Arletty invitée par Devos
à Joué-lès-Tours
Quoi, ma gueule,
qu’est-ce qu’elle a ma gueule  ?

Elle aurait bien rigolé Arletty, si elle avait su qu’un jour elle recevrait deux Molières, fût-ce par personnes interposées. N’empêche, c’est bien ce qui s’est passé cette année avec Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty ?, une comédie musicale qui sera à l’Espace Malraux de Joué-lès-Tours en avril 2021. Et invitée par qui ? Par Les Devos de l’humour, pas peu fiers d’avoir repéré le travail d’Élodie Menant avant (presque) tout le monde.

Est-ce que j'ai une gueule d'Arletty ? à l'Espace Malraux de Joué-lès-Tours
Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty ? à l’Espace Malraux de Joué-lès-Tours. Un sacré personnage. (Photo Théâtre Montparnasse)

Ils n’ont pas le triomphe modeste, aux Devos de l’humour. Allez, c’est vrai, on ne peut pas leur en vouloir de rouler des mécaniques en demandant « Est-ce qu’on n’a pas une gueule de bons programmateurs ? ». Parce que les Modéniens (habitants de Monnaie), pères fondateurs du fameux festival sacré par Raymond Devos soi-même, ont eu le nez creux en programmant Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty ?, le spectacle qui a remporté deux Molières lors de la dernière édition confinée de la grand-messe théâtrale nationale. D’accord, ils auraient pu aussi choisir Électre des bas-fonds de Simon Abkarian, qui est reparti avec une botte de statuettes, mais on les pardonne.

Les lois de l’amour

Le premier, c’est le Molière du Spectacle musical. Le second, c’est celui de la Révélation féminine pour Élodie Menant, une étonnante Arletty qui a réussi à faire renaître la locataire de l’Hôtel du Nord malgré des physiques plus que différents. On n’en dira pas autant de la voix. Élodie Menant a bien l’accent gouailleur de la dame (« Une Arletty plus vraie que nature interprétée par Elodie Menant […], impressionnante et pétillante à souhait. » (Pariscope). C’est à elle, avec Éric Bu, que l’on doit le spectacle, mis en scène par Johanna Boyé.

L’idée était tentante, et belle. Sans doute, d’abord, parce que les réparties d’Arletty dans le privé n’avaient rien à envier à ses répliques sur scène ou sur écran, même signées Henri Jeanson. Mais aussi parce que la vie d’Arletty, incarnation même de la liberté féminine avant l’heure, méritait d’être dite (et accessoirement chantée), quitte à ne pas gommer une période troublante pendant la guerre.

Trouble, pour les mauvais coucheurs. Arletty a aimé et, fidèle à sa loi, ne s’est pas posé la question de savoir avec qui. Mais c’était un Allemand. A-t-elle vraiment dit à ceux qui la jugeaient à la libération «  Si mon cœur est français, mon cul, lui, est international ! » ? Sans doute pas, mais c’est joli et cela résume bien sa vision des choses, et de la chose, comme disaient les dames patronnesses qu’elle a sans doute côtoyées en pension.

Les paillettes et l’ombre, c’est la vie d’Arletty. (Photo Théâtre Montparnasse)

La liberté d’abord

Ce sont donc ces deux accessoires de sa physionomie qui guideront sa vie. « Découverte » en 1917 par un jeune banquier qui la fera entrer dans le monde des stars du moment, elle aura une vie sentimentale agitée : « L’on sort de ce biopic musical et dansant fasciné par cette femme tant éprise d’une liberté sans limites qu’elle revendiquait » (Télérama). Arletty ne se mariera pas. Après la mort au combat de son premier amour en 1914, elle s’est juré de ne jamais devenir veuve de guerre.

Mais ce serait une approche un peu courte de limiter Arletty à sa vie sentimentale. Comme serait une peu courte la vision de sa carrière artistique si l’on s’arrête au sublime Hôtel du Nord de Marcel Carné (c’est là qu’elle balance son fameux « Atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? » à la figure de Louis Jouvet). Arletty a beaucoup joué et chanté, et sa filmographie compte un beau nombre de chefs d’œuvres, ne serait-ce que Les Enfants du paradis et Les Visiteurs du soir, sublimes références, mais aussi des opérettes ou un texte écrit par Louis-Ferdinand Céline (oui, on sait, mais c’est en 1948 et la guerre est finie), son ami.

Une mise en scène délirante

Élodie Menant a compris quelle richesse il y avait dans la personne (plus que le personnage) d’Arletty : « J’aime analyser la façon dont chacun doit se comporter afin d’atteindre son propre épanouissement dans le respect des autres. » (Symanews) Une femme libre, intelligente, brillante, drôle, dont la vie est un roman parfois tragique (Arletty a fini aveugle). Le sujet ne pouvait qu’intéresser une actrice qui est aussi auteure. Mais Élodie Menant et son complice Éric Bu sont allés beaucoup plus loin en faisant de ce biopic une comédie musicale. C’est Arletty elle-même qui anime le cabaret où défile son histoire : « Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, bienvenue aux Folies Arletty ! Ce soir, je passe ma vie en revue ! ».

Une petite troupe qui devient une foule. (Photo Théâtre Montparnasse)

Aux côtés d’Élodie Menant, trois acteurs jouent les transformistes et incarnent de manière époustouflante (« La mise en scène virevoltante de Johanna Boyé joue pour nous la valse à mille temps des décors et des personnages de sa vie  » – Le Parisien) une ribambelle de personnages. Le résultat est sidérant, ce que confirment les récompenses qu’il a reçues, venues après un succès public énorme au Festival d’Avignon et au Théâtre Montparnasse : « C’est le XXe siècle qui défile sous nos yeux, plein d’étoiles et d’ombres, de troubles et d’émois ». (Pariscope).

Arletty, Élodie Menant, les Molières et toute la troupe seront à l’Espace Malraux en avril et, c’est vrai, c’était une sacrée bonne idée pour les Devos de l’humour de les inviter.

Un échantillon pour sentir l’atmosphère de la pièce…

Le jeudi 1er avril 2021, 20h30, à l’Espace Malraux de Joué-lès-Tours.
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