Ollioules-Tours via Moscou et Manaus : Laurent Campellone et un début de programme à l’Opéra de Tours

Il a beaucoup navigué, le nouveau directeur de l’Opéra de Tours. Voilà qui lui sera utile pour prendre la barre d’un navire qui joue La Tempête depuis plusieurs années.

Laurent Campellone jette l’ancre rue de la Scellerie, et ça tangue sérieusement. Ce qui n’a pas empêché la mise en place d’un début de programme en attendant l’arrivée du nouveau patron (voir notre encadré).

Il a eu une jeunesse éclectique, le jeune Ollioulais. Né sous le Gros Cerveau (le mont qui domine la ville, rien à voir avec ses compétences), Laurent Campellone a tâté du tuba, des percussions et même du chant. Il s’est aussi essayé à la philosophie. Mais c’est la baguette qui a remporté le morceau quand il s’est inscrit en direction d’orchestre au Conservatoire Frédéric Chopin de Paris, tout en continuant à fréquenter Platon et Descartes.

Une baguette « alerte ». (Photo Ada artists)

Une baguette qui va le conduire à Tours, 34, rue de la Scellerie exactement, à la direction de l’Opéra local. Une adresse peut-être moins tranquille qu’il n’y paraît mais qui ne devrait pas impressionner celui qui a dirigé aussi bien au Bolshoï qu’à Manaus sur les traces de Fitzcarraldo, en passant par Berlin, Moscou, Spoleto, Bogota…

En France, Laurent Campellone s’est arrêté à Saint-Étienne en 2004, pour en devenir le directeur musical. On y a apprécié sa capacité à monter des œuvres « rares » : « Il a relancé une politique de redécouverte du répertoire lyrique français du 19e siècle, dirigeant à ce titre de nombreuses œuvres rares de Massenet (Sapho, Le Jongleur de Notre Dame, Ariane, Le Mage…), de Gounod (La Reine de Saba, Polyeucte), de Lalo (Le Roi d’Ys)… ». (France-Musique)

En septembre 2009, il est devenu Chef principal invité de l’Opéra national de Sofia. « Je dirige beaucoup d’opéras français, mais pas seulement en France, partout dans le monde. C’est 80 % de ma direction. Mais je dirige aussi Verdi, Puccini, le grand répertoire. À la fois par mon goût personnel, par mon expérience et par ce que je sais faire. » dit-il (Classique en Provence)

Offenbach, il aime

La carrière (musicale, pas philosophique) de Laurent Campellone a démarré sur les chapeaux de roues en 2001 par un premier prix au Concours international des jeunes chefs d’orchestre de la Communauté Européenne à Spoleto (Italie). Il avait 29 ans.

C’est vrai qu’après avoir été, à 23 ans, nommé assistant du directeur musical de l’Opéra de Toulon. Il a suivi les cours de Christoph Eschenbach. Bon choix.

Trois-cents oeuvres au compteur. (Photo Ada artists)

Laurent Campellone a du répondant. La suite, c’est la direction de près de trois-cents œuvres symphoniques et d’un bonne cinquantaine de partitions lyriques, en France et ailleurs, avec une technique solide et tonique : « De l’énergie, Laurent Campellone en a à revendre ». ResMusica souligne « Sa baguette alerte à la gestuelle marquée, ses tempos très vifs […], son attention permanente au plateau ».

Tonique aussi quand il s’agit d’enregistrer. Grand spécialiste d’Offenbach (ce qui ne lui interdit pas de s’attaquer à Wagner ou à Bellini, entre beaucoup d’autres), il a récolté le Diapason d’or de l’année 2019 pour son Offenbach Colorature avec Jodie Devos.

Entre plateau et salle d’audience

L’arrivée d’un nouveau chef rue de la Scellerie était attendue avec une impatience certaine. Depuis plusieurs années, la direction du théâtre est agitée comme un hunier dans une tempête wagnérienne.

Tout a commencé avec le départ en 2016 de Jean-Yves Ossonce, son directeur depuis 1999, pour incompatibilité d’humeur avec le nouveau maire de l’époque, Christophe Bouchet (qui n’a pas été réélu). De plus, Jean-Yves Ossonce, dont le talent n’a d’égal qu’un caractère que l’on peut qualifier de rugueux, fait l’objet de plaintes pour « propos humiliants et vexatoires » par certaines choristes, ce qu’il conteste. L’affaire est en cours de jugement.

Jean-Yves Ossonce était remplacé par Benjamin Pionnier. Un successeur qui a dû lui aussi quitter les lieux à la fin de la saison 2020 (écourtée par le Covid) après avoir eu des difficultés relationnelles avec personnel, musiciens et choristes. De plus, il est accusé d’avoir « gonflé » son CV (dès lors, on se demande pourquoi il n’a pas été vérifié par ceux qui l’ont embauché…), ce qui explique probablement une direction d’orchestre que les mélomanes n’ont pas vraiment plébiscitée, même si l’établissement a été désigné Théâtre lyrique d’intérêt national sous sa direction et que lui a été distingué Chevalier des Arts et Lettres.

Laurent Campellone (Photo Ada artists)

Des attaques qui ont conduit à une ambiance plus que déplorable, avec menaces et tags, et que certains artistes ont contestées, voyant en Benjamin Pionnier un « passionné [aux] connaissances énormes, notamment pour tout ce qui touche à l’histoire de l’interprétation des œuvres. » (Première-loge) La nouvelle municipalité n’a cependant pas reconduit Benjamin Pionnier à son poste, qui sera désormais occupé par Laurent Campellone.

Il faut souhaiter à celui-ci une atmosphère plus respirable. Mais ce genre de situation semble une – regrettable – habitude dans le milieu : Laurent Campellone a été lui-même en conflit, qu’il a gagné, avec la municipalité de Saint-Étienne qui l’a licencié de son poste, (« victime d’une joute politique qui ne le concern[ait]pas ») de directeur musical…On peut y croire : « J’ai le goût des expériences humaines » dit-il (Concert classique)

Laurent Campellone devra démontrer qu’il ne s’agit pas d’une damnation en produisant un programme digne de l’un des rares théâtres lyriques de France. Il ne dirigera lui-même que deux fois (« Ce dont nous sommes convenus dans mon contrat, c’est que je ne dirige pas du tout durant cette première saison. Il y a tellement de choses à faire en interne que je dois consacrer tout mon temps et toute mon énergie disponibles à être avec l’administration, avec les tutelles, avec le personnel, avec les musiciens et les choristes pour non seulement sortir de cette crise mais aussi bâtir ensemble les éléments de la saison prochaine » – Concert Classic) et invitera des chefs de renom. La réputation de Tours allait bien au-delà des frontières du département il y a encore peu de temps, il est urgent que ce soit de nouveau le cas.

Évidemment, l’épidémie qui bouleverse la vie culturelle ne va pas lui faciliter la tâche. Il faut espérer que la nouvelle municipalité écologiste comprendra rapidement l’importance du sujet. Ce serait bien qu’à Tours, aussi, la musique adoucisse les mœurs…

 

C’EST DÉJÀ (BON) UN DÉBUT !

Le nouveau directeur et les représentants de la mairie de Tours ont lancé une demi-saison qui se passera de lyrique, en attendant 2021. Imaginée en attendant l’arrivée du nouveau directeur, Laurent Campellone, par Pascal Fardet, le chargé de diffusion de l’orchestre symphonique de Tours, et Antoine Guerber, directeur de l’ensemble Diabolus in Musica, elle fait la part belle aux musiques anciennes, avec quelques détours à travers le monde, de l’Inde à l’Espagne…

Après être resté silencieux pour cause de Covid, l’Orchestre Symphonique pourra enfin ressortir ses instruments, avec trois programmes, notamment sous la direction d’une cheffe, Sora Elisabeth Lee. La jeune coréenne, installée en Allemagne depuis 2012, a dirigé le BBC Philharmonic, l’Orchestre Symphonique de Munich, l’Orchestre Philharmonique de Dresde, l’Orchestre Symphonique de Budapest, ainsi que l’Orchestre de Chambre Ingolstadt Georgian. Cette année, elle est attendue par la Philharmonie de Strasbourg, l’Orchestre de Chambre de Paris au Théâtre du Châtelet, l’Orchestre les Siècles à la Cité de la Musique, entre autres.

Antoine Guerber, fondateur et animateur du festival Les Méridiennes, a souhaité garder l’esprit de son bébé : « Quels que soient vos goûts musicaux, vous serez surpris, étonnés par des personnalités musicales du plus haut niveau, et pourquoi ne pas puiser dans le vivier étonnamment riche de musiciens vivant dans notre bonne ville de Tours et y jouant bien trop peu ? ».

Vendredi 23 octobre (20 heures) : musique traditionnelle mongole et musique du monde (Ensemble Argusan).

Jeudi 29 octobre (20 heures) : Rois et démons, récital lyrique avec Frédéric Caton (basse) et Vincent Lansiaux (piano). Œuvres lyriques de Schubert, Moussorgsky, Berlioz, Gounod et autres…

Mercredi 4 novembre (20 heures) : Musique traditionnelle mongole et du monde (Trio Amrat Hussan Brothers, chant, tablas, harmonium). Chants traditionnels du Rajasthan.

Jeudi 19 novembre : Le jeu des Kyrielle par l’ensemble Artifices. Musiques des XVIIe et XVIIIe siècles.

9 décembre (20 heures) : Carmen Cuisine, fantaisie lyrique et culinaire en « fragnol ». Guitare espagnole classique en première partie.

Jeudi 17 décembre (20 heures) : ensemble Dulces Exuviae, Josquin-Adieu mes amours, chansons Renaissance.

Samedi 7 (18h15 et 20h30) et dimanche 8 novembre (15h15 et 17h30) : Àmes viennoises Emmanuel Pahud (flûte), Paul Meyer (direction) et l’orchestre symphonique de l’Opéra de Tours. « Talentueuse complicité entre le plus grand concertiste flûtiste Emmanuel Pahud et le chef d’orchestre Paul Meyer » dixit le programme.

Samedi 12 (18h15 et 20h30) et dimanche 13 décembre (15h15 et 17h30) : Inspirations italiennes avec Sora Elisabeth Lee (direction) et l’Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours. « Charisme, précision et virtuosité, l’une des cheffes d’orchestre les plus brillantes de la nouvelle génération », dixit encore le programme. Franz Schubert (Symphonie n°6 en ut majeur D.589) et Felix Mendelssohn-Bartholdy (Symphonie n°4 en la majeur Italienne opus 90).

Jeudi 31 décembre (14 heures), vendredi 1er (16 heures et 18h15) et samedi 2 janvier (11h30 et 14 heures) : Comic Orchestra direction Dylan Corlay. « Tour(s) d’orchestre à bicyclette, un délice d’humour et de ravissement à partager sans mesure ! Alliage de chefs-d’œuvre symphoniques revisités, comique de situation et arrangements improbables de Mozart à Montand ».

Spectacle spécialement destiné au « jeune public »

Samedi 5 décembre 15 heures :Jungle, opéra sauvage, par l’association musicale éclats, d’après Le Livre de la Jungle de Rudyard Kipling. « Courir avec Mowgli, Bagheera, Baloo, affronter Shere Khan et le peuple des quatre mains…Juste sauter dans les lianes et revisiter ses rêves fous de jungle, de sauvagerie, de liberté ! »

Séances scolaires les jeudi 3 décembre à 10 heures et 14h30, vendredi 4 décembre à 10 heures et 14h30.

 

L’agenda est accessible sur le site du l’Opéra de Tours en cliquant ICI, en même temps que l’accès aux locations.