Dernière mise à jour le 12 octobre 2020
La Galerie Sigma-Élie Veyssière quitte ses murs pour exposer les dessins de mode de la Maison Lanvin au Valmy, place de la Résistance à Tours. Voyage immobile dans les années folles de la haute-couture.

En ce temps-là, faute d’Internet et de smartphones, les clientes recevaient un joli dessin original pour choisir leurs robes. Les cartons traversaient l’Atlantique ou les Grands Boulevards pour atterrir dans les appartements de riches élégantes ou dans les boutiques où elles avaient leurs habitudes dispendieuses.
Ils sont aussi arrivés, quelques années plus tard, – une partie d’entre eux, en tout cas – chez Élie Veyssière, animateur de la Galerie Sigma à Tours, qu’ils quitteront le temps d’une exposition, du 7 mars au 7 avril 2019.
Les poupées de Mlle Jeanne
Des œuvres véritables, produites par une équipe de dessinatrices qui reproduisaient les créations de Jeanne Lanvin, entre 1924 et 1928. Un trait aussi délicat que celui de la couturière, des silhouettes et des visages qui ne sont pas sans évoquer Modigliani, des couleurs appliquées à la gouache. C’est beau, très beau.
Occasion de se rappeler la petite modiste devenue grande, la demoiselle pauvre de seize ans qui courait à travers Paris (elle évitait les autobus pour garder l’argent du transport) pour livrer les chapeaux de sa patronne avant de rentrer chez elle créer des coiffures… pour ses poupées.
Elle en fera bientôt pour les adultes avant d’ouvrir sa boutique rue Boissy-d’Anglas en 1889. Mais c’est une autre poupée qui la fera devenir couturière : sa fille Marie naît en 1897. Jeanne lui confectionne des vêtements que bientôt on lui commande. Et, peu à peu, la notoriété dépasse le rayon enfant. « Mlle Jeanne » a son enseigne au 22, rue du Faubourg Saint Honoré.
Les collections femmes s’accompagnent bientôt (c’est une première) de vêtements pour hommes. Jeanne Lanvin crée un parfum, le fameux Arpège, encore une fois imaginé pour sa fille, et se lance dans la décoration d’intérieur. La Maison Lanvin a sa propre usine de teinture, où elle fabrique le « bleu Lanvin », inspiré par celui d’un tableau de Fra Angelico, dit la légende.
Émerveillement
Proche des milieux art-déco, Jeanne Lanvin a un style (qu’elle se refuse à identifier ainsi) qui se veut évolutif. Cherchant parfois des motifs « ethniques » pour ses parures, elle peut aussi s’inspirer des robes du XVIIIe siècle !
L’exposition des dessins de la Maison Lanvin est une belle occasion d’entrer en possession d’une œuvre unique dont la modernité s’inscrira sans difficulté dans l’époque contemporaine, même si votre intérieur n’a pas été dessiné par Mlle Jeanne.
Louise de Vilmorin a dit de Jeanne Lanvin à propos de sa fille : « C’est pour l’émerveiller que, de fil en aiguille, elle émerveillera le monde ». On peut ajouter : « à travers le temps… »

