Andrea Chénier à l’Opéra de Tours
Ah ! ça ira, ça ira….

Il va y avoir des larmes et du sang sur la scène de l’Opéra de Tours en ce mois de mai. Andrea Chénier montera à l’échafaud avec sa copine Madeleine et ce sera bien triste. Ce qui n’est pas une raison pour manquer le superbe opéra d’Umberto Giordano, surtout en présence de Béatrice Uria Monzon.

Béatrice Uria Monzon
Béatrice Uria Monzon, une Madeleine de Coigny au tempérament de Carmen. (Photo DR)

Il ne faisait pas bon être mal vu des domestiques en ce temps-là, surtout lorsqu’ils avaient viré révolutionnaires et avaient la pique facile. C’est ce qui coûtera la vie à Andrea Chénier, héros malheureux du seul et unique (mais magnifique) opéra d’Umberto Giordano à avoir connu le succès. Le malheureux poète aura eu le tort de tomber amoureux de la même femme que le domestique et finira avec elle sous les assauts de la machine inventée par le docteur Guillotin. Ce qui s’appelle perdre doublement la tête.

Dans la réalité, André (sans le « a ») Chénier fut bien poète mais c’est son engagement politique qui lui coûta la vie. Non qu’il fut contre la révolution (quoique son vrai nom soit André Marie de Chénier) mais parce que ses idées étaient en désaccord avec celles de Robespierre (qui fera une apparition dans l’opéra, comme Fouquier-Tinville à qui l’on prête la phrase « La Révolution n’a pas besoin de poètes »). Mauvaise pioche.

La Belle captive

Ce qui est presque vrai, en revanche, c’est que Anne-Françoise-Aimée de Franquetot de Coigny fut l’inspiratrice, la « muse » dit-on, d’André Chénier, notamment lorsqu’il écrivit La Belle captive dans son cachot. Mais, contrairement à Madeleine de Coigny dans l’opéra, elle échappera à la lame révolutionnaire et n’accompagnera pas Chénier sur l’échafaud.

Sur scène, Chénier tombe amoureux de Madeleine de Coigny en 1789 et la retrouve en 1794 sous les yeux du domestique de la demoiselle, épris sans espoir d’icelle mais ayant ses entrées au tribunal révolutionnaire. Chénier n’y coupera pas, si l’on ose dire, quoique l’attitude de Gérard, le domestique, ne soit pas aussi définitive qu’on pourrait le craindre. Il tentera même de sauver les deux héros.

Plusieurs airs magnifiques sont restés célèbres. Il ne faut pas attendre longtemps : dès le début, le discours de Chénier sur la souffrance du peuple est un moment de bravoure. Les plus grands s’y sont attaqués, et notamment Jonas Kaufmann. Chez les dames, Madeleine a connu bien des interprètes, comme Anna Netrebko à la Scala de Milan.

Renzo Zulian
Renzo Zulian sera l’interprète d’Andrea Chénier, face à Béatrice Uria Monzon. (Photo DR)

À Tours, c’est aussi une très grande dame qui se sacrifiera pour son poète. Béatrice Uria Monzon, magnifique Carmen, sera sans aucun doute une superbe et ardente amoureuse. Considérée comme l’une des plus grandes mezzos actuelles, elle n’a pourtant commencé le chant qu’à dix-huit ans. Fille de peintre, elle avait fait les Beaux-Arts à Agen, sa ville natale !

Face à elle Renzo Zulian devra user de tout son talent pour être à la hauteur de sa bien-aimée. Il devrait y parvenir si l’on en juge par le succès qu’il a notamment remporté dans Turandot. Gérard sera chanté par le jeune baryton italien Marco Caria

La direction de l’orchestre sera assurée par Benjamin Pionnier, maître des lieux.

À l’Opéra de Tours, vendredi 24 mai à 20 heures, dimanche 26 mai à 15 heures et mardi 28 mai à 20 heures.

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