Festival Désir… désirs
Le genre à bras-le-corps

Au début, c’était un combat. Aujourd’hui, si la lutte continue, le Festival Désir… désirs s’inscrit dans une société plus ouverte. Et de plus en plus complexe.

Il y a un gros quart de siècle, le militantisme des Cinémas Studio ouvre la porte de ses salles à la communauté homosexuelle. On est en 1993. Une association vient tout juste de se créer, La Maison des Homosexualités, et l’on ne parle pas encore de communauté LGBT. À l’époque, on manifeste, on se bat. À Tours, un an plus tard, on défilera contre Jean Royer, maire anti-porno mais aussi considéré comme homophobe. Un peu partout, la Gaypride se structure, s’affiche, s’impose.

Militant de la première heure, Philippe Pérol a l’idée d’une manifestation culturelle. La lutte s’engage d’un autre côté, celui des esprits. L’homosexualité n’est plus réprimée juridiquement depuis dix ans mais elle n’est pas encore acceptée. Il faut convaincre. Le cinéma est un accès. Ce sera Désir… désirs.

Le souvenir de Priscilla

Brokeback Mountain, l’homosexualité dans un film grand public. (Photo DR)

Priscilla, folle du désert sort en 1994. Une rareté. Le Secret de Brokeback Mountain, plus affirmé, attendra 2005. Mais la vague est lancée. Et elle s’élargit. Elle franchit les frontières, les continents, bouscule les politiques, parfois pour le malheur de leurs auteurs ou de leurs comédiens, on l’a encore vu récemment. Call me by your name est interdit de projection en Tunisie, comme le fut La vie d’Adèle. Au Kenya, Rafiki est interdit, quoique sélectionné – et ovationné – à Cannes. La « romance lesbienne » est signée Wanuri Kahiu, invitée par Désir… désirs cette année. Au Kenya, l’homosexualité est toujours illégale…

Rue des Ursulines, le festival s’est installé. Les quelques coups de gueule des débuts (« Si vous accueillez des pédés, je ne viens plus chez vous  »…) sont oubliés. Les Studio retrouvent les files d’attente, et la programmation s’enrichit, les invités se succèdent, les thématiques se multiplient et d’autres arts entrent en jeu.

Pour l’édition 2019, qui aura lieu du 23 au 29 janvier, des expositions, des performances, du théâtre, de la danse, des « stand-up » (Tahnee, qui as passé son adolescence à Tours, évoque « avec humour ses difficultés à accepter ses différences ») s’ajoutent aux projections de Désir… désirs. Des bandes dessinées, aussi : Vieille-Peau, de Pochep et Vagin Tonic, de Lili Sohn, avec dédicaces au Musée du Compagnonnage.

Au-delà de nos différences…

Le facteur sonne toujours deux fois, de Bob Rafelson, une date dans l’érotisme au cinéma. (Photo DR)

Au fil du temps, le thème aussi a évolué. Désir.. désirs s’intéresse à toutes les « différences » (on dit aussi « minorités », quoique, pour les seniors, ça se discute…). La place des femmes (Le Jour où les femmes ont perdu le droit de vote, théâtre), celle des seniors (Vieillir sans Tabou et Révolution Senior, expositions), les exclus de la société et même… l’érotisme hétéro (Le facteur sonne toujours deux fois, de Bob Rafelson, et sa version italienne par Visconti, Les Amants diaboliques). Un programme d’une extrême densité et d’une grande qualité. Les films sont souvent récents (voire présentés en avant-première) et reconnus, au-delà de leur message, pour eux-mêmes.

Désir… désirs évoquera aussi la communauté LGBT dans les séries télévisées (aux Tanneurs), on s’interrogera sur le rôle des réseaux sociaux, on participera à un ciné-goûter où les organisateurs rencontreront le public. Et des invités, beaucoup, comme l’inattendue Arielle Dombasle, qui a pondu un film à son image, Alien Crystal Palace, délirant, baroque et « lynchéen« , selon elle…

Au-delà du festival, la lutte continue. Désir… désirs est un appel à la liberté (les libertés ?). Liberté d’être soi-même, liberté d’exister ici ou ailleurs, liberté en tout genre, donc. Pas toujours simple encore aujourd’hui dans des sociétés obstinément contraignantes et sectaires. Le thème de l’édition 2019 ? Diktat.

Du mercredi 23 au mardi 29 janvier au cinéma Studio.

Pour ceux qui désirent tout savoir sur le festival, c’est ICI qu’il faut cliquer.