Ouh..ouh, ouh  !
Une nouvelle nuance de Grease

Dernière mise à jour le 9 novembre 2021

Sortez la gomina et le Perfecto. Grease est de retour, en version originale Broadway, ce qui n’est pas plus mal. On chantera You are the one I want, ouh… ouh, ouh ! à Tours le 29 octobre 2022.

Grease, l'original, à Tours
Des acteurs séduisants mais qui avaient passé l’âge d’être collégiens… (Photo Paramount)

Puisque l’auteur de ces lignes a passé depuis belle lurette la période acnéique et oublié l’ingratitude de cet âge, force lui est d’admettre qu’en son temps, il s’est trémoussé sur la bande-son de Grease(1) en essayant de se prendre pour Travolta, comme plus de cinq millions de Français, ce qui n’excuse rien. C’était en 1978 et son approche cinéphilique manquait sans aucun doute de recul au profit d’une explosion hormonale mal contrôlée.

Avec le temps, va, tout s’en va, et revoir le film aujourd’hui relève du dégrisement d’après soirée arrosée. Soyons clairs : Grease (le film) est d’une nullité crasse, cinéphiliquement parlant, mais pas seulement.

Caricaturalement vôtre

Grease, le film, donc, soyons précis, est censé faire le portrait d’un période qui affolait les parents et coûtait la vie aux fauteuils d’orchestre, les années cinquante. On y croise ceux que l’on appelait des « blousons noirs », on y prêche la liberté sexuelle (des demoiselles) toute neuve, on y roule des mécaniques (au sens propre et au sens figuré) et l’on tortille de l’arrière-train comme la victime d’un crise hémorroïdaire mal soignée.

Le « pitch » (comme on ne disait pas à l’époque) est d’une banalité sinistre : deux bandes se font face, les T-birds (marrant, c’était aussi le surnom d’un avion que la base aérienne de Tours a utilisé à l’époque, ce qui n’a rien à voir, c’est vrai), les garçons, et les Pink Ladies, (ce qui fleure bon le cucul-la-praline mais pourrait être considéré comme l’ancêtre de certaines manifestations contemporaines), les filles.

Tout le monde se provoque, parle cru, cache sa sensibilité de midinette derrière la fumée des clopes, bref, un tableau sommaire de la jeunesse sur fond de collège américain. Et on chante (beaucoup) et l’on danse (un peu mais ce n’est pas terrible, franchement, même quand on copie Elvis Presley). C’est vulgaire, simpliste, caricatural, manichéen, bref, gonflant.

Grease, l'original, à Tours
« You are the one I want, ouh… ouh,ouh ! », c’est seulement à la fin dui film, mais on vous l’offre plus loin. (Photo Paramount)

De plus, les créateurs n’ont pas eu peur de piquer le principe de base à d’autres. On comprendra vite que West Side Story a été largement pillé. L’occasion de revoir le film, sublime celui-là, et d’en écouter la musique, signée d’un certain Leonard Bernstein, ce qui change beaucoup de choses. C’est l’opéra de Tours qui devrait le ressortir, non ?

Autre « clin d’œil » (volontaire ou pas), La Fureur de vivre, avec une simili course de voitures ringarde où l’on glisse aussi un rappel de Ben-Hur. Plus kitch, tu meurs.

N’empêche, ce nanar de haute volée a connu un succès planétaire, difficilement compréhensible aujourd’hui, sinon sur un plan sociologique traduisant la frustration de la génération visée, pourtant post-soixante-huitarde. D’autant qu’il faut attendre la dernière scène, la plus réussie, pour découvrir Travolta (qui avait déjà sorti son peigne un an auparavant dans La Fièvre du samedi soir avec l’aide des Bee Gees, lesquels signeront la musique d’ouverture de Grease) alias Danny et Olivia Newton-Jones (Sandy) à leur meilleur avec le fameux, pourtant absent de la comédie musicale originelle, (on reprend tous ensemble) : « Your are the one I want, ouh… ouh, ouh, honey ». Stop.

Si vous voulez répéter, on vous l’offre…

Broadway, c’est mieux

Si le film a été tourné à la va-vite, avec un budget dérisoire et des acteurs qui avaient au moins dix ans de plus que leurs personnages, l’histoire de la comédie musicale qui l’a inspirée est tout aussi folklo. Pourtant, c’est elle qui mérite le détour et qui justifie qu’elle réapparaisse sous la forme d’une tournée, alias Grease, l’original, et qui passera Centre de congrès Vinci de Tours le 29 octobre 2022. Même si le côté trash était déjà présent, comme le rappelle Vanity Fair (« La première de cette histoire d’adolescents, crue, vulgaire et graveleuse a lieu le 5 février 1971, dans une ancienne grange de Chicago »), c’est mieux que de revoir le film, croyez-nous.

Grease, l'original, à Tours
Les Pink Ladies, en version « originale ». (Photo DR)

Ce sont deux comédiens de théâtre amateur, Jim Jacobs et Warren Casey, qui ont eu envie de retrouver la musique des années cinquante. D’où l’écriture du spectacle, bancal mais sympa. Et comme ça marche plutôt bien, ils l’emportent dans leurs bagages de Chicago à New-York pour le donner en « off » à Broadway.

La suite est classique : succès, Grease passe du « off » au « on » pour finir au Majestic Theatre après plus de trois mille représentations, un producteur passe, se dit que ça ferait un bon film, et c’est parti.

Si les Français devront attendre 2008 pour voir la comédie musicale sur scène, les Anglais y auront droit dès 1974 avec, pour la petite histoire, Richard Gere dans le rôle de Danny. Entre-temps, on aura un peu adouci les dialogues et certaines situations pour moins choquer le public. Une version « scolaire » sera même écrite, sans clopes ni alcool, et encore moins grossesses non-désirées et gros mots.

Ce n’est tout de même pas celle-ci qui sera présentée à Tours, ce que confirment les producteurs : «  Nous avons adopté une double attitude : renforcer l’aspect subversif de l’œuvre, tout en respectant son esprit parodique et « fun ».

« Notre scénographie n’est pas celle qui pourrait servir à la décoration d’une chaîne de restauration rapide » dit la production. La règle ne s’applique pas à la présentation du casting, apparemment…

Du coup, on change beaucoup de choses, du décor aux chorégraphies. Toujours selon la production (puisque nous n’avons pas encore vu le spectacle, évidemment) : «  L’action évolue dans un lieu non réaliste, où seuls les accessoires déterminent le lieu de l’action. Ce pourrait être la cage de scène d’un théâtre des années 50, ornée des images vieillies de cette époque. Par exemple, lors d’une surprise partie chez l’une des filles du groupe des Pink Ladies, les ados se rassemblent non pas chez les parents, mais dans un lieu clandestin proche d’un repère planqué. Les Rockers doivent évoluer dans un univers qui leur appartient. Nous tenons à montrer un « romantisme moderne » hors des références publicitaires récupérées par notre monde aseptisé d’aujourd’hui. » Dont acte.

Grease, l'original, à Tours
Vous aviez oublié les chaussettes roses de Travolta ? Il est temps de les ressortir (Photo Paramount)

Cela dit, les musiques sont toujours au programme. Reste donc aux multiples générations intéressées à prendre leurs places et à répéter. Pour les premiers admirateurs de Grease, il est peu probable que la banane gominée soit encore envisageable. Mais, si l’on se réfère au film (et à la mode, lancée par le personnage de Danny, qui avait suivi), les ventes de chaussettes roses pour homme devraient exploser.

(1) Grease, pour « graisse », celle de l’on se met sur la tête pour obtenir un belle chevelure à la Elvis (et dans les moteurs de vieilles américaines, comme dans le film). À l’époque, c’était de la gomina, aujourd’hui, c’est du gel. Mais ça tache toujours…

Au Centre de congrès Vinci de Tours(et non au Parc expo, comme prévu initialement), le samedi 29 octobre 2022 à 20 heures.

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