Les dix commandements
Péplum antique ou spectacle en toc  ?

Dernière mise à jour le 9 septembre 2024

Moïse reprend la route en chantant, ses Dix commandements sous le bras. Un événement, dit-on. Culturel ? Qui sait ? Le retour de la comédie musicale, créée en 2000 avec une musique signée Pascal Obispo, vaut-il vraiment le battage qu’il provoque ? Vérification à Tours en novembre… 2024.

C’est sans doute l’un des scénarios les plus anciens du monde. L’histoire remonterait à 1280 avant Jésus-Christ, ce qui nous fait un sacré (sic) voyage dans le temps. L’aventure de Moïse, et particulièrement le fameux Passage de la Mer Rouge, occupe les premiers chapitres de la Bible (mais apparaît aussi dans le Coran, puisque le personnage est reconnu dans plusieurs religions). Une aventure largement reprise par le monde de l’art, en particulier la peinture, ce qui va de soi puisqu’elle devait s’afficher dans les églises.

"Les dix commandements, l'envie d'aimer", à Tours en novembre 2024.
Chagall aussi a traité le sujet du Passage de mer rouge. (Photo Musée Georges Pompidou DR)

Mais le spectacle contemporain ne l’a pas non plus négligée. Et, parce que la vie de Moïse a tout d’un scénario de péplum, il n’est pas surprenant qu’on l’ait retrouvée sur les écrans au beau temps du muet puis du Technicolor, et sur scène un peu plus tard.

C’est ce dernier avatar qui doit être présenté, si tout va bien, à Tours, le 23 novembre 2024. Si tout va bien, car l’histoire du spectacle n’est pas loin des rivalités entre Pharaon et Moïse, têtes tranchées en moins. Pour le moment.

Copains, pas copains…

Résumé de la version originale. On est au temps des pharaons, autour de 1 500 avant Jésus-Christ, à quelque chose près, tout le monde n’est pas d’accord. Peu importe pour la comédie musicale. Disons simplement qu’à ce moment-là, la pyramide de Khéops voisine avec son pote le Sphynx depuis déjà un bon millier d’années, ce qui ne nous rajeunit pas.

Pharaon (on ne lui donne pas d’autre nom faute de savoir s’il s’agissait de Séti 1er ou de Ramsès II) règne sur l’Égypte et n’aime pas les juifs. C’est pourquoi la maman de Moïse veut sauver le fiston encore bébé d’un massacre programmé. Elle lui fait faire une petite croisière dans un panier sur le Nil, comme un banal touriste du Club Méd’.

"Les dix commandements, l'envie d'aimer", à Tours en novembre 2024.
Les chorégraphies de la première version ont été revues et corrigées, dit-on. Tant mieux… (Photo DR)

Coup de bol, c’est la fille de Pharaon qui le récupère. Un comble. Et voilà notre bébé juif qui va être élevé comme le fils du grand chef massacreur. Il devient même bon copain avec le vrai fils, mais ça ne va pas durer.

Parce qu’un jour, Moïse a la mauvaise idée de tuer un égyptien qui frappe un Hébreu. Le genre de truc qui vous incite à filer avant que les CRS de l’époque, même s’ils ne portent qu’un cache-sexe en guise d’uniforme, ne vous mettent le grappin dessus.

Mission impossible

Passons rapidement sur le mariage de Moïse avec la fille de celui qui l’a recueilli et arrivons au premier clou du spectacle : pendant qu’il garde les chèvres dans la montagne, Moïse voit un « buisson ardent », une invention divine qui serait bien utile en période de sécheresse puisqu’il brûle sans se consumer. La voix de Dieu sort du buisson et donne sa feuille de route à Moïse : libérer les Hébreux de l’esclavage. Pas simple, face à Pharaon, fils du précédent et ancien camarade de jeu de Moïse. Vous suivez ?

On comprend que le berger refuse la mission dans un premier temps. Mais Dieu va l’aider en envoyant au Égyptiens « dix plaies » qui vont leur faire très mal. Outre le fait que le Nil devient rouge sang, ce qui n’est pas forcément très grave sauf pour les nageurs, les Égyptiens vont se payer des invasions de moustiques, de grenouilles et de sauterelles. On passe sur les furoncles, sur la peste du bétail et autres joyeusetés. Pas de quoi faire plaisir à Pharaon, évidemment.

"Les dix commandements, l'envie d'aimer", à Tours en novembre 2024.
Moïse (Charlton Heston) et Pharaon (Yul Brynner). Les copains d’avant ne le seront pas longtemps. (Photo Paramount)

Donc Moïse part avec les Hébreux et c’est le deuxième clou du spectacle. Devant la Mer Rouge (là encore, les scientifiques gâchent le plaisir en disant qu’il s’agissait seulement d’une sorte de grand étang), le voilà coincé entre les troupes de Pharaon et l’eau. Jusqu’à ce que la mer s’ouvre (un coup de vent, disent encore ces rabat-joie de savants), laisse passer Moïse et les siens à pied, puis se referme sur les soldats quand ils s’y risquent à leur tour. Dans le film de Cecil B. DeMille, on ne dira pas que Yul Brynner s’en arrache les cheveux mais presque, face à Charlton Heston qui lui fait un pied de nez (virtuel).

L’aventure continuera avec la remise en haut du Mont Sinaï des tables de la loi (les fameux Dix Commandements) écrites par Dieu, lequel devra refaire le boulot puisque Moïse, toujours doté d’un sale caractère, les brise en voyant que ses compagnons ont profité de son absence pour adorer une idole, le fameux veau d’or dont on sait depuis Gounod qu’il est toujours debout.

"Les dix commandements, l'envie d'aimer", à Tours en novembre 2024.
Moïse au cinéma en 1956, face à la Mer rouge. Spectaculaire. (Photo Paramount)

Ceci pour le scénario. Passons à la traduction musicale. C’est en l’an 2000 que la première version occupe la scène. Musique de Pascal Obispo, mise en scène d’Élie Chouraqui. On avance sur les traces de Notre-Dame de Paris qui a fait un carton les années précédentes.

Les Dix commandements va bien marcher aussi mais, ce qui compte, c’est le nombre d’albums vendus et là, même avec 700 000 ventes, on est loin d’Esmeralda qui affiche trois millions d’albums au compteur. Pas grave, près de deux millions de spectateurs sont venus, le spectacle a été à l’affiche pendant sept ans et a fait le tour de monde. Sa reprise, en 2016, marche aussi et en 2022 la version américaine ramasse même quelques BroadwayWorld Awards au passage. Pas mal, oui mais…

Rififi en coulisses

Si le veau d’or est toujours debout, c’est bien dans le monde du show-business. Malédiction pharaonique ou pas, les reprises des Dix commandements (rebaptisé La plus grande histoire de tous les temps puis L’envie d’aimer), ne se font jamais dans la joie et la fraternité. En 2017, lorsque Élie Chouraqui remet une pièce dans le bastringue, Pascal Obispo le traîne devant les tribunaux. Pas question de reprendre ses chansons (pour en savoir plus et en détail, excellent article de France-Inter ici). On bidouille les musiques et le spectacle repart tout de même. Un peu poussif, mais bon.

Pour 2024, c’est Obispo qui colle les affiches. Un prétendu hommage désintéressé à Daniel Lévi, décédé, premier interprète du rôle et notamment du titre L’envie d’aimer, une scie (musicale) dont les paroles fleurent bon l’eau de rose mais qui a dégouliné dans nombre d’oreilles, avant d’être reprise par Céline Dion, une référence en la matière. Petit extrait pour le plaisir : « C’est tellement simple, l’amour/Tellement possible, l’amour/À qui l’entend, regarde autour/À qui le veut vraiment […] C’est tellement rien, d’y croire/Mais tellement tout, pourtant/Qu’il vaut la peine, de le vouloir/De le chercher, tout le temps » Conclusion : « Nous donne l’envie, l’envie, l’envie, l’envie, l’envie, yeah/L’envie d’aimer. »

Non, ce n’est pas la musique de Ghostbusters et ce ne sont pas des aquariums. C’est la première version des « Dix commandements ».

Le spectacle d’origine était dans le même style. On se demande qui est le plus kitsch, le film de 1956 ou la comédie musicale de 2000. On attend néanmoins des décors dignes des travaux d’Astérix et Cléopâtre, et on espère que les chorégraphies simplissimes des débuts, proches du hip-hop (mais de profil, comme sur les hiéroglyphes, évidemment) ont bien été modernisées.

Puisque le spectacle est à la Bible ce que le Puy du Fou est à l’histoire de France, on tentera le maximum pour jouer la reconstitution hollywoodienne. Pas facile sur une scène. Ceux qui n’ont pas compris, dans la version de 2000, pourquoi des hygiaphones (ou des aquariums ?) s’ouvrent et se referment, sont priés de relire la Bible, de relire cet article… ou de revoir le film.

N’empêche, puisqu’il faut aimer son prochain et Pascal Obispo, on souhaite tout de même que beaucoup de monde aura envie d’aimer le spectacle. Avec ou sans miracle.

Tours, Parc des expositions, samedi 23 novembre 2024 à 15 heures et 20h30.

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