Richard Berry reprend ses plaidoiries
Effets de manches au Grand Théâtre de Tours

Il a rempli le prétoire de l’Espace Malraux en décembre 2019. Richard Berry revient plaider au Grand Théâtre de Tours quelques mois plus tard, le 11 février 2021.

Il y a des mots qui écrivent l’Histoire. On connaît le J’accuse de Zola, dans l’Aurore, faisant basculer l’affaire Dreyfus. On sait que Gisèle Halimi, Paul Lombard, et quelques autres ont changé la société contemporaine. Mais on ne connaissait pas vraiment, sauf à avoir assisté au procès, le détail de ces discours, de ces mots, de ces convictions qui ont fait basculer un jury d’assises et, partant, parfois, la loi.

 

Richard Berry plaidoiries à Tours
Richard Berry dit des paroles d’avocats qui ont écrit l’histoire (Photo Céline Niezawer)

On ne les connaissait pas jusqu’à ce que Matthieu Aron les reconstitue (Les Grandes plaidoiries des ténors du barreau, aux éditions Mareuil). Minutieusement, difficilement, précisément. Car, en France, les procès ne sont ni filmés ni enregistrés. Selon la formule consacrée « la procédure est orale ». De ce fait, les plaidoiries ne laissent de traces que dans les mémoires ou dans les notes des avocats.

Des traces, car la plaidoirie est toujours pour partie improvisée, jamais lue. Elle vit en fonction de l’instant, de l’ambiance, du regard des juges ou des jurés. Mais le fond demeure. Les grandes plaidoiries sont des textes essentiels. En reprenant le livre de Matthieu Aron pour jouer plusieurs d’entre elles sur scène, Richard Berry rend hommage à l’avocat, personnage mal connu, souvent vilipendé, trop fréquemment, de nos jours, transformé en bête télévisuelle et pourtant, quelquefois, si grand.

Plaider n’est pas jouer

Qu’un acteur prenne la place de l’avocat, c’est aussi admettre que celui-ci « joue » sa plaidoirie. C’est exact. On ne convainc pas si l’on ânonne son texte. On doit le vivre, le faire vivre pour convaincre un jury qui décidera dans son « intime conviction ». « Si la plaidoirie n’est pas dénuée de théâtralité, si elle comporte sa part de ruse, de séduction, de technique oratoire, un point distingue l’avocat de l’acteur, et il est fondamental : le comédien joue son rôle, le plaideur livre un combat dont l’issue déterminera le destin d’un homme – ou d’une femme. » (Le Point)

C’est sûrement ce qui a plu à Richard Berry dans le défi à relever. Ce n’était pas le cas au début, comme il le raconte au Monde : « Il s’agissait d’un dialogue entre un homme et une femme pour contextualiser chaque affaire, complété par un extrait de plaidoirie. […] Cela ne m’intéressait pas parce que ça ne correspondait pas à l’idée que je me faisais du sujet. J’ai laissé tomber pendant un an. Puis un été, j’étais en vacances avec l’un de mes meilleurs amis, Patrick Timsit. Il préparait son spectacle, Le Livre de ma mère, d’Albert Cohen […] Je trouvais qu’il avait de la chance et lui expliquais que j’aimerais bien trouver un spectacle qui me permette d’être seul en scène. Je lui parle des plaidoiries. Il me dit : « Mais pourquoi tu ne le fais pas seul ? » C’était d’une telle évidence que je n’y avais pas pensé ! »

Richard Berry plaidoiries à Tours
Le livre de Matthieu Aron a fournit la base du spectacle. (Photo DR)

À l’origine du projet, le metteur en scène, Éric Théobald, va accepter l’approche de Richard Berry. Un – presque – seul en scène qui reprend seulement cinq ou six textes du livre de Matthieu Aron qui en comporte un grand nombre. Mais quel choix : Gisèle Halimi qui défend l’avortement, la peine de mort à laquelle Paul Lombard s’attaque (affaire Christian Ranucci) bien avant que Robert Badinter ne fasse voter l’abolition en 1981, Jean-Pierre Mignard qui représente les familles de Zyed Benna et Bouna Traoré, électrocutés dans un poste électrique pour avoir tenté d’échapper à un contrôle de police et une affaire qui parlera particulièrement aux Tourangeaux, celle de Véronique Courjault, meurtrière de ses nouveaux-nés, plaidée par Henri Leclerc qui soulèvera la question du déni de grossesse. Enfin, grand moment d’Histoire, cette fois avec un grand « H », s’il en fut, le procès, à Bordeaux, de Maurice Papon.

Quand la parole est d’or

Des paroles de « bavards », comme disaient les malfrats, qui ont pourtant conduit à des actes fondamentaux. La fin des « condamnés à mort qui auront la tête tranchée », distinguant la justice de la vengeance, refusant que le jury utilise la même sauvagerie que le criminel à une époque où l’on « raccourcissait » encore. La reconnaissance du droit des femmes à disposer de leur corps. La confirmation qu’un crime peut avoir des causes psychologiques. La démonstration qu’un crime en temps de guerre ne restera pas impuni.

Pour être d’argent, selon le dicton, la parole peut aussi être d’or. En attendant, le spectacle a été récompensé par un Globe de cristal de la meilleure pièce de théâtre en 2019.

Jeudi 11 février 2021 à 20:30 au Grand Théâtre de Tours
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