À la Galerie Veyssière Sigma
JonOne ouvre son journal intime

Il fait parfois dans le gigantisme. Il a commencé dans la rue. Il est exposé partout dans le monde. Il sera à la Galerie Veyssière Sigma de Tours avec son Journal Intime Part. I. C’est JonOne et c’est formidable.

John Andrew Perello, AKA JonOne is a graffiti artist, born in 1963 in New York, USA. Quand on a dit ça, à part faire semblant de parler anglais, on n’a pas dit grand chose. Sinon qu’à New-York, particulièrement à Harlem, quand on s’emmerde dans les halls d’immeubles (« Comme partout aujourd’hui », constate John Andrew) et qu’on a des démangeaisons d’expressionnisme pictural, on va dans le métro. Et on tague les wagons. « Le métro, c’est un musée qui traverse la ville  » dit-il encore.

JonOne à la Galerie Veyssière Sigma de Tours
On peut faire une peinture « sauvage » et être un monsieur très tranquille. À confirmer lors de sa venue à la Galerie Sigma, le 1er octobre. (Photo DR – ©BYNDR8)

Apparemment, ça ne dérange pas grand monde, sauf peut-être la RATP locale, la MTA (Metropolitan Transportation Authority) pour les amateurs de précisions. C’est comme ça que John Andrew, qui ne s’appelait pas encore JonOne, a vidé ses premières bombes de peinture. En fait, ses vrais débuts ont été une déclaration d’amour taguée sur les murs du quartier. La demoiselle a été conquise, mais pas éternellement. Pour se remettre de leur rupture, le tagueur éploré va suivre à Paris en 1987 son pote Rockin’ Squat, rappeur français.

Du métro à l’avion

JonOne à la Galerie Veyssière Sigma de Tours
Désormais reconnu, JonOne a peint la carlingue d’un avion Air France. (Photo DR)

Une quarantaine d’années plus tard, le graffeur amateur est devenu artiste peintre professionnel, s’appelle définitivement JonOne, continue parfois à taguer des vieux wagons, mais c’est pour des performances, et exerce aussi son talent sur des avions, ce qui est plus classe que les rames new-yorkaises, aussi folkloriques soient-elles, et même sur un Thalys, avec la permission du proprio.

De New-York, JonOne a atterri à Roubaix, que l’on ne savait pas si bien desservi, on se demande pourquoi. Mais, entre-temps, il a fait quelques étapes, dont Paris, comme on l’a vu plus haut. Son talent avait déjà évolué avant son départ, poussé par un ami, lui aussi graffeur : « Grâce à A-One, j’ai commencé à visiter des expositions, à nourrir ma vision de ce qui se passait dans ce monde. J’ai commencé à prendre mon travail au sérieux, à ne pas le considérer comme du vandalisme mais simplement comme de l’art. » (Nova Mag)

JonOne à la Galerie Veyssière Sigma de Tours
Des couleurs vivantes, lumineuses, « sauvages »… (Photo DR)

A-One avait raison. JonOne a un sacré talent. Il faut voir comment ce qui n’était qu’un assemblage de lettres est devenu un vocabulaire coloré éblouissant. La matière bouge, éclate. On la dirait lumineuse. De plus en plus, l’écriture disparaît totalement. JonOne se contente alors de touches projetées, manipulées. L’œuvre finie semble sauvage (« Mes toiles sont une jungle. » – Artistikrezo) mais il faut voir l’artiste au travail pour comprendre que la moindre tache est ressentie avant d’être figée.

Vive la Liberté !

C’est beau, et il est juste que JonOne soit devenu star internationale. « Peindre m’a ouvert à moi-même, cela me permet d’entrer en communication avec ce que je suis » dit-il. Une ouverture qu’il n’a trouvée qu’à Paris : « À Boston, si tu fais une exposition de graff’, la police va faire une descente pour coffrer les artistes. C’est ce qui est arrivé récemment à Obey, l’auteur en 2008 de l’affiche de la campagne de Barack Obama. » (L’Express) 

JonOne à la Galerie Veyssière Sigma de Tours
Il fut un temps où l’on aurait râlé de voir sa voiture taguée. Quand c’est par JonONe, ça lui donne de la valeur ! (Photo DR)

Communication avec le public, sans aucun doute, aussi. Le travail de JonOne « parle ». Fort, très fort. Ce qui ne l’empêche pas d’être entendu des officiels, au grand dam de certains puristes du street art qui voient là une trahison. JonOne (il a reçu la Légion d’honneur…) a peint des foulards et des flacons pour Guerlain, et même une Liberté guidant le peuple pour l’Assemblée Nationale. Petite précision, si vous êtes tentés : certaines de ses toiles se vendent jusqu’à 150 000 euros et plus…

JonOne à la Galerie Veyssière Sigma de Tours
Un portrait de l’abbé Pierre réalisé uniquement avec les paroles de son discours de 1954. (Photo DR)

Sa liberté à lui, il la consacre aussi à des œuvres de charité. En 2011, il a peint un portrait de l’abbé Pierre uniquement avec le texte de la fameuse déclaration de l’abbé en 1954. L’œuvre est magnifique, est restée sur le mur où elle a été créée (à la manière de Banksy) et se retrouve sur des t-shirts.

En perpétuelle évolution, JonOne s’est essayé aux – très – grands formats à Marseille. Superbe et grandiose. Mais pour entrer dans la Galerie Veyssière Sigma à Tours, il lui faudra réduire ses ambitions. La collection qu’il exposera s’appelle Journal Intime Part. I. On est curieux de découvrir ce nouveau chemin emprunté par un artiste qui refuse les limites : « Pour moi faire preuve d’audace est synonyme de liberté. » (Christophe Ménager).

Pour la Galerie tourangelle, recevoir JonOne est un coup d’éclat. Cela devient une habitude. Il y a quelques semaines, Sigma recevait Biga Ranx. Un triomphe qui a vu les cimaises rapidement dégarnies par des acheteurs venus parfois de l’étranger. Chapeau l’artiste ! On parle du propriétaire, Élie Veyssière, évidemment)…

Une peinture qui bouge…

Entre Arte et YouTube, la notoriété de JonOne s’affiche aussi en vidéo. La preuve.

Pour le fun, JonOne par Joey Star. Le premier a décoré un mur en utilisant le nom du second. Au temps où ils cohabitaient plus ou moins :

Et l’artiste au travail. Fascinant, mais en toute décontraction :

Galerie Veyssière Sigma, 25, rue Colbert à Tours, du 1er au 17 octobre 2020.
Vernissage le 1er octobre à partir de 18 heures, « en présence de l’artiste », comme on dit. En clair, JonOne sera là, et ça aussi c’est formidable parce que le monsieur est aussi sympa que passionnant.