La traditionnelle opérette de fin d’année secoue ses rubans. La Mam’zelle Nitouche qui fêtera le Nouvel an à l’Opéra de Tours est aussi délurée que son héroïne. Avec, en prime, un certain Olivier Py, que l’on n’attendait pas là !

Mam’zelle Nitouche a côtoyé Raimu, Fernandel et Louis de Funès. Propulsée sur les planches en 1883, la demoiselle gentiment effrontée déboule avec un tonus de jeunette à l’Opéra de Tours. Grâce en soit rendue à Pierre-André Weitz qui, après avoir exhumé les méconnus Chevaliers de la table ronde du même Hervé, a embarqué la Mam’zelle dans une aventure dopée aux amphétamines.

Esprit, es-tu là ?

Des grâces à rendre aussi au Palazzetto Bru Zane (alias Centre de musique romantique française). Très sérieuse institution, capable de plonger dans les archives pour y repêcher des partitions en perdition comme d’organiser des colloques sur la musique sacrée de Gounod, elle met pourtant, depuis Venise, un point d’honneur à soutenir « les genres légers qui caractérisent l’esprit français  ».

Les gens du palazetto ont vu dans Mam’Zelle Nitouche un « opéra révolutionnaire  », ce qui se traduit par une affiche qui détourne La Liberté conduisant le peuple de Delacroix, avec fleurs mais sans fusils. Les étoiles qui cachent pudiquement les seins de la plantureuse jeune femme moquent sans doute un politiquement correct contemporain que n’a pas connu Hervé. Car le livret de Henri Meilhac (sans Halévy) et Albert Millaud s’assoit joyeusement sur la religion et la bien-pensance. Cela dit, l’ensemble ne doit pas être si blasphématoire : même La Croix invite à aller voir le spectacle…

Soit, donc, un couvent (des Hirondelles) dont l’organiste mène une double vie. Il enseigne le Gloria le jour et produit des opérettes la nuit. Étrange situation qui est aussi une autobiographie : Hervé fut organiste de Saint-Eustache, tout en composant pour le théâtre, à l’instar de son personnage Célestin/Floridor.

Doublement vôtre

Pas très catholique tout ça, mais cette dualité (duplicité ?) sous-tend l’ensemble de la pièce et se retrouve dans tous les personnages. Car militaires et nonnettes ont aussi des pulsions cachées. À commencer par la jeune Denise qui partage les rêves de son professeur et deviendra Mam’Zelle Nitouche à l’issue de péripéties foldingues qu’il est toujours plaisant de retrouver.

Sur scène, c’est le grand délire, jusqu’au décor tournant qui fait passer d’un lieu à un autre à la vitesse d’un jupon de danseuse de cancan. Les costumes sont fous (on y croise des slips kangourous et des saintes court vêtues), les chorégraphies sont aussi enlevées que les dialogues (importants puisqu’il s’agit, selon Hervé d’un « vaudeville-opérette  ») et les comédiens/chanteurs s’en donnent à c(h)œur-joie. Parmi eux, l’inattendu Olivier Py, échappé d’Avignon et de Shakespeare pour se délecter d’un rôle trop drôle et surprenant pour être dévoilé.

© Jeff Rabillon Angers Nantes Opéra

Devant tant d’enthousiasme, d’imagination, de créativité et de bonne musique, difficile de rester de plomb (comme le soldat chanté au premier acte) face à la détonnante demoiselle !

27, 28, 30 et 31 décembre 2018 à l’Opéra de Tours

Distribution et informations pratiques