Élie Semoun au Nouvel Atrium
Un spectacle monstrueux

Grâce au rire, il s’attaque à tout, même au pire. Mais Élie Semoun ne se contente pas de provoquer. Il est surtout un fin analyste de nos comportements, donc de nos dérives. Rendez-vous avec notre psy comique en mai 2019 au Nouvel Atrium de Saint-Avertin

Élie Semoun, de retour avec une nouvelle galerie de « monstres ». (Photo DR)

Sid le paresseux, c’est lui. Ceux qui n’ont jamais rigolé devant L’Âge de glace, le dessin animé, ne savent pas ce qu’ils manquent et ignorent donc qu’Élie Semoun prête sa voix à la bestiole la plus lunaire du film. Élie Semoun est doubleur de voix (il est aussi Cubitus dans Astérix) parce qu’il est comédien. CQFD.

On l’a vu dans des films qui, certes, ne bouleverseront pas les encyclopédies du cinéma, mais on sait qu’il joue bien, et c’est le principal. Mention spéciale pourtant pour ses seconds rôles dans Les Trois Frères et Neuilly sa mère !, mais surtout pour L’Élève Ducobu, et Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?, son plus grand succès sur grand écran. Mais là où il excelle, c’est en solo. Et c’est comme ça qu’il sera au Nouvel Atrium de Saint-Avertin en mai 2019.

Des monstres fréquentables

Passons sur sa période de duo avec Dieudonné (qui n’avait pas encore été piqué par une mouche particulièrement pernicieuse) pour en arriver à sa carrière en solitaire. Principe de base, inspiré de Pierre Desproges : on peut rire de tout.

Oui, mais voilà, tout le monde ne peut pas s’attaquer à certains sujets délicats, l’humour en bandoulière et la fanfaronnade au fusil, sans risquer de verser dans le mauvais goût (au pire) ou la gaudriole (au mieux). Donc, quand Élie Semoun annonce qu’il va inviter dans ses sketches un djihadiste débutant ou un pédophile de retour de Thaïlande (dans son précédent spectacle, À partager), on peut se demander si celui qui œuvrait pour l’œcuménisme racial dans Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? n’est pas en train de basculer dans la même ornière que son ancien complice.

Ce serait oublier que le meilleur moyen de rire de tout est de foncer plein pot vers l’ennemi et de raconter l’histoire en l’imprégnant de second degré (voir, là encore, feu Desproges). C’est ce que fait Élie Semoun. Les monstres qu’il décrit (son nouveau spectacle s’appelle Élie Semoun et ses monstres, co-écrit avec Vincent Dedienne, Nans Delgado et Muriel Robin), s’ils font rire (jaune, souvent), apparaissent dès lors pour ce qu’ils sont, des gens peu fréquentables que l’humour met en lumière, mais en lumière crue.

L’autodérision aussi

C’est donc avec ce recul que l’on regardera, au Nouvel Atrium, ses personnages tous plus « monstrueux » les uns que les autres.

Mais prendre du recul, c’est aussi voir derrière certaines plaisanteries l’affection qu’Élie Semoun porte à ceux qu’il charrie. C’est aussi apercevoir la sensibilité de l’artiste, celle qu’il cache derrière une grosse dose d’autodérision. On appréciera donc, comme l’annonce le communiqué de presse, sa manière de « faire connaître Wagner et la danse des canards au public, danser une valse avec l’urne de sa mère, vous faire assister à une prise d’otages, sortir du coma au bout de trente ans, tenter de reconquérir sa femme après quinze ans d’infidélité… »

Face aux travers tristes de notre société, Élie Semoun applique peut-être tout simplement cette autre maxime : « L’humour est la politesse du désespoir »

Mercredi 22 mai 2019 au Nouvel Atrium de Saint-Avertin

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