Claude Lepoitevin au Château de Tours
Laissez-vous teinter…

Il ne peint pas, il teint. Claude Lepoitevin utilise pour ses œuvres une technique héritée de ses parents. À découvrir au château de Tours jusqu’au 26 avril 2020.

Il ne fait rien comme tout le monde, Claude Lepoitevin, le monsieur qui ouvre la saison des expositions 2020 du Château de Tours. Ni dans sa démarche artistique, ni dans sa technique. À la manière de Michael Jackson (mais que vient-il faire dans cette histoire ?) il avance en reculant. C’est l’occasion de rappeler que Michael n’a pas inventé le moonwalk mais que cela revient à Cab Calloway, quelques années plus tôt. Rien à voir avec Claude Poitevin ? Non, mais ça fait toujours plaisir de le rappeler.

Les « jus de teintures » de l’artiste sont-il dans les fûts qui trônent dans son atelier ? (Photo blog de Claude Lepoitevin) Photo d’accueil : Claude Lepoitevin, artiste-teinturier. (Photo blog de Claude Lepoitevin)

Donc, Claude Lepoitevin avance en reculant. En clair, cela signifie que sa démarche artistique va complètement à rebours de ce qui se fait habituellement, ce qui est son droit absolu. Comme on le sait, le chemin classique consiste à faire ses classes avec le réalisme et à finir secoueur de cocotiers avec l’abstraction. Départ académique, arrivée non-conformiste. Pas chez Lepoitevin. L’abstraction, il l’a – avec talent – pratiquée depuis longtemps. De grandes masses colorées, parfois géométriques, puissantes. Un regard sur les détails de la nature, pour en gommer le réalisme, paraît-il. C’était au début, on l’a dit, et ça continue.

Le faux est le vrai

Au fil des ans, Claude Lepoitevin a pris du recul. Après avoir longtemps eu le nez (et l’œil) collé aux détails de son environnement, il a commencé à l’observer dans son ensemble. Des taches de couleurs, il est passé aux feuilles, aux pierres, aux arbres, aux montagnes, aux falaises.

Au commencement était l’abstraction. (Photo blog de Claude Lepoitevin)

Mais on ne change pas de regard comme ça. Ce serait trop simple (autant que notre résumé de sa démarche artistique, plus complexe évidemment que notre micro-analyse). Si les œuvres qu’il produit sont incontestablement des paysages, pas question d’aller retrouver l’original au fil d’une balade bucolique. Claude Lepoitevin produit de l’imaginaire. Rien n’est vrai mais tout est exact, et inversement. Il en résulte un étrange effet, comme ces impressions de « déjà vu » qui ne correspondent à aucune réalité. Des souvenirs qui n’en sont pas. Les tableaux de Claude Lepoitevin montrent un réel qui n’existe pas. Fake news, dirait le clown Donald.

Souvenirs d’enfance

Le travail de Claude Lepoitevin est exposé au château de Tours jusqu’au 26 avril 2020. La visite permettra de décortiquer une autre particularité de l’artiste : il ne peint pas, il teint. Fils de teinturiers (au sens premier du terme, du temps où l’on teignait les tissus pour leur donner une couleur), il a gardé la technique apprise avec ses parents. « Quand les gens ont commencé à ne plus teindre eux-mêmes leurs vêtements ou leurs rideaux, j’ai dû me recycler » dit-il (Ouest-France) Il fabrique donc ses « jus de teintures » lui-même comme les plus grands peintres créaient leurs pigments. Les opéras de Paris l’ont même sollicité pour travailler sur des costumes et des décors. Retour à la case départ.

De vrais paysages qui n’existent pas… (Photo blog de Claude Lepoitevin)

Le visiteur de l’exposition pourra tenter de distinguer dans le travail de Claude Lepoitevin ce que sa technique apporte à ses peintures. Pas si simple, même en se collant le nez (ou l’œil, chacun son tour), au plus près de la toile.

Au château de Tours, du 21 février au 26 avril 2020.
Le site du château de Tours est ICI