Marcoville à l’église Saint Julien de Tours
Éloge de la transparence

Surprenant, certes, mais magnifique. L’incroyable exposition de Marcoville dans l’église Saint Julien à Tours mérite un passage ébloui. Mécréant ou pas. La foi n’est pas obligatoire, l’admiration va de soi.

Marcoville expose à l'église Saint Julien de Tours (Photo EdP)
Marcoville expose à l’église Saint Julien de Tours (Photo EdP)

Il a peut-être été touché par la grâce. Il fut un temps où Marcoville sculptait des diablesses, nanas Belle-Époque et danseuses de cancan aux dessous légers. Cette fois, il se tourne vers les vierges, au sens religieux du terme, échappées de quelque icône russe, quoiqu’aux allures parfois légèrement felliniennes, au moins en ce qui concerne les couleurs, pas les rondeurs…

Mais – et sans allusion biblique, ou alors par hasard – il joue aussi la multiplication des poissons. Une habitude chez lui. Trente-mille maquereaux (selon certains ichtyologues éclairés) ont nagé jusqu’au transept de l’église Saint Julien à Tours. Un long voyage qui les vit passer dans les eaux de Vichy, alors surveillés par quelques manchots rassasiés qui les ont abandonnés en chemin, et dans d’autres courants, danois ou genevois parfois, chinois ou américains, ce qui lui aura permis de croiser quelques sirènes translucides et silencieuses. À Tours, les Vierges les ont remplacées.

De la tronçonneuse à la découpe du verre

Marcoville n’est pas seulement grand pécheur devant l’Éternel. Ses œuvres explorent aussi les tribus d’Afrique et les forêts, rencontrent des oiseaux colorés et des geishas élégantes. Et des vierges, donc. Ce sont elles qui ont accompagné les poissons en Touraine. Quelques passagers clandestins aux gueules d’anges se sont mêlés au voyage. Pour les amateurs de chiffres, aux trente-mille maquereaux s’ajoutent cinquante vierges et quatre-vingts séraphins. (1)

Marcoville expose à l'église Saint Julien de Tours (Photo EdP)
Les élèves (en visite) face au maître Marcoville (photo EdP)

L’artiste, né à Boulogne en 1939, a commencé sa carrière comme décorateur, notamment dans les célèbres studios des Buttes-Chaumont. Comme sculpteur, il attaque d’abord le bois à la tronçonneuse. Puis il se tourne vers d’autres matières, généralement de récupération. C’est ce qu’il fait encore aujourd’hui puisque le verre qu’il utilise est du verre industriel, ce qui lui donne sa couleur verte. Verte quand Marcoville ne le colore pas. Pour cela, il utilise des techniques originales, dont la projection de billes d’acier et d’eau pour obtenir une allure rouillée. Vient ensuite la découpe et parfois l’empilage de couches qui lui permettent d’élever des arbres « grandeur nature » (sic).

En ouvrant sa nef au sculpteur (à l’initiative de l’association réseau Odéon de Cluny) le diocèse de Tours confirme sa volonté d’accueillir l’art sous diverses formes. Si la musique trouve traditionnellement sa place sous les ogives, on a pu voir les photographies de François Tomasi au cloître de la Psalette, près de la cathédrale. L’invitation faite à Marcoville confirme que la démarche mérite d’être poursuivie.

Et quoi qu’il en soit, que l’on soit mécréant ou pas, la visite est une divine surprise…

(1) Ou soixante, le chiffre varie selon les sources. Vous n’aurez qu’à compter… Mais, en tout cas, pas six-cents, comme affirmé par TF1. Là, on frise la fake-news chère à M. Trump !

Dans l’église Saint Julien, en haut de la rue Nationale à Tours.

Exposition visible les jeudis, vendredis, samedis et dimanches de 13 heures à 19 heures jusqu’au 22 septembre 2019 (entrée libre)