Au Clos Lucé d’Amboise,
Léonard de Cène en scène

Léonard de Vinci n’a vécu que trois ans à Amboise mais sa mémoire hante encore le Clos Lucé. Raison de plus pour s’y rendre (ou y retourner) à l’occasion du 500e anniversaire de sa mort, prétexte à moult expositions et autres animations.

Le Clos Lucé
Le Clos Lucé, un bien beau décor pour de superbes « Nocturnes ». (Photo DR)

Il n’aura pas fallu attendre l’ineffable M. Trump (et ses suiveurs européens) pour inscrire les fake news dans les discours politiques. Cinq cents ans après la mort de Léonard de Vinci au Clos Lucé, les livres d’histoire (non révisés) racontent encore que le génie est mort dans les bras de François 1er. Eh non, c’est faux. François était ailleurs mais cela faisait bien dans le tableau – c’est le cas de le dire – pour montrer au bon peuple que le roi était vraiment un amoureux des arts, de la culture et de la science. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça a bien marché. François 1er devait avoir un bon chargé de com’. Comme disait Alexandre Dumas : « Il est permis de violer l’Histoire, à condition de lui faire de beaux enfants ».

Cela dit, on s’en fout un peu aujourd’hui. Le génie de Leonardo (en version italienne) est reconnu partout, et pas seulement au Louvre. La Joconde, c’est bien. Ses autres tableaux itou. Mais sa science, c’est impressionnant. Sa préscience aussi. Les visiteurs du Clos Lucé sont toujours sidérés de voir (en documents et en maquettes, parfois « en vraie grandeur », comme on dit) que l’immigré italien a imaginé pas mal de choses qui seront vraies plusieurs siècles plus tard. D’accord, à l’époque, tout ne fonctionnait pas. Mais avec le temps…

En provenance directe du Vatican

S’il est une chose que Léonard de Vinci a réussie du premier coup, c’est la file d’attente. Pour entrer dans sa gentilhommière amboisienne en pleine saison, il faut avoir une casquette (ou un parapluie) et pas mal de patience. Normal, le lieu est magique.

La Cène de Léonard de Vinci
La Cène de Léonard de Vinci, de Milan à Amboise, de fresque en tapisserie. (Photo DR)

Il le sera encore plus cette année. Au Clos Lucé, Léonard se visitera de scène en… Cène. Pour la seconde, c’est une tapisserie unique que l’on peut découvrir moyennant quelques euros de plus. Elle représente la fresque (célébrissime) que Léonard de Vinci a peinte sur les murs du réfectoire d’un couvent milanais. François, pas encore 1er, qui faisait du tourisme dans le coin avec sa maman, Louise de Savoie, eut un coup de cœur pour l’œuvre. Mais pas question de la décoller du mur.

Du coup, maman Louise eut la bonne idée d’en commander une copie pour l’offrir à son fiston. Copie effectuée sous forme de tapisserie, unique dans sa technique et dans sa beauté. Fragile aussi : appartenant au Vatican aujourd’hui, elle a dû être rénovée avec des techniques que Leonardo aurait appréciées. Elle est visible au Clos Lucé jusqu’au 8 septembre. Ensuite, il faudra aller jusqu’à Rome, d’où elle a peu de chances de ressortir.

Monsieur Jordi et Mister Didier

Après la Cène, la scène. « Les scènes », plutôt. Car les magnifiques jardins du Clos Lucé recevront plusieurs animations cet été. Pour commencer avec une déception, signalons tout de suite que la 14e édition du Festival Européen de Musique Renaissance, programmée le 27 septembre, est complète. Diable, pourquoi donc ? Parce qu’il s’agit d’une carte blanche à un certain Jordi Savall. Ceci explique cela… On pourra se consoler les samedi 28 et dimanche 29 septembre à 15h30 avec de jeunes talents qui marchent sur les traces du maître.

Didier.Girauldon
Didier Girauldon (Photo L. Perrin)

En revanche, les « Nocturnes » des jeudi 18, vendredi 19 et samedi 20 juillet 2019 sont encore accessibles. Et c’est tant mieux. Car le spectacle annoncé est loin d’un basique son et lumière. Créé et mis en scène par Martin Bellemare et Didier Girauldon (un Québécois et un Tourangeau), il « invite le spectateur à une rencontre inattendue entre Léonard de Vinci et ses héritiers contemporains. » Ce qui nous ramène à la préscience évoquée au début de cet article. Léonard de Vinci face à Marcel Dassault, ça pourrait être rigolo.

Les deux complices (trois, puisqu’il faut y associer Constance Larrieu) ont déjà arpenté les pelouses du Clos Lucé. En 2011, Didier Girauldon comblait les romantiques avec Roméo et Juliette et, en 2017, c’était La Fête secrète qui révélait comment Léonard de Vinci organisait les festivités du sieur François, premier du nom. Et ce fut chaque fois un succès.

Normal, Didier Girauldon n’est pas un amateur, ni un débutant. Si l’on murmure dans les coulisses que la Comédie Française lui a fait des avances (refusées par amour de la liberté), le public a pu l’apprécier aussi bien au Théâtre Olympia de Tours (ancien du conservatoire local, il a été aussi directeur artistique du Théâtre Universitaire de Tours), que sous d’autres latitudes et d’autres éclairages. On l’a notamment vu accompagner Constance Larrieu pour la création d’opéras en République Tchèque.

Directeur artistique de la compagnie Jabberwock, Didier Girauldon est acteur, danseur, clown, auteur… Son travail s’attache à associer culture et humour. Ce fut notamment le cas avec La Fonction de l’orgasme, conçu avec et joué par Constance Larrieu, inspiré de Wilhelm Reich.

En toute logique, le spectacle du Clos Lucé ne pourra être que jouissif…

Jeudi 18, vendredi 19 et samedi 20 juillet 2019 à 21 heures

Pour réserver, c’est ICI