Anne Paceo à la Pléiade
La petite dame aux tambours

Elle a joué avec les plus grands mais elle taille désormais une route qui lui est très personnelle. La batteuse de jazz Anne Paceo est devenue compositrice et sera à La Pléiade de La Riche le 8 novembre 2019, en leader. Il faut absolument de plonger dans ses Bright Shadows.

Anne Paceo à Tours (Photo Sylvain Gripoix)
Anne Paceo, à la recherche de la « pâte sonore ». (Photo Sylvain Gripoix)

Quand on ne connaît pas, on voit d’abord une petite dame à lunette et à chignon s’installer derrière de gros tambours. Surprenant, l’univers des peaux tendues et des rondelles de tôle étant plutôt masculin. C’est comme ça, elle ne nous en voudra pas.

Et puis Anne Paceo prend ses baguettes et la batterie chante. Non, non, elle ne bat pas, elle chante. Et bientôt la dame chante aussi. Pas toute seule. Le groupe d’Anne Paceo comporte une chanteuse (Ann Shirley) et un chanteur (Florent Mateo). Mais aussi Pierre Perchaud à la guitare, Christophe Panzani au saxophone et Tony Paeleman aux claviers. Un orchestre de jazz quoi.

Le souvenir des voisins oubliés

Jazz, donc. Anne Paceo a toujours aimé la batterie. On dit que les premières années d’existence forgent une vie. Enfant, Anne Paceo a vécu en Côte-d’Ivoire où ses parents, niortais, travaillaient. Des percussionnistes répétaient tous les jours dans la maison d’à-côté. Trop jeune pour s’en souvenir mais les parents lui ont raconté. Alors, la batterie…

À 10 ans, elle devient Enfant du jazz, une école où enseigne, entre autres, Kenny Garrett. Le monsieur qui l’a fait sauter du rock (premières amours) au jazz quand elle l’a vu en concert.

Après, c’est le Conservatoire National de Paris et ce seront deux Victoires du jazz. Mais c’est surtout la rencontre, en 2002, avec Christian Escoudé qui lui propose d’entrer dans son groupe. Comme « accompagnatrice » (oui, c’est trop réducteur), elle fréquentera Archie Shepp, Rhoda Scott, Marcel Azzola, Henri Texier, Andy Sheppard…

Les pâtes et les baguettes

Rapidement, Anne Paceo a monté son premier groupe, enregistré ses premiers disques, acquis la notoriété (internationale), regretté de pas avoir connu John Coltrane et créé son style, qui a la particularité de ne pas en être un.

La musique d’Anne Paceo est une recherche perpétuelle de sonorités, qui entraîne du jazz ultra-moderne vers des réminiscences africaines, en passant, comme pour Bright Shadows, son dernier album qu’elle joue en tournée, par la pop. Ce qu’elle appelle des « pâtes sonores » : « C’est comme dans la peinture » dit-elle « on va chercher des couleurs. Et des pâtes sonores, des mélanges de timbres. Chaque texture doit faire entrer dans un monde différent. » (France 3) Rolling Stone confirme : « World, jazz, pop : la musique d’Anne Paceo s’émancipe encore un peu plus des frontières et des genres sur son dernier album. »

Et ça marche plutôt bien. La petite dame derrière les tambours travaille sa palette à la baguette, ce qui n’exclue pas quelques belles improvisations. Les « pâtes » vibrent, se lissent, s’envolent. C’est beau, parfois lancinant, toujours séduisant.

La venue d’Anne Paceo, de ses Bright Shadows et de son groupe à la Pléiade (dans le cadre du Festival Émergences, avec Le Petit Faucheux) est un événement, souvent réservé aux grands festivals, comme Jazz à Marciac. Alors, il ne faut surtout pas manquer de plonger avec elle dans ses « ombres brillantes ».

Vendredi 8 novembre 2019 (20h30) à La Pléiade de La Riche.
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