Photographies au Château de Tours
Koen Wessing, le regard juste

À l’heure des “fake news” (et prétendues telles), du mépris du mot vrai, de l’information éphémère et volatile, la photo reste, peut-être plus encore que l’image animée, le témoignage incontestable de l’histoire humaine. Au Château de Tours, l’exposition Koen Wessing, L’image indélébile, en apporte la preuve flagrante.

Chili, septembre 1973 © Koen Wessing / Nederlands Fotomuseum, Rotterdam, Pays-Bas

Photographe néerlandais, Koen Wessing n’a pas la notoriété d’un Capa ou d’une Dorothea Lange. Pourtant, les images de ses reportages à travers le monde ont la force de celles qui ont marqué ce qu’il est convenu d’appeler « la mémoire collective ». Reporter de révolutions plus que de guerres (ou d’après-guerres, il est né en 1942), portraitiste de la réalité quotidienne, Wessing a le regard « juste ». Il saisit et ne juge pas.

Ses images se lisent, se décryptent, petit à petit. Si la construction est parfaite, ce n’est pas au service d’une esthétique gratuite mais pour permettre un cheminement de l’œil qui identifie chaque élément comme un lecteur fait vivre une phrase, mot à mot. Toute une histoire se déroule dans une image figée. C’est sans doute ce qui rend le travail de Koen Wessing « indélébile », selon le titre de l’exposition. Ses photographies ne frappent pas seulement par leur beauté dramatique mais par les multiples niveaux de lecture qu’elles libèrent.

La passerelle de la notoriété

Autodidacte et globe-trotter dans l’âme, Wessing, a parcouru le monde guidé par son instinct. Il le conduira au Chili, au Nicaragua, des guerres intérieures qui ne disent pas leur nom, mais aussi chez lui, à Amsterdam, en 1969, lors de l’occupation de l’université. C’est l’occasion d’un fait d’armes, anecdotique, certes, mais qui lui vaut une notoriété inattendue. Alors que le bâtiment est bloqué, il bricole une passerelle entre l’université et un immeuble voisin pour pouvoir emmener ses bobines au laboratoire.

L’exposition du Château de Tours, venue comme souvent du Jeu de Paume (l’accord entre les deux lieux est une formidable idée, génératrice de découvertes exceptionnelles), est un magnifique et terrible voyage dans un monde bouleversé et bouleversant.

Dublin 1963 © Koen Wessing / Nederlands Fotomuseum, Rotterdam, Pays-Bas

Et même lorsqu’il s’arrête à Londres ou à Dublin pour photographier le quotidien, c’est encore une histoire, celle des anonymes qu’il observe, avec un intérêt bienveillant, jamais avec condescendance ou commisération.

L’œil « juste », toujours.

Diaporama :

 

Du 17 novembre 2018 au 12 mai 2019

Plus d’infos sur le site du Jeu de Paume ICI

…et la page Facebook du Château de Tours, LÀ