Dernière mise à jour le 29 avril 2019
Vanasay Khamphommala a commencé comme chanteur d’opéra. Rien de surprenant donc à ce qu’il s’intéresse à Orphée. Sauf que son collègue a un problème : il a perdu sa voix. Un véritable enfer…

Orphée à l’Olympia, cela sonne assez logique. Le fils du roi Œagre et de la muse Calliope est un familier des dieux. Un bon chanteur aussi, qui rend service en charmant les méchantes Ménades et en donnant du courage aux rameurs face aux sirènes. Ulysse n’a rien inventé.
Aphone perdu
Mais si Orphée connaît le succès comme chanteur, il a moins de chance dans sa vie privée. Mordue par un serpent, sa femme Eurydice est aux Enfers. Le mari, éploré, évidemment, ne la récupérera qu’en chantant pour le dieu, propriétaire du lieu, Hadès. Seule condition, ne pas regarder Eurydice sur le chemin du retour. Perdu : Orphée se retourne, et sa femme reste sur place. Définitivement. « J’ai perdu mon Eurydice, rien n’égale mon malheur… » (air connu).
Comme si cela ne suffisait pas, Vanasay Khamphommala en rajoute une couche aux malheurs de l’argonaute. Il imagine qu’au moment de chanter pour le dieu infernal, Orphée a perdu sa voix. Pas de grog au miel à portée de main, il va falloir trouver autre chose.
Vanasay Khamphommala est un artiste multiforme qui a commencé sa carrière comme chanteur à l’opéra de Rennes. Formé à la comédie au Cours Florent, il quitte peu à peu le chant pour le théâtre. On le voit aux côtés de Jacques Vincey (il joue notamment dans Les Bonnes) et ajoute bientôt une nouvelle corde à sa lyre, celle de dramaturge, non sans être passé par Oxford et Harvard, ce qui lui donne des références pour s’intéresser à Shakespeare dont il traduit plusieurs pièces.
Au-delà des maux
Jacques Vincey dirigeant le Centre Dramatique National de Tours, il n’est donc pas surprenant que Vanasay Khamphommala y monte Orphée aphone, un spectacle « complet » à partir d’un de ses textes. Mais qu’on ne s’y trompe pas, Vanasay Khamphommala ne se contente pas de raconter les malheurs du Pavarotti des bas-fonds.
Au-delà de l’histoire, l’auteur/metteur en scène pose de plus profondes questions : « Vanasay Khamphommala creuse la question de la transformation : transformation des récits, transformation des esthétiques, transformation des corps. Pour cela, il s’empare d’un mythe qui a lui-même connu de multiples incarnations – dans le temps et dans l’espace, et dans tous les champs d’expression artistique. Mais l’histoire d’Orphée revient ici pour interroger le deuil comme point de bascule de nos métamorphoses. Que faut-il accepter de laisser mourir pour qu’autre chose puisse renaître ? »
La pièce sera présentée en même temps qu’un autre travail de l’auteur, L’Invocation à la muse.

