Le Canard à l’orange
Toujours bon, même réchauffé

Sans être faisandé, il n’est pas du jour, Le Canard à l’orange, pièce à immense succès, imaginée dans les années soixante-dix outre-Manche et importée en France avec Jean Poiret et Chritiane Minazzoli en tête d’affiche. Le Canard ressort du congélateur dans une version nominée sept fois aux Molières 2019. Au Vinci de Tours, il sera servi le 23 avril 2020, si le coronavirus laisse l’emplumé s’ébattre normalement.

Le Canard à l'orange au Vinci de Tours (Photo DR)
L’amant… naïf et le mari roublard. Qui va gagner (Photo DR)

Jean Poiret, Christiane Minazolli, Pierre Mondy, Marc-Gilbert Sauvajon… Pour la génération actuelle des amateurs de théâtre, voilà des noms qui n’évoquent sans doute rien. Pourtant les deux premiers furent d’immenses comédiens, le second (comédien aussi) a réalisé des mises en scène pleines d’intelligence et de finesse, le dernier est sans doute l’un des meilleurs auteurs et adaptateurs que la scène française du boulevard ait connus. Mais tout cela se passait dans les années soixante-dix, la préhistoire, donc.

Cela dit, que ces pointures de l’époque aient choisi de présenter Le Canard à l’orange est tout de même une référence, rétroactive, d’accord, mais réelle. Que ce canard ressorte de son congélateur pour aller se balader sur les planches l’est aussi. Et qu’il remporte un succès honorable confirme que la pièce avait de la tenue, même si elle a pris un peu la poussière et gratouille innocemment le féminisme ambiant.

L’ami du Havre

Le Canard à l'orange au Vinci de Tours (Photo DR)
Le Canard à l’orange, c’est « le t’aime, moi non plus » en version vaudeville. (Photo DR)

Le Canard à l’orange est une pièce venue d’outre-Manche (qui ne s’appelait pas The Orange duck à l’origine mais The Secretary Bird) signée d’un monsieur qui mérite un coup de béret bien français. Officier dans un régiment de chars pendant la dernière guerre, William Douglas-Home, né Écossais, refusa de raser le Havre, encore occupé par des civils alors que les Allemands avait proposé de les laisser sortir, ce que les Anglais avaient refusé. Cela lui valut de passer en cour martiale et lui vaut sans doute la reconnaissance de notre actuel Premier ministre.

Un an de prison ne lui enleva pas son sens de l’humour puisqu’il allait écrire une cinquantaine de pièces, dont le fameux canard. Une pièce qui utilise les ficelles classiques du vaudeville (la femme, le mari, l’amant et, plus ou moins, la maîtresse). Il y a donc du cocu dans l’air, mais à la sauce britannique, dont les ingrédients sont évidemment ceux de l’humour local, une cuillerée d’absurde et une dose de comique de situation, le tout mélangé par une pince (sans rire) frénétique.

Le Canard contre la Machine

Soit donc un animateur de télévision (en noir et blanc, sans doute) d’une infidélité notoire, son épouse prête à le quitter pour un gandin, une secrétaire pétulante et une gouvernante sentencieuse.

Le premier découvre par accident que sa femme a un amant. Quoique particulièrement critiquable lui-même, il va tout faire pour la récupérer, notamment en invitant l’amant durant le week-end pour en révéler tous les défauts. Le tout, sur fond de partie d’échecs. Le canard ? À vous de voir. Compliqué ? C’est pire sur scène, mais c’est la loi du genre.

Le Canard à l'orange au Vinci de Tours (Photo DR)
Le Canard à l’orange ? Une bonne recette venue de Grande-Bretagne. (Photo DR)

Tout en conservant le style d’époque, le metteur en scène, Nicolas Briançon (qui tient aussi le rôle principal) a allégé le texte. Alors que le look anglais s’imposait, il a offert un passeport belge à l’amant, ce qui ne réjouira pas nos amis d’outre-Quiévrain ni les tenants de l’original. Mais les réparties de Marc-Gilbert Sauvajon sont toujours là (« Quelle honte tu dois avoir ma chérie d’être mariée à un cocu ! ») et la concurrence dans le secteur vole généralement si bas que ce canard a des allures stratosphériques…

Si Le Canard à l’orange était nominé dans sept catégories aux Molières 2019, il n’a obtenu que celui du comédien dans un second rôle pour François Vincentelli. C’est La Machine de Turing qui l’a battu à plate couture en remportant quatre Molières. Ceci pour rappeler que La Machine de Turing est programmée au Grand Théâtre de Tours le 13 novembre 2020.

On peut voir les deux sans être rassasié.

Au Centre de congrès Vinci de tour le jeudi 23 avril 2020 à 20h30
Réserver en Touraine avec Entrée du Public ICI
…et pour réserver ailleurs en France, c’est LÀ