Mémoires d’outre-tombe
David Bowie revient en Heroes

Dernière mise à jour le 30 novembre 2021

Et c’est reparti pour un nouveau “tribute”, un “hommage” à une star disparue. Cette fois, c’est David Bowie qui ressuscitera sur la scène du Parc Expo de Tours. Ce sera le 10 janvier 2023 et ce sera surprenant, on va vous dire pourquoi.

C’est The walking dead, la musique en plus. Les hommages et autres “tributes” aux stars disparues se multiplient comme les zombies en dixième saison de la série. Une invasion qui déferle depuis quelques années sur les scènes françaises et, notamment, tourangelles. Nous avons – entre autres – évoqué ici Dire straits experience ou encore The Australian Pink Floyd show, en passant par les Rebeats (référence aux Beatles) ou Michael Forever (on ne vous fera pas l’injure de vous dire qui est le Michael en question).

Reste à savoir si ces « tributs » sont une façon de récupérer la notoriété des gloires (tré)passées au profit de quelques tourneurs avisés ou s’il s’agit d’un hommage sincère. Débat complexe que l’on vous laisse trancher, ce qui a toutes les chances d’animer vos soirées entre fans de vinyles, on peut vous le garantir.

Heroes Bowie Berlin
David Bowie en 1975, génie du rock, de la pop et de tant d’autres choses (Photo DR Bowie75.com)

Ça déferle, donc, et ça risque de continuer, en attendant l’arrivée des hologrammes, déjà annoncés. Prochain épisode de ces mémoires d’outre-tombe pop-rock, Heroes Bowie Berlin 1976-80, un spectacle qui sera donné à travers le monde post-apocalyptique de l’après Covid dès 2022 et à Tours au début de l’année 2023.

Les étranges colocs de Berlin

Bizarrement, c’est du Canada qu’arrive cette production (montée par Claude Larrivée et la Tribu, avec l’aide d’une maison de production française, tout aussi bizarrement nommée… Les 2 Belges) dont, il faut le reconnaître, le thème a été bien choisi. Si la carrière de David Bowie a été plus que riche, ce n’est pas sa période la plus exubérante qui a été sélectionnée mais certainement la meilleure.

Heroes Bowie Berlin à Tours
Bowie au temps de ses provocation bisexuelles. Berlin le rendra plus sage. (Photo DR)

Quoique l’ex-Anglais du quartier jamaïcain de Londres ait usé et abusé des costumes et des comportements provoquants au fil de sa carrière, sa période berlinoise est du genre plus calme, presque sage. Un peu comme la vidéo ci-dessous, plus récente, où l’on voit un encore jeune homme habillé comme un lord en lieu et place de la drag-queen des années antérieures, « une  star androgyne, à tendance décadente » (Le Figaro). Mais, côté musique, c’est absolument génial.

Un changement de look logique, puisque Bowie s’est réfugié en Allemagne en 1976 (après être passé par la France et la Suisse) pour fuir ses démons, à commencer par la cocaïne. Aux États-Unis, ça commençait à déraper sérieusement et, à la manière du Mr Hyde du docteur Jekyll, le côté sombre de Bowie, son personnage de Thin White Duke, prenait un peu trop le dessus, et la seringue.

Heroes Bowie Berlin à Tours
David Bowie et Iggy Pop en 1972. Le premier a certainement sauvé la vie du second et leur amitié durera jusqu’à la fin. (Photo DR)

Et, comme il est fidèle en amitié, il embarque son ami Iggy Pop (il a toujours admiré Les Stooges), adepte de l’héroïne, avec lui dans une cohabitation qui ne devait tout de même pas manquer d’ambiance, avec ou sans poudre… N’empêche, le résultat est là : les deux compères sont devenus « clean » (on ne parle pas de l’alcool), ce qui a sans doute sauvé la peau d’un « iguane » (Iggy) dont l’allure frôlait celle d’une momie aztèque.

Mais c’est musicalement que la période allemande a surtout compté. Trois albums de Bowie en sont sortis (deux, The Idiot et Lust for Life pour Iggy Pop). Le premier, Low, très différent de son style habituel, est considéré comme raté — tout est relatif… — par certains, à commencer par David Bowie lui-même. Du coup, il rejoint son pote Iggy pour l’accompagner, au piano, en 1977, dans une tournée surprise de The Idiot, histoire de changer d’air et de retrouver l’inspiration, ce qui, morphologiquement parlant, a sa logique. Cela dit, l’album fait un carton au Royaume-Uni.

Et ça marche. À son retour, David va composer Heroes (avant le troisième volet du triptyque, Lodger) et, là, ça confine au sublime.

Au pied du mur

Passons sur le fait, évident, que David Bowie est un chanteur exceptionnel : « Ces cordes vocales proprement inouïes, reconnaissables entre toutes, ce grain à la fois rugueux et caressant, dont les accents cuivrés résistent à chaque avatar, chaque métamorphose stylistique, chaque virage conceptuel. » (Le Monde) Avec Heroes, David Bowie conserve un peu du style épuré de Low mais fait quelques concessions à son genre habituel, plus pop-rock. Cela ne l’empêche pas d’intégrer quelques instruments bizarres venus du Japon.

Le titre éponyme, Heroes deviendra mythique. Sans aucun doute parce que la musique est exceptionnelle. Comme toujours, elle a été composée avant l’écriture des paroles. La bande enregistrait dans une ancienne salle de bal de la Gestapo, face à Berlin-Est. C’est en voyant son producteur embrasser sa choriste… au pied du mur, dominé par les gardes Est-allemands, qu’il trouve l’inspiration. Pour la discrétion des rapports amoureux, c’est raté. Pour l’histoire, c’est tout bon.

Heroes Bowie Berlin à Tours
David Bowie en 1979. Un voix exceptionnelle, des musiques et des textes qui ne le sont pas moins. (Photo DR)

Parce que, outre le succès planétaire, Heroes devient le symbole de la lutte des erlinois pour la réunification. « En 1987, soit deux ans avant la chute du mur de Berlin, David Bowie donne un concert près du Reichstag. Chantant devant son public à l’Ouest, il peut aussi être entendu à l’Est, de l’autre côté du Mur… » (Vivre à Berlin) Et les deux Allemagne peuvent entendre ça :

I, I can remember
Standing, by the wall
And the guns, shot above our heads
And we kissed, as though nothing could fall
And the shame, was on the other side
Oh we can beat them, for ever and ever
Then we could be Heroes, just for one day

Pendant le spectacle, des jeunes Est-allemands « décadents », selon la STASI, se sont rassemblés pour entendre le concert, donné porte de Brandebourg. France 24 raconte : « Galvanisée par la musique, la foule « décadente » commence à scander « le mur doit tomber ! » et des affrontements explosent avec la police qui sort les canons à eau. Les violences se reproduisent deux jours plus tard mais, selon le journaliste allemand Tobias Rüther, c’est le concert de David Bowie qui a été le point de départ des manifestations qui allaient conduire à la chute du Mur, le 9 novembre 1989 : « Ce mois de juin à Berlin-Est, quelques-uns des héros qui feront chuter le mur de Berlin ont émergé. Ils ont la chanson de David Bowie sur les lèvres », écrivit-il.  » La honte était de l’autre côté, dit le texte de Bowie.

Lors de sa mort, en 2015, d’un cancer du foie, David Bowie sera l’objet d’un hommage particulier à Berlin. « Merci d’avoir aidé à faire tomber le mur » écrira le Ministère des affaires étrangères.

Trois femmes pour un Heroes

Difficile de savoir si Heroes Bowie Berlin 1976-80 prendra en compte cette dimension du personnage. D’autant plus que, si l’on annonce « écran géant LED tout en transparence, motion design, cinéma expérimental et lumières », le spectacle, qui comportera huit musiciens, affichera trois Bowie… féminins.

L’original, à Berlin en 2002. Sobre et magnifique, Bowie chantera même Alabama song, de Kurt Weill et Bertolt Brecht (vers la fin de la vidéo ; Heroes se trouve vers la 25e minute).

Trois femmes donc, pour chanter vingt-six titres, choix surprenant mais assumé : « Si on avait mis un homme sur scène, tout le monde aurait dit qu’il n’est pas tout à fait ressemblant, qu’il n’a pas tout à fait la même voix. Alors quoi de mieux que trois femmes pour chanter les différents Bowie de cette époque ? D’autant plus que Bowie était tellement novateur » dit le producteur, Claude Larrivée (Le Journal de Québec)

Pourquoi pas ? We can be Heroes, just for one day, dit la chanson. Ce sera aux fans de David Bowie d’en juger. De quoi ajouter aux débats dont nous parlions plus haut.

Au Parc Expo de Tours le mardi 10 janvier 2023

 

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