Terry Riley & Son au Petit Faucheux
Poppy very good…

Prodige de la musique, père fondateur de la musique répétitive, grand musicien de jazz, amoureux de musique indienne, Terry Riley est, pour le jazz, l’égal d’un Stockhausen ou d’un Philip Glass en classique.

Ce qui signifie que l’entendre au Petit Faucheux en novembre 2020 est plus qu’un événement, c’est un séisme.

Ceux qui ont connu les soirées aux fumées illicites baignant dans la musique de Klaus Schulze et de Tangerine Dream ont passé depuis un moment l’âge de la mauvaise conduite mal accompagnée. À coup sûr, cependant, ils n’étaient pas nombreux, sur leurs canapés à fleurs, fumette ou pas, à comprendre que Schulze empruntait la voie d’un univers musical qui dépassait largement les limites du psychédélisme bourgeois.

Une voie où l’on trouvait du beau monde, avec des noms comme Philip Glass ou Steve Reich, pionniers de la musique dite « minimaliste », voire « répétitive » (les deux pouvant être associées), ce qu’il est convenu de qualifier de musique « planante ».

Et puis Terry Riley, un jeune homme de bientôt 84 ans, qui sera avec son fils Gyan au Petit Faucheux, en novembre 2020. Terry Riley, qu’on se le dise, ce n’est pas n’importe qui. C’est même un monument, selon la formule consacrée.

Terry Riley en concert au Petit Faucheux de Tours
Terry Riley en concert au Petit Faucheux de Tours, un pape en famille. (Photo DR)

Entre Coltrane et Schoenberg

Car le monsieur qui passera la soirée en famille au Petit Faucheux a lui aussi un lourd passé en la matière. Si Philip Glass est passé des groupes expérimentaux au Metropolitan de New-York (on y donne en ce moment son opéra Akhenaton), Terry Riley a exploré mille domaines qu’il a tous intégrés à sa musique. C’est pourquoi la soirée du Petit Faucheux devrait aller du jazz à la musique indienne en passant par le souvenir de Stockhausen. Un assemblage fusionnel, au sens amoureux du terme.

Terry Riley est un génie de la musique, prodige capable de jouer du violon à neuf ans et de composer à quatorze (voire plus tôt, dit-on). Pianiste de jazz (il gagnera sa vie dans les clubs parisiens dans les années soixante), il se passionne pour John Coltrane, Sonny Rollins et Thelonious Monk mais est aussi fasciné par les pièces pour piano d’Arnold Schoenberg. À Paris, il travaille avec Chet Baker, intégrant pour la première fois la bande magnétique à l’orchestre.

Il compose des séquences courtes qu’il répète à l’envi. L’œuvre de référence, ce sera In C, cinquante-trois motifs en Do Majeur (C = Do) « le premier chef-d’œuvre du minimalisme et l’œuvre qui a inauguré une nouvelle ère musicale, après laquelle le monde n’a plus jamais été tout à fait le même » selon The Guardian. La partition tient sur une page mais la liberté donnée aux interprètes de lire chacune des séquences comme il le veut peut faire durer le concert de vingt minutes… à une heure et demie !

Voyage au bout de la nuit

Terry Riley en concert au Petit Faucheux de Tours
Terry Riley à la recherche d’une certaine extase. (Photo DR)

Mieux encore : Riley « invente » les nuits musicales (« all-night concert ») dans lesquelles il improvise à l’orgue sans discontinuer. Il a depuis longtemps intégré la musique électronique à son travail. On en est toujours au temps des bandes magnétiques, des réverbérations. Riley enregistre en même temps qu’il joue et réinjecte le son en direct dans le concert. De la recherche pure, mais surtout du plaisir : « Nous n’étions vraiment intéressés que par ces expériences mystiques. » (The Guardian)

Le terme n’est pas choisi au hasard. Terry Riley se passionne pour l’effet de la musique sur le psychisme. C’est ce qui le conduit en Inde, où il restera plusieurs années. Dès lors, les ragas indien s’ajoutent à la panoplie : « En jouant sur la durée, à l’instar des cérémonies soufies devant mener à l’extase mystique, il s’agit d’amener le public vers un état de conscience propice à la méditation. » (Néosphères)

Tout y passe. L’une de ses compositions « utilise les sons de planètes en rotation captés par la Nasa pour inspirer une méditation sonore sur notre place dans le cosmos. » (The Guardian) Quand on plane avec Terry Riley, on va loin.

Séances d’hypnose

C’est sans doute grâce à Terry Riley que la musique répétitive est sortie de l’underground pour devenir grand public. Il a même influencé par mal de groupes de rock qui ont aimé sa musique hypnotique. Pete Townsend, compositeur des Who, a écrit plusieurs titres en hommage à Riley.

Terry Riley en concert au Petit Faucheux de Tours
Terry Riley, entre jazz, musique indienne et classique magnétique. (Photo DR)

Mais le concert que Terry Riley donnera avec son fils Gyan, sans revenir aux sources, sera proche du jazz. De quoi rassurer les inquiets qui ont peur (à juste titre) de décrocher après avoir plané.

La musique que père et fils déversent est facilement accessible, séduisante même, tout en respectant la philosophie du compositeur : « [Terry Riley] se penche subitement sur une tablette numérique, et en tire des textures synthétiques denses et déstructurées. Son fils monte la saturation de la guitare, et la musique devient alors expérimentale, sombre, alors qu’un violoncelle plaintif résonne au milieu de nappes de synthétiseur. Puis, tout aussi subitement, l’américain retourne à son piano, et livre une nouvelle structure complexe entre jazz et minimalisme, terminant son concert sur une entêtante basse à onze temps. » (à propos du festival Variations qui s’est tenu à Nantes du 23 au 30 avril – Traxmag) La preuve ? La voici.

C’est sûr, Poppy Nogood, surnom donné par sa fille quand était en colère (utilisé dans le titre d’une des compositions de Terry Riley) n’est pas « no good » du tout. C’est même tout le contraire.

Au Petit Faucheux de Tours, samedi 28 novembre 2020 à 20 heures.
Pour réserver, c’est  ICI